Depuis
son arrivée à la tête du ministère de l’Investissement en
juillet 2004, Mahmoud Mohieddine a attaqué à différentes occasions
le système de la retraite anticipée, allant jusqu’à le qualifier
de « retraite destructive » à cause, selon lui, de son impact
social très négatif. Ainsi, une proposition de remplacer le
système en vigueur depuis 10 ans par un autre a surgi quelques
mois après son arrivée au ministère. Elle prévoyait de partager
le pécule que les travailleurs reçoivent à leur mise en retraite
anticipée en deux parties : la première partie de 25 % serait
remise directement aux travailleurs et la seconde de 75 %
déposée dans une banque où elle générerait des intérêts mensuels.
Le ministère étudie actuellement une nouvelle proposition
de modifier ce pourcentage pour que 40 ou 50 % soit versé
directement à l’ouvrier et les 60 ou 50 % restants déposés
en banque. L’ouvrier n’aura pas le droit de récupérer cette
somme avant l’âge de 60 ans. Mais si le gouvernement veut
promouvoir cette mesure comme un pas en faveur de l’intérêt
des ouvriers, certains experts voient la chose différemment.
Pour Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à la faculté
des sciences politiques de l’Université du Caire et économiste
en chef du parti du Rassemblement, « au lieu de payer aux
ouvriers le pécule complet, le gouvernement veut remettre
le paiement d’une partie de l’argent. C’est une décision destructive
du point de vue économique et son effet sur l’économie sera
négatif. Le pouvoir d’achat réel en Egypte est en régression.
Les ouvriers et les employés représentent une force d’achat
importante. Cette décision affectera encore plus la demande
et le marché en pâtira. Elle contredit la gestion économique
rationnelle », assure-t-il.
Les ouvriers, eux, sont dans les coulisses.
Leur voix n’est pas du tout écoutée. « C’est toujours le gouvernement
qui décide et qui exécute », insiste Abdel-Khaleq. Un ouvrier
de la Société égyptienne de fer et acier assure que cette
mesure est injuste. « Pourquoi le gouvernement insiste-t-il
à nous priver de notre droit de choisir. C’est à l’ouvrier
de décider de son pécule ». Les responsables au ministère
de l’Investissement avancent pour leur part que les syndicalistes
ont approuvé ce nouveau système et le jugent en faveur des
ouvriers. Or, ces paroles ne convainquent personne puisque
les syndicats en Egypte sont pro-gouvernementaux.
Il est à noter que le sureffectif dans les
différentes entreprises du secteur public est estimé à 25
%. Depuis que la retraite anticipée a commencé à être appliquée
il y a dix ans, 204 000 travailleurs ont été mis en retraite
anticipée, soit 20 % des travailleurs du secteur public de
l’époque. Mis à la retraite avant l’âge de 60 ans, les travailleurs
recevaient en compensation un pécule qui variait entre 14
000 et 35 000 L.E., mais leur pension mensuelle après la retraite
se réduisait au quart de ce que reçoit un travailleur retraité
à l’âge de 60 ans. Dans la majorité des cas, le pécule emporté
était très vite dépensé, et les travailleurs se retrouvaient
dans un dénuement total et dans l’impossibilité de trouver
un nouvel emploi. « Depuis le début, le système de la retraite
anticipée a été appliqué sans étude réelle. Mettre un ouvrier
à la retraite anticipée ne veut pas dire l’envoyer à la retraite.
Le pécule versé à l’ouvrier était supposé l’aider à survivre
pendant une période avant de trouver un autre emploi dans
le secteur privé. Cela nécessitait une économie plus active
», conclut Gouda Abdel-Khaleq.