Selon les responsables du ministère,
des mesures plus strictes sont prises d'une année à l'autre
pour assurer la justice dans la correction. Pour le prouver,
ces responsables affirment que le nombre de plaintes a connu
une baisse, comparé à l'année dernière. En fait, 38 000 plaintes
ont été présentées l'année passée, contre 25 000 seulement cette
année. Ceci, bien que le délai imparti pour la présentation
des plaintes ait été porté à 60 jours au lieu d'une semaine
pour la première fois depuis le début de l'application de ce
système. Mais 25 000 n'est-ce pas beaucoup comme nombre d'étudiants
se jugeant lésés ? Les responsables du ministère de l'Education
s'en défendent. Selon eux, ce chiffre ne représente que 2,7
% du nombre total de bacheliers, estimé cette année à 91 577
étudiants.
Toutefois, la colère règne parmi
les bacheliers et leurs parents. « J'ai bien répondu dans toutes
les matières. Pourtant, mes notes d'arabe sont très mauvaises.
Après la vérification de ma copie, on m'a ajouté quatre points
très précieux », révèle Mohamad Ahmad, bachelier. Ces quatre
points ont effectivement permis à Mohamad de faire partie de
la première phase d'admission aux universités qui regroupe toutes
les facultés d'élite, alors qu'avant la révision de sa copie,
il devait attendre la deuxième phase. Mohamad Ahmad a découvert
que le correcteur n'avait pas corrigé la réponse à la deuxième
question, car elle était à la fin du papier et non pas dans
l'ordre normal des questions. « C'est normal au moment de l'examen
que l'étudiant laisse les questions difficiles à la fin. Mais,
les correcteurs ne se donnent pas la peine de s'assurer que
toutes les réponses sont rédigées. Pourtant, c'est tout l'avenir
de l'étudiant qui est mis en cause », dénonce-t-il. Il s'agit
effectivement d'une question d'avenir qui peut mener à des catastrophes.
En fait, à la suite de l'annonce des résultats du bac cette
année, trois bacheliers ayant obtenu de mauvais résultats se
sont suicidés.
« Les copies à corriger sont
tellement nombreuses que tous les enseignants sont mobilisés
pour la correction. Il se peut qu'un professeur du cycle primaire
corrige les examens du bac ou qu'un enseignant de géographie
corrige l'examen de physique », explique Chaïmaa Mohamad, correctrice.
Selon elle, les correcteurs reçoivent une copie des réponses
« modèles » pour chaque matière puisque beaucoup d'entre eux
corrigent des matières loin de leur spécialisation. « Je suis
sûre que des fois les étudiants donnent des réponses correctes,
mais différentes de ce que nous avons devant les yeux. Mais
comme nous ne sommes pas habilités à juger, nous ne pouvons
dans ces cas-là que leur mettre un zéro ! », lâche Chaïmaa Mohamad.
Et d'ajouter : « Même la présence des inspecteurs spécialisés
en la matière n'empêche pas les erreurs car chacun de nous doit
corriger 1 000 copies en 8 heures ». Pour Mohamad Al-Kararti,
adjoint du ministre de l'Education pour les services, commettre
une erreur pendant la correction est inévitable. « Toutefois,
les correcteurs qui commettent ces erreurs sont punis », insiste
Al-Kararti.
Des voix s'élèvent donc actuellement
revendiquant l'amélioration du système de correction ou du moins
le changement du système de la révision des copies. En fait,
quand un étudiant présente une plainte, on s'assure seulement
si toutes les questions ont été corrigées et on refait l'addition
des notes. La révision n'inclut donc pas la vérification de
la réponse, correcte ou pas ! « Je ne crois pas que dans
ces conditions la correction sera meilleure. Il faut donc que
le système des révisions change complètement, notamment que
les doléances portent sur d'autres genres d'erreurs », estime
Leïla Mamdouh, mère d'un bachelier.
Deux élèves ont effectivement
affirmé que leurs noms ont été mis sur des copies de réponse
de quelqu'un d'autre. Ola Ossama, qui a obtenu un pourcentage
de 54 %, a présenté une plainte. A la vue de sa feuille d'examen,
elle a affirmé qu'il ne s'agissait pas de son écriture tandis
que l'étiquette portait son nom. La même plainte a été présentée
par sa collègue Haïdi Abdel-Wahab. Les parents ont dressé des
procès-verbaux au commissariat de police de Sayeda Zeinab, au
Caire. « C'est la première fois qu'on assiste à ce genre de
récriminations. Pourtant, pour éviter toute injustice, le ministre
de l'Education, Ahmad Gamaleddine, a formé une commission d'enquête
regroupant des experts en écriture. Je rassure tous les étudiants
que le ministère n'a aucun intérêt à cacher les cas de corruption
s'il y en a vraiment », affirme Mohamad Al-Kararti. Selon lui,
la commission d'enquête vient d'annoncer que ces plaintes ne
sont pas fondées et que ce sont les écritures des deux étudiantes
concernées. « Si les parents ne sont toujours pas convaincus
de cette décision, nous sommes prêts à accueillir une commission
neutre pour qu'ils s'assurent de son objectivité. Nous ne manquerons
pas de prendre toute mesure en faveur des étudiants », conclut-il.
L'erreur dans la correction est un facteur prévisible, il reste
que le ministère de l'Education trouve le moyen d'en réduire
au maximum le nombre et aussi de pouvoir rétablir la situation
.