Au
final, ce sont neuf candidats qu’affrontera le président Hosni
Moubarak pour la première élection multipartite de l’histoire
de l’Egypte, prévue le 7 septembre. Dix candidats (incluant
le président candidat à sa propre succession) ont en effet été
retenus au total par la commission électorale qui a annoncé
la semaine dernière un verdict-couperet pour une vingtaine de
candidats qui rêvaient encore d’être repêchés après la publication
d’une pré-liste de sélectionnés.
La campagne qui
débute ce mercredi doit prendre fin le 4 septembre.
Face au président
Moubarak, qui part archifavori pour cette élection, Aymane Nour,
41 ans, chef du parti d’Al-Ghad, et Noamane Gomaa, 70 ans, chef
du néo-Wafd se posent comme les deux « poids lourds » de l’opposition.
Les sept autres candidats sont des figurants. Il s’agit d’Oussama
Chaltout (parti de la Solidarité), Wahid Al-Oqsori (Parti arabe
socialiste d’Egypte), Ibrahim Tork (Parti unioniste démocrate),
Ahmad Al-Sabbahi (parti d’Al-Oumma), Réfaat Al-Agroudi (parti
de l’Entente nationale), Fawzi Ghazal (parti Egypte 2000) et
Mamdouh Qénawi (Parti constitutionnel).
Les marxistes du
Tagammoe (Rassemblement) et les Nassériens ont refusé de présenter
un candidat, pris à contre-pied par le néo-Wafd qui, changeant
d’avis au dernier moment, a présenté Noamane Gomaa. Le mouvement
d’opposition Kéfaya, organisateur de manifestations anti-Moubarak
depuis un an et demi, a lui appelé à boycotter le scrutin, l’estimant
non démocratique.
En
annonçant sa candidature en juillet dernier, le président Moubarak
avait promis plus de démocratie et des réformes économiques
libérales. Coupant l’herbe sous les pieds de ses rivaux, il
a aussi promis une nouvelle législation antiterroriste, censée
remplacer la loi d’urgence, décriée par toute l’opposition,
qui a été instaurée après l’assassinat du président Sadate en
1981. Malgré leurs chances réduites, les candidats de l’opposition
affichent leurs ambitions. « Si nous participons, c’est certainement
pour gagner. Les coups de théâtre ne sont pas impossibles et
il se peut que la surprise d’Ahmadinejad (le nouveau président
iranien) ne soit pas la seule de l’année 2005 », lance Aymane
Nour qui se définit comme un libéral mais tient à se démarquer
par rapport aux candidats du néo-Wafd et du PND qui peuvent
également porter cette étiquette. « Le libéralisme en Egypte
n’est pas un bloc monolithique », assure-t-il. Il distingue
trois tendances à l’intérieur du courant libéral, celle que
représente son parti, Al-Ghad, celle représentée par le néo-Wafd,
dont il revendique être « l’héritier » légitime, et enfin le
libéralisme d’une aile du PND « qui se donne pour nom l’aile
réformatrice ». « Pour ce qui nous concerne, nous croyons au
libéralisme politique, que le PND ne connaît pas effectivement.
Sinon comment peut-on parler de libéralisme tout en procédant
à des arrestations et en monopolisant la vie politique ? »,
s’interroge Nour. « J’ai toujours qualifié le libéralisme prôné
par le PND de fausse couche. C’est qu’il n’est appliqué que
dans certains domaines alors que d’autres domaines lui échappent
complètement ».
Evoquant
l’égalité des chances avec le PND, quant à l’accès aux médias,
aux manifestations publiques et autres outils de campagne, le
président du parti Al-Ghad reconnaît que la tâche est lourde.
Concernant la durée de la campagne, Nour estime que « le temps
est insuffisant, et la partialité (des institutions étatiques
en faveur du PND) est flagrante ». Toutefois, le chef d’Al-Ghad
reste confiant que la magie se retournera contre le magicien
: « Mais c’est aussi grâce à leur propagande que nous allons
gagner, et surtout grâce à leur mainmise rejetée par la majorité
des citoyens ».
Même son de cloche
au parti du néo-Wafd. Le président du parti multiplie les déclarations
affirmant que son intention est « de remporter » les élections.
« Le programme du néo-Wafd consiste à assurer une vie digne
au citoyen égyptien », a déclaré Noamane Gomaa affirmant que
s’il était élu, il supprimerait la loi d’urgence et la détention
préventive et permettrait une plus grande liberté. Les Wafdistes
se définissent eux aussi comme des libéraux et refusent que
le PND porte la même appellation. « Un parti qui a gouverné
pendant 24 ans sous la loi d’urgence n’est pas un parti libéral
», assure Mahmoud Abaza, vice-président du parti. Par contre,
« depuis son retour à la scène politique en 1978, le néo-Wafd
appelle à la réforme politique en tant que l’unique garantie
du développement », rappelle-t-il. Abaza estime que la fusion
entre l’Etat et le PND exclut toute égalité des chances. « Il
suffit d’aller par exemple à Qéna en Haute-Egypte pour voir
déjà les portraits du président affichés tous les 500 mètres,
c’est bien ces conditions-là qu’on espère changer », s’écrie-t-il.
Et de poursuivre : « De notre côté, nous allons utiliser les
moyens de communications modernes pour atteindre les électeurs,
SMS, courrier électronique, en plus des programmes de la télévision
qui a été finalement ouverte à l’opposition ».
A trois semaines
des élections, chaque camp a commencé à mettre au point une
stratégie de campagne. Outre la stratégie habituelle d’attaquer
le PND sur le terrain des réformes et de la détérioration des
services, le néo-Wafd et Al-Ghad tenteront, chacun de son côté,
de rallier les voix des Frères musulmans. La confrérie dispose
en effet d’une réserve de voix non négligeable. C’est dans ce
contexte qu’Aymane Nour a rencontré cette semaine le guide des
Frères musulmans Mahdi Akef.
Du côté du PND,
on affirme que la campagne du président Moubarak sera axée sur
« l’accomplissement des acquis énormes déjà réalisés au cours
des vingt-quatre dernières années ». « Le président Moubarak
entame cette campagne avec derrière lui une expérience politique
que nul membre de l’opposition ne possède », assure Ahmad Abou-Zeid,
député du PND. Il souligne les acquis énormes réalisés par Moubarak
dans tous les domaines. « L’Egypte d’aujourd’hui n’est plus
celle des années 1970. Je crois qu’il y a eu un formidable mouvement
de modernisation dans notre pays que nul ne peut contester ».
Désirant anéantir
les arguments de l’opposition, le président Moubarak avait déclaré
qu’il envisageait de supprimer la loi d’urgence et de limiter
les prérogatives du président de la République au profit du
premier ministre au cas où il serait réélu. Dans ce même contexte,
le PND a mis l’accent sur la transparence des élections et leur
intégrité. « L’égalité des chances est garantie, chaque candidat
aura un espace égal dans les médias publics et à la télévision
», affirme Ahmad Abou-Zeid. Pour ce qui est des pancartes arborant
la photo du président, Abou-Zeid affirme que c’est l’initiative
de certains membres du PND qui les ont payées de leurs poches.
Le parti a déclaré en outre que toutes les dépenses de la campagne
seraient assumées par le parti et non par les appareils de l’Etat.
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