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Gaza. Le retrait israélien est fêté comme une victoire par les Palestiniens, mais la prudence reste de mise avec des risques d’affrontements entre le Hamas et l’Autorité, et l’appréhension qu’il ne soit qu’une diversion orchestrée par Tel-Aviv.
Dans la joie et la crainte

Gaza,
De notre correspondant —
Dans la région de Jabaliya, au nord du secteur de Gaza, plus de 1 000 hommes armés partisans des mouvements islamistes Hamas et Djihad islamique ont procédé à une véritable manifestation de force. Ils ont organisé un défilé militaire pour célébrer la fin de l’occupation israélienne de la bande de Gaza. Un processus qui commence aujourd’hui avec l’évacuation de 3 colonies situées au centre de la zone : Netzarim, Morag et Kfar Darom. La scène était impressionnante avec des exercices militaires, des discours affirmant que c’est la résistance armée qui a obligé le premier ministre Ariel Sharon à fuir Gaza. Voici que Sharon, qui disait récemment que la colonie de Netzarim est aussi importante pour lui que Tel-Aviv, est obligé de donner l’ordre de démanteler la colonie et d’évacuer ses habitants dans le cadre de la première phase du retrait qui comprend 21 colonies à Gaza, et 4 autres isolées au nord de la Cisjordanie.

Si la résistance palestinienne a choisi Jabaliya comme point de départ des festivités marquant le départ des Israéliens, c’est en signe de gratitude envers la population de cette région qui a été victime de très graves destructions depuis le déclenchement de la deuxième Intifada, le 28 septembre 2000. Le visiteur de Jabaliya, située à proximité du passage d’Erez, entre le nord du secteur et la ligne verte, ne verra que des ruines de maisons détruites, des terres ravinées, des restes d’oliviers arrachés par les troupes israéliennes lors de leur agression contre Jabaliya.

L’organisation de défilés militaires et le choix de la zone sont donc un indice politique. La résistance a voulu adresser un message déterminé à l’Autorité palestinienne d’autant plus que Jabaliya a aussi été la base à partir de laquelle le Hamas a lancé les missiles Al-Qassam sur le bourg israélien d’Esdirot, à l’intérieur de la ligne verte, lors de l’Intifada. Il s’agit de relever qu’elle ne sera pas désarmée après le départ de l’occupation, quels qu’en soient le prix et les sacrifices consentis. Dans une allocution, un des principaux chefs du Hamas, Mahmoud Zahar, a affirmé que son mouvement ne renoncerait pas à ses armes après le retrait israélien et s’en est pris violemment au chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass, sans le citer, pour avoir appelé au désarmement des activistes palestiniens.

« Cette armée continuera à défendre la patrie aussi longtemps qu’un seul pouce de la Palestine restera occupé », a-t-il déclaré, se référant aux combattants du Hamas. « Ces armes resteront entre ces mains pures, sur les toits et les arbres et derrière les murs afin de protéger la terre et le citoyen », a ajouté Zahar. Il s’agit de l’un des plus importants défis qu’affrontera l’Autorité palestinienne après le départ d’Israël. L’Etat hébreu a posé comme condition à son retrait que l’Autorité palestinienne démantèle l’infrastructure de la résistance et procède à son désarmement avant d’engager des négociations politiques sur l’application de la Feuille de route.

Or, il est certain que pour le Hamas, il n’est pas question de déposer les armes. « Les armes représentent une case sacrée. Il est impossible que les membres du Hamas y renoncent même s’ils devaient être tous tués », a martelé Ahmad Al-Ghandour, chef des brigades Ezzeddine Al-Qassam, la branche armée de la résistance. De son côté, Mohamad Hindi, membre du commandement politique du mouvement islamique Djihad, relève que « la fuite d’Israël du secteur de Gaza s’explique par la résistance du peuple palestinien. Les lois du conflit et de la démographie ont leur effet en dépit de toutes les tentatives absurdes de dévaluer la résistance ou de gonfler certaines de ses erreurs ». Pour lui, les années des « absurdes négociations d’Oslo n’ont mené qu’à l’augmentation des colonies et de la judaïsation des terres palestiniennes ». D’où une conclusion logique : « Le combat se poursuit toujours avec l’occupation israélienne ».

Le Djihad poursuivra sa résistance jusqu’au « départ de l’occupation de la totalité du sol palestinien », ajoute Hindi. L’évacuation de Gaza serait ainsi un premier round où l’occupation a subi la défaite, et qui sera suivi par d’autres jusqu’à la récupération de la totalité du territoire palestinien.

Les derniers mois ont témoigné d’un afflux d’armes, fusils automatiques, mitraillettes et munitions sur le secteur de Gaza de manière à susciter l’inquiétude des services de sécurité palestiniens. Ceux-ci, en revanche, souffrent de lacunes en matière d’équipements militaires et de munitions. Tewfiq Abou-Khoussa, porte-parole du ministère de l’Intérieur, affirme que ce trafic provient de nombreuses sources, et passe à travers le marché noir. Il y aurait même des sources israéliennes. Le porte-parole a relevé que « l’Autorité traitera avec fermeté la question des armes illégales dans le cadre de la loi pour établir la notion de la présence d’une seule autorité et d’un seul armement légitime palestinien ».

En tout cas, les trois colonies qu’Israël va commencer à évacuer aujourd’hui étaient utilisées comme point de départ pour le déploiement des chars et autres dispositifs militaires utilisés dans les agressions contre les Palestiniens du secteur de Gaza. La colonie de Netzarim a été construite en 1972 dans le but de diviser la bande de Gaza en deux secteurs, nord et sud. Elle est à un kilomètre à l’est du bord de la mer. Elle est habitée par 60 familles juives comprenant 425 personnes. Kfar Darom est à 500 mètres de Deir Al-Balah. Elle a été construite en 1970 et est habitée par 200 personnes. Morag, construite en 1972, est habitée par 186 personnes. Elle est située à l’est de la route Gaza-Rafah, à 6 km de la côte. Des positions qui démontrent le caractère stratégique que les Israéliens ont voulu donner à leurs enclaves.


La prudence reste de mise

Bien que le retrait israélien constitue un pas important, il est clair que les Palestiniens appréhendent l’avenir et cette possibilité que Gaza soit la première et la dernière étape. Saëb Eraqat, principal négociateur palestinien, affirme à cet égard que « le plan de retrait israélien est unilatéral. Il n’y a pas eu de négociations entre les deux parties à son sujet. Ce n’est pas une libération totale de Gaza ». En effet, Israël insiste à maintenir sous son contrôle l’espace aérien, les eaux territoriales et les passages internationaux. En ce qui concerne le nord de la Cisjordanie, Israël refuse jusqu’à présent de le considérer comme faisant partie du secteur A, c’est-à-dire devant passer sous l’Autorité palestinienne.

Le retrait des 4 colonies de cette zone est donc un redéploiement. Il y a chez les Palestiniens la crainte que Gaza ne se transforme en une grande prison et qu’Israël obtienne le prix du retrait, à savoir l’établissement de nouvelles colonies, l’élargissement de certaines autres en Cisjordanie et à Gaza. Ce qu’a bien dit la députée indépendante Hanane Achraouie : « Sharon a ébloui le monde avec le retrait de la bande de Gaza alors qu’il est en train de renforcer la colonisation en Cisjordanie et de changer les tissus démographique et culturel à Jérusalem ». Et d’ajouter : « La bande de Gaza constitue un fardeau démographique et sécuritaire pour Israël et en s’en retirant unilatéralement, Sharon la transforme en une grande prison et nous fait entrer dans une longue phase de transition ». D’ailleurs, le retrait de la bande de Gaza assure une majorité juive pour vingt ans en Israël et en Cisjordanie, selon des projections démographiques publiées par le quotidien israélien Haaretz. La population juive représentera 56,8 % de la population globale entre la Méditerranée et le Jourdain après le retrait de la bande de Gaza. Selon le démographe Sergio Della Pergola, le retrait devrait assurer une majorité juive durant vingt ans sur les territoires contrôlés par Israël. Selon lui, les juifs sont minoritaires aujourd’hui si on exclut 300 000 immigranon juifs d’ex-URSS et l’on compte près de 200 000 travailleurs étrangers, résidents mais non citoyens.

Quoi qu’il en soit, l’heure est à la fête à Gaza même si l’on ne sait pas de quoi le lendemain sera fait. Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbass a proclamé devant des milliers de Palestiniens que le prochain retrait israélien de la bande de Gaza marquait le lancement d’une « marche de liberté » pour créer un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale. « Aujourd’hui Gaza et demain Jérusalem, si Dieu le veut », a déclaré M. Abbass lors d’un rassemblement populaire en bord de mer à Gaza baptisé « festival de la victoire et de la liberté ». « Aujourd’hui commence une marche de liberté. Demain ce sera au tour de Jénine et après Jérusalem », a-t-il lancé devant une foule enthousiaste qui l’acclamait en scandant son nom de guerre « Abou-Mazen, Abou-Mazen ! » .

Mohamad Moustapha
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