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Etude. Dans sa thèse de doctorat qu’elle a récemment soutenue à l’Université du Caire, l’écrivaine Miral Al-Tahawi explore le désert, qui est également son univers romanesque, à travers l’œuvre de plusieurs écrivains arabes.
De Mounif à Al-Kouni
Le désert a contribué à quelques-unes des expériences romanesques les plus importantes, et se rapprochait des épopées.

Dans son étude, Al-Tahawi explique que le roman arabe a en effet trouvé dans le désert en tant que lieu romanesque un refuge pour posséder une intimité et une identité après l’épuisement des autres lieux (la campagne, la ville, la ruelle). Le désert offre en effet aux écrivains un riche patrimoine légendaire et un rite social plein d’étrangeté ainsi qu’une riche matière folklorique qui facilite la formation d’un univers conservant encore toute leur fraîcheur, ce qui permet de mener une aventure romanesque qui profite de ces possibilités pour former un nouveau cadre artistique plus moderne.

Le désert constitue également un synonyme de l’identité culturelle. C’est sur cette base que cette étude s’intéresse à l’évolution du roman arabe et sa volonté de sortir de la centralité européenne à travers des textes qui célèbrent la marge sociale, les minorités. Cette tendance romanesque dévoile les aspects bédouins de la vision sociale du sacré autour de trois axes : social, politique et mythique. Cette étude tente premièrement de préciser le concept de « roman du désert », en commençant par le rôle du lieu et son importance dans la formation de la vision artistique du roman. Elle présente ensuite les éléments choisis pour représenter ce type de roman et ses caractéristiques avant de révéler le rapport de ces textes au sacré.

Les différents textes sont classés selon leur approche du désert, dans l’aspect réaliste, social, politique et historique. Ainsi sont placés les textes de Abdel-Rahmane Mounif Al-Niyahat (Les Fins) et Modone al-malh (Les Villes de sel), de Ahmad Abou-Dahman Al-Hizam (La Ceinture) et de Moutie Zeid Damag Al-Rahina (L’Otage). Les romans de l’écrivain libyen Ibrahim Al-Kouni, entre autres Nazif al-hadjar (Saignement de la pierre, et Al-Tibr (Poussière d’or) privilégient l’aspect morphologique et mythique qui a fait de cet univers désertique et de son histoire son espace préféré. Enfin, l’œuvre de Ragaa Alem privilégie l’aspect mythique de type soufi, dont la tendance à la morphologie islamique dépasse le sens réel en créant des significations soufies.

Abdel-Rahmane Mounif met à nu le tabou politique ou la vie politico-sociale post-pétrole. Les Villes de sel s’attaque en effet au tabou politique et à la structure tribale de l’autorité. C’est une œuvre qui déchire le voile sacré tissé par les dirigeants autour de leurs palais. L’expérience d’Ibrahim Al-Kouni à l’inverse est basée sur le sacré dans sa dimension mythique, là où les lois tribales dictent les comportements. Quant à Ragaa Alem, l’écrivaine saoudienne dans son roman Hobbi qui, à partir du Haram de La Mecque un lieu sacré, s’intéresse à l’histoire politique sanglante du lieu saint et à sa violation lors des conflits politiques.

A travers l’analyse de ces œuvres romanesques, cette étude tente ainsi de saisir la structure profonde du lieu et ses répercussions dans la formation du texte, en s’appuyant sur une lecture approfondie du sacré .

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