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Santé.
Le taux de mortalité des femmes pendant la grossesse
et l'accouchement atteint un chiffre record dans
le monde arabe par rapport aux autres régions
du monde. Le poids des traditions et les problèmes
économiques en seraient la cause. |
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Selon
les chiffres de la Ligue arabe, 13 000 femmes
arabes meurent chaque année pendant leur grossesse
ou au cours de l'accouchement. Un état de choses
qui, le moins que l'on puisse dire, est consternant.
Négligence et manque de suivi seraient à l'origine
du phénomène. D'après le Dr Ahmad Abdel-Moneim,
directeur du Projet Arabe pour la Famille et l'Assurance
Médicale (PAFAM), bien que le nombre de femmes
qui bénéficient de soins dans le monde arabe ait
doublé au cours de ces 20 dernières années, le
taux de mortalité reste encore élevé par rapport
aux pays développés. Il suffit de citer quelques
chiffres pour se rendre compte de l'aspect dramatique
de cette situation pour le monde arabe. 75 grossesses
sur 100 000 se terminent par la mort de la mère
dans la moitié des pays arabes : ce chiffre ne
dépasse pas les 55 cas pour 100 000 dans les pays
de l'Asie de l'Est, 50 pour l'Europe de l'Est
et 12 seulement au nord et au sud de ce continent.
C'est aux Etats-Unis et au Canada où l'on enregistre
les chiffres les plus bas, soit 11 cas sur 100
000.
Des
données quantitatives qui ne permettent pas à
elles seules de cerner le phénomène parce que
les chiffres varient non seulement d'un pays arabe
à l'autre, mais aussi d'une région à l'autre dans
un même pays. D'après une autre étude démographique
effectuée par la Ligue arabe, si le taux de mortalité
des femmes reste encore élevé en Iraq, en Egypte
et au Maroc, il a atteint le summum au Soudan,
au Yémen et en Somalie.
A
partir d’un échantillon de 100 000 femmes par
pays, on peut dire que 1 600 meurent en Somalie,
1 500 au Soudan et 850 au Yémen. En Egypte, le
chiffre est en baisse bien que restant relativement
élevé. Il est passé de 174 à 84 cas de 1992 à
2000. A l'heure actuelle, on enregistre 74 cas
pour 100 000. En Iraq, et suite aux conditions
économiques dues à l'embargo qui a duré plus de
10 ans et aux guerres successives, on relève 370
cas. Par ailleurs, le taux de mortalité est nettement
en baisse dans les pays du Golfe, à l'exemple
de l'Arabie saoudite où il ne dépasse pas les
23 cas et au Koweït où on enregistre 25 cas. |
Les pays du Golfe remportent le palmarès
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Qatar
et les Emirats arabes unis réalisent de plus grands
progrès puisque leurs chiffres sont encore plus
bas que ceux enregistrés aux Etats-Unis. « Ce
chiffre paraît directement proportionnel avec
le degré des soins médicaux dispensés à la femme
durant la grossesse et l'heure de l'accouchement
et du suivi après celui-ci. Telles sont les trois
étapes importantes durant lesquelles la femme
a besoin de ce genre de service », avance le Dr
Abdel-Moneim.
Une
autre étude effectuée dans 5 pays arabes (la Tunisie,
l'Algérie, la Syrie, Djibouti et le Yémen) a prouvé
que 54,9 % des femmes au Yémen, 22,7 % au Djibouti,
19,3 % en Algérie, 29,1 % en Syrie ne bénéficient
d'aucune assistance médicale au cours de la grossesse,
contre 7,3 % en Tunisie. Par ailleurs, 31 % seulement
des femmes au Yémen sont vaccinées contre le tétanos,
43 % en Algérie, 51 en Syrie et 64 au Djibouti.
Autre point important : presque 87 % de Yéménites,
85 % de Djiboutiennes, 77 % de Syriennes, 69 %
d'Algériennes et 50 % de Tunisiennes ne seront
pas suivies après l'accouchement.
En
fait, ce genre de service dépend de plusieurs
facteurs. En premier, la présence d'un centre
médical, la distance qui sépare les villages et
les bourgs de ce dernier, les moyens de transport
disponibles et enfin la qualité des équipements.
Ces facteurs sont importants, y compris la rapidité
avec laquelle on évacue une femme pour recevoir
les soins nécessaires. « Une femme qui fait une
hémorragie doit être évacuée d'urgence à l'hôpital,
sinon elle risque de mourir », explique Mohamad,
gynécologue. Par ailleurs et sur le terrain, certains
chercheurs ont pu remarquer que lorsque la distance
qui sépare ces centres des régions urbaines dépasse
les 70 km, « ce centre est considéré inexistant
pour les femmes qui habitent aux alentours »,
confie un chercheur. |
Le poids des traditions |
| Aussi,
certains facteurs culturels jouent un rôle négatif
empêchant la femme de profiter de services de
santé. « Si le médecin est un homme, beaucoup
de femmes s'abstiennent d'aller le voir. Et ici
s'observe clairement le rôle de la belle-mère
qui incarne des idées traditionnelles de l'ancienne
génération et qui s'avère être l'obstacle majeur
pour les femmes enceintes les privant d'assistance
médicale. Un fait qui s'observe souvent dans les
sociétés conservatrices comme le Yémen », avoue
le Dr Abdel-Moneim.
Une
analyse qui va de pair avec les chiffres publiés
dans la dernière étude et qui prouve que 77,2
% des femmes au Yémen accouchent chez elles, contre
44,6 % en Syrie, 25 % à Djibouti, 9,3 % et 8,8
% en Algérie.
Dans
certains pays où la religion paraît un élément
fondamental, « les femmes refusent parfois d'aller
voir un médecin qui n'est pas de la même confession
qu'elles », confie la même source. |
Le duo : pauvreté et analphabétisme
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| Par
ailleurs, la qualité des soins a aussi son importance.
Et même si certaines ont la possibilité d'accéder
à un service de santé, les soins prodigués aux
femmes enceintes ne sont pas souvent à la hauteur.
Prenons le cas de la Tunisie. Dans ce pays et
grâce aux efforts déployés dans le domaine de
la prévention, la Tunisienne semble la plus consciente
de l’usage des contraceptifs. Environ 65 % des
Tunisiennes (quel que soit leur milieu social)
utilisent des moyens de contraception. De plus,
90 % d'entre elles accouchent dans des centres
médicaux. Cependant, la même étude laisse apparaître
que beaucoup d'entre elles souffrent de complications
dues aux grossesses multiples telles que la chute
de la matrice, les inflammations et les problèmes
de voies excrétoires. Selon le Dr Ahmad Abdel-Moneim,
de tels ennuis de santé sont dus à la mauvaise
qualité des soins prodigués à la femme pendant
l'accouchement et surtout au manque de formation
ou d'expérience du personnel paramédical (infirmières
ou sages-femmes).
Il
faut aussi signaler que le taux de mortalité élevé
dans la plupart des pays arabes est dû en partie
à la pauvreté. Les femmes sont les premières à
en souffrir et les études de l'Unicef le prouvent.
Dans les familles pauvres, ce sont les garçons
qui profitent le plus de la nourriture, de l'éducation
et des soins médicaux. La pauvreté qui sévit dans
beaucoup de pays arabes devient alors l'obstacle
majeur devant les efforts déployés par les gouvernements
pour faire baisser le taux de mortalité des femmes.
Une
preuve : les pays qui consacrent la majeure partie
de leur budget pour améliorer la santé publique
sont arrivés à baisser le taux de mortalité et
atteindre les normes internationales comme c'est
le cas au Koweït et aux Emirats arabes unis. Par
contre, dans un pays comme le Djibouti où le budget
alloué à la santé ne dépasse pas 1 % du revenu
national, le taux de mortalité enregistre un chiffre
record, soit 565 cas pour 100 000 (voir encadré).
D'autre
part, dans un même pays, par exemple en Egypte,
il existe une inégalité de budget consacré à la
santé publique entre les zones urbaines et rurales.
Résultat : le taux de mortalité dans les grandes
villes est de 48 pour 100 000, contre 89 cas en
Haute-Egypte, 93 en Basse-Egypte et 117 cas dans
les gouvernorats frontaliers où subsistent encore
les coutumes bédouines des régions désertiques.
Or, dans les milieux pauvres, l'analphabétisme,
surtout chez les filles, est un handicap. Une
simple constatation permet de prouver que le taux
de mortalité est lié aux conditions de la femme
dans le monde arabe. Le taux d’analphabétisme
des femmes arabes dépasse les 52 %. Cette vérité
est encore plus évidente dans les milieux où l'on
manque d'éducation. Dans ces milieux, le mariage
est précoce, l'usage de la contraception est limité
et les grossesses sont multiples, sans compter
le manque de conscience quant à la nécessité d'une
assistance médicale. C'est ce qui a sans doute
un effetsur l'augmentation du taux de mortalité
des femmes pendant la grossesse et l'accouchement.
Indice : au Yémen où l'âge moyen du mariage atteint
22 ans, le taux d'analphabétisme des femmes dépasse
les 67 % et le nombre moyen des membres de la
famille est de sept. La mortalité des femmes durant
la grossesse et l'accouchement atteint 850 pour
100 000.
Reste
à dire que de telles statistiques sont souvent
fournies soit par la Ligue arabe soit par des
organismes internationaux, mais non par les centres
de santé des pays. Le manque de centres spécialisés
s'ajoute au problème. Dans une étude effectuée
sur 19 pays du Moyen-Orient, dont 16 arabes, on
a remarqué que 8 seulement de ces derniers disposent
de centres qui contrôlent le taux de mortalité
des femmes et six pays effectuent des études sur
terrain pour mesurer toute variation. Conséquence
: en l'absence de telles informations, il serait
sans doute difficile de dicter des politiques
ou des programmes pouvant juguler ou faire face
à un tel phénomène . |
Dina
Darwich |
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