« L’importance
de ce rapport réside dans sa publication à un moment où l’Egypte
connaît de vastes transformations démocratiques et où des voix
s’élèvent de plus en plus pour davantage de réformes constitutionnelles,
politiques et économiques ». C’est ainsi que Hafez Abou-Seada,
secrétaire général de l’Organisation Egyptienne pour les Droits
de l’Homme (OEDH), présente le rapport annuel de son association
sur l’état des libertés en Egypte au cours de l’année 2004.
« Nous y avons parlé de l’état actuel des droits de l’homme
et des libertés pour pouvoir contribuer positivement à la réforme
revendiquée loin des slogans et des stéréotypes », insiste Abou-Seada.
Le rapport est
constitué de trois parties. La première porte sur les développements
législatifs, les verdicts et les procédures relatives aux droits
de l’homme. La deuxième recense les infractions contre les droits
de l’homme et les libertés, et la troisième partie présente
des statistiques sur les activités de l’organisation dans le
domaine de la sensibilisation. « Le rapport a souligné que les
partis et les forces politiques ne sont plus les seuls à appeler
à la réforme politique. Aujourd’hui, le simple citoyen a commencé
à agir et à exprimer ses demandes et revendications », estime
Abou-Seada. Il affirme que ce rapport a donc pu recenser minutieusement
les effets provoqués par l’initiative du président Moubarak
concernant la révision de l’article 76 de la Constitution, relatif
à l’élection présidentielle. Cette initiative qui, selon Abou-Seada,
a été non seulement vidée de son contenu mais aussi « adoptée
par des moyens illégaux ». A cet égard, l’OEDH a recensé les
abus des forces de sécurité contre les manifestations du mouvement
de protestation Kéfaya qui refusait le contenu de cet amendement
et qui s’est élevé contre les infractions commises le jour du
référendum sur l’amendement de l’article 76. Selon le rapport,
les opposants ont été empêchés d’arriver aux urnes alors que
les fonctionnaires gouvernementaux et les chômeurs ont été mobilisés
pour voter en faveur de l’amendement en leur facilitant les
moyens de transport et en leur donnant une somme d’argent.
Le rapport évoque
également un nombre de questions politiques et législatives
entravant le processus démocratique comme la reconduction de
la loi d’urgence, en vigueur depuis 1981, qui accorde au pouvoir
exécutif des prérogatives exceptionnelles comme la détention
sans jugement des citoyens, la restriction de la liberté de
circuler et de réunion ainsi que l’ingérence dans les affaires
du pouvoir législatif.
L’OEDH a également
recensé un nombre d’abus dans le domaine des droits de l’homme
et des libertés. En tête de liste figurent les crimes de torture
dans les postes de police. L’organisation a recensé en 2004,
42 cas de torture de suspects, dont 22 sont morts, contre 22
cas de torture en 2003, dont 8 sont morts.
Le rapport évoque
également l’augmentation du taux de détention abusive à 23 cas,
contre 8 cas en 2003. Toujours selon le rapport, 66 détenus
politiques ayant obtenu des verdicts de libération sont toujours
en prison. Par ailleurs, le rapport affirme que la situation
des droits de l’homme est toujours mauvaise dans les prisons,
où des cas de torture ont été détectés, le droit des prisonniers
à l’enseignement n’est pas respecté et où les soins médicaux
sont très mauvais.
La politique de
punition collective a été considérée par le rapport comme une
nouveauté qui a marqué l’année 2004, surtout dans le gouvernorat
d’Arich à la suite de l’attentat terroriste de Taba. Selon les
chiffres de l’OEDH, 3 000 personnes ont été détenues abusivement
après cet attentat. De même, au gouvernorat de Ménoufiya, le
rapport a affirmé que les forces de sécurité ont mené une campagne
de détention collective à la suite d’un conflit entre un membre
du Conseil consultatif et une famille du village.
Selon le rapport,
la question de la liberté d’expression et de la créativité a
également connu un recul remarquable. Ce constat est basé sur
de nombreux cas de mauvais traitements et d’agression physique
contre des journalistes. Les exemples les plus flagrants cités
par le rapport furent l’enlèvement de Abdel-Halim Qandil, rédacteur
en chef exécutif de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi Al-Nasséri
et l’usage de la violence contre deux autres correspondants
de journaux arabes. De même, sept journalistes ont été convoqués
devant le Parquet et neuf autres déférés devant la justice.
Un autre coup dur
adressé à la liberté d’expression et de créativité, selon le
rapport, fut la décision octroyant à Al-Azhar le droit de saisie
judiciaire lui permettant de confisquer toute publication considérée
comme portant atteinte à la religion. A la suite de cette décision,
des livres d’un nombre d’écrivains ont été confisqués comme
ceux de Nawal Al-Saadawi, de Gamal Al-Banna et de Khalil Rizq.
Au niveau de l’exercice
politique, l’OEDH a noté une certaine amélioration à cause de
la décision du Comité des partis d’autoriser la reprise des
activités de trois partis politiques suspendus. Le Comité des
partis a autorisé également la création de deux partis. En outre,
la levée de la tutelle judiciaire imposée sur le Syndicat des
ingénieurs a été un point positif marquant l’année 2004.
Au niveau législatif,
un certain essor a été marqué par l’annulation des ordres militaires,
la promulgation de la loi sur la nationalité accordant aux enfants
de mère égyptienne et de père étranger le droit d’obtenir la
nationalité ainsi que la création du tribunal de la famille
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