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Privatisation . Le programme de vente des entreprises publiques connaît un boom extraordinaire après 5 années de stagnation.
Une recette problématique

8,5 milliards de L.E. Tel est le revenu de la privatisation depuis la nomination du cabinet Nazif et l’arrivée de Mahmoud Mohieddine à la tête du ministère de l’Investissement. Alors que depuis le début du programme de la privatisation, en 1991, jusqu’à cette date, la privatisation des entreprises publiques a rapporté 17,8 milliards de L.E.

Le ministère a conclu 31 transactions au cours de la dernière année. Mettant ainsi fin à une longue période de stagnation, qui a débuté en 2000 (voir graphique). A quoi est dû cet élan de privatisation ?

Dès son arrivée au ministère, Mahmoud Mohieddine a introduit le terme « la gestion des actifs » pour définir sa politique. C’est une approche tripartite qui comprend la privatisation, la restructuration des entreprises que le ministère n’arrive pas à vendre et la gouvernance (c’est-à-dire resserrer le contrôle sur les conseils d’administration des entreprises). Or, le ministre a accordé la priorité au premier volet de sa stratégie. Le mot-clé de sa politique est de tout vendre.

Mohieddine a été en fait le premier membre du gouvernement à annoncer ouvertement et sans ombrage que tout est à vendre, y compris les sociétés dites stratégiques, comme les entreprises de l’aluminium, du sucre, ou du tabac qui demeurent toutes pour l’instant sous monopole d’Etat. « Avant juin 2004, date de l’arrivée de Mahmoud Mohieddine, il existait une liste regroupant 64 entreprises, chasse gardée que l’ancien Conseil des ministres avait décidé de ne pas privatiser avant 2008 », explique un responsable du ministère de l’Investissement qui a requis l’anonymat. Mohieddine, lui, n’a pas tardé à mettre en application sa philosophie : « Certaines entreprises produisent des produits vitaux à la consommation ou des produits intermédiaires indispensables à d’autres industries, certaines ont d’énormes effectifs, mais toutes ces raisons ne suffisent pas pour dire que ces entreprises sont stratégiques et doivent donc demeurer intouchables », a-t-il lancé.


Une stratégie critiquée
Le nouveau ministre a tenté de nouvelles formules pour pouvoir vendre. Ainsi, la première tranche d’une société du secteur pétrolier a été émise en Bourse, Sidi Kreir pour les produits pétrochimiques. Cette émission a fait un tabac pendant des semaines. Ensuite, 14 % de l’Eastern Company pour le tabac, une autre poule aux œufs d’or. En outre, le ministère a décidé de réaliser les premières privatisations dans le secteur des médicaments, en vendant 40 % de trois entreprises. A savoir, Al-Nasr pour les produits chimiques, Misr pour les produits médicaux et Sid qui devraient être vendues avant la fin de l’année. Par ailleurs, le ministère étudie actuellement la mise en vente de 20 % de l’Entreprise Misr pour l’aluminium connue pour le nombre énorme de sa main-d’œuvre. Dans le même contexte, des rumeurs courent sur le fait que le ministère veut privatiser l’Entreprise égyptienne du fer et de l’acier, l’une des plus grandes entreprises du secteur public que les anciens ministres ont toujours traitées avec précaution. Plusieurs ressemblances existent entre l’Entreprise du fer et de l’acier et celle de l’aluminium, d’autant plus que toute une ville dépend de chacune de ces deux entreprises. « Le lancement de quelque 10 à 20 % des actions d’une entreprise est un moyen pour préparer l’entreprise à la privatisation plus tard », explique une source du ministère de l’Investissement.

Cette philosophie lui a valu de larges critiques. Aziz Sedqi, ancien premier ministre et architecte de l’industrialisation à l’époque nassérienne (1954-1970), a vivement critiqué le programme de privatisation. « Nous avons déployé de grands efforts pour construire ces usines. Nous avons accepté la vente de certaines entreprises à condition que le gouvernement ne touche pas aux entreprises dites stratégiques. Mais maintenant, je ne peux plus contrôler ma rage. Mahmoud Mohieddine veut vendre le pays », s’alarme Sedqi, actuel président du Mouvement du rassemblement national pour le changement démocratique. Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à l’Université du Caire et économiste en chef du parti du Rassemblement (parti de gauche), est du même avis. « Le but unique du gouvernement est de vendre. Le nom du ministère de l’Investissement n’est pas adéquat, il faut le nommer ministère de vente et le ministre est devenu un courtier. Ce gouvernement adopte la logique des commerçants », s’indigne Abdel-Khaleq. « Cette fièvre de tout vendre est une politique financière et pas une politique d’investissement. Les recettes de la privatisation sont une source de revenus qui permet de combler le déficit du budget, appelé à augmenter davantage, après la nouvelle politique douanière et fiscale. Vendre des projets si profitables est une décision qui coûtera cher sur le long terme, d’autant plus que les revenus étatiques diminueront après la réduction des taxes douanières et des impôts », explique Abdel-Khaleq. Pour lui, il serait préférable de vendre certaines de ces entreprises à condition de réinvestir cet argent dans des industries dont le pays a besoin.


Le revers de la médaille

Pour encaisser le plus d’argent possible, Mohieddine a vendu les entreprises les plus alléchantes. En jetant un coup d’œil sur la liste des entreprises privatisées, cinq transactions parmi les 32 effectuées ont engendré 80 % du revenu de la privatisation. Mohieddine a cédé les poules aux œufs d’or. Trois transactions ont dépassé les 1,5 milliard de L.E chacune. A savoir : l’Entreprise égyptienne pour les engrais, Suez pour le ciment et Sidi Kreir pour les produits pétrochimiques. La vente de 13,5 % de l’Eastern Company pour le tabac en Bourse a apporté 374 millions de L.E. et la vente de 18 % de la Banque Ahli Société Générale a apporté 535,6 millions de L.E. Pour Gouda Abdel-Khaleq, il ne faut pas regarder les revenus de la privatisation comme des réalisations en soi. « C’est un phénomène temporaire qui est justifié par la vente des entreprises importantes et très attractives. Le gouvernement ne peut pas collecter ces sommes chaque année », commente-t-il. Un responsable dans une entreprise de ciment privatisée explique que dans le secteur du ciment, à titre d’exemple, le ministère n’a pas hésité à vendre Suez pour le ciment, la dernière entreprise publique à détenir une part importante du marché. Cédant ainsi la place à un cartel d’entreprises étrangères dans un secteur si important. Alors que l’ancien gouvernement gardait la main haute sur certaines entreprises importantes en détenant plus de 50 % des actions.

A part sa décision de vendre les entreprises stratégiques, le ministre a envahi des secteurs stagnants comme ceux du textile et de l’ingénierie. Et là aussi Mohieddine a cassé un autre tabou afin de vendre ces entreprises lourdement déficitaires. Il a vendu plusieurs entreprises ou actifs à un prix inférieur à leur évaluation, ce qui lui a permis de vendre 12 entreprises et usines que les anciens gouvernements ont échoué à brader. De plus, il a accepté de garder sous sa tutelle plusieurs actifs afin de diminuer le coût de la transaction, parfois un bout de terrain, ou un bâtiment. Le résultat a été la vente de 5 usines de textile dans une seule année. De même, le ministère a vendu une entreprise appartenant au secteur du transport et de l’ingénierie à moitié prix. « Cette entreprise accusait 40 000 L.E. de pertes par jour. Pourquoi donc assumer un tel fardeau ? Garder une telle entreprise est un gaspillage du bien public », explique le responsable du ministère de l’Investissement. Il ajoute que ces entreprises déficitaires nécessitent des coûts énormes à la restructuration. « La vente est donc le meilleur choix », résume-t-il.

Cette tendance à tout vendre n’est pas une orientation spéciale de Mahmoud Mohieddine. Le gouvernement Nazif s’est montré plus audacieux que les gouvernements qui l’ont précédé. Il a mis de côté les considérations « clichés ». Ce gouvernement a révélé sa volonté de diminuer ou même d’annuler les subventions de certains produits stratégiques l’essence, les engrais et le pain. Mais il semble que de telles mesures anti-populaires ne seront prises qu’après les élections présidentielles en septembre.

Névine Kamel
Marwa Hussein


Une année faste

Les 2 graphiques représentent le nombre et la valeur des transactions conclues depuis 1996. Le nombre des transactions de vente réalisées depuis juillet 2004 jusqu’aujourd’hui s’élève à 9 sur un total de 243 vendues dès le début du programme, soit 13 % du total des transactions. La valeur des ventes au cours de cette même période est de 8,5 milliards sur un total de 26,4 milliards, soit 33 % de la valeur globale. Parmi les 243 transactions, 215 concernent des entreprises du secteur public des affaires et 28 sont des parts publiques dans des entreprises privées. Le nombre des entreprises qui restent à privatiser est de 171. L’année 1996/97 est restée longtemps une année record. C’était lorsque le gouvernement a privatisé le service de téléphonie mobile. Même chose pour l’année 1999/2000 lorsque le gouvernement a privatisé les entreprises du ciment. Le record a été cependant battu 5 ans après, en 2004/05, suite aux politiques néo-libérales du gouvernement Nazif.

Nombre des transactions conclues depuis le début du programme de privatisation



L'évolution des recettes de la vente des entreprises publiques (millions de L.E.).

Source : Ministère de l'Investissement
*Les deux premiers mois de l'année fiscale 2005/06.

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L'affaire Michellin

Après le grand bruit qui a accompagné son implantation sur le marché égyptien, le géant français Michelin s'est retiré du marché égyptien au dernier moment, au grand dam du gouvernement. L'entreprise française a surpris tout le monde en refusant de conclure la vente de l'entreprise publique pour le transport et l'ingénierie Trenco, malgré l'existence d'un accord préliminaire entre Michelin et le gouvernement égyptien depuis février dernier. Le ministère de l'Investissement avait déjà compté Michelin parmi les privatisations de l'année et avait additionné le coût de sa vente au revenu de la privatisation au cours de l'année.

Michelin s'est présenté pour acheter Trenco l'année dernière, mais l'assemblée générale du Holding pour les produits chimiques n'a accepté l'offre qu'en février dernier.

C'est Mahmoud Mohieddine qui a accéléré les choses. Mais les vents n'ont pas été favorables. Les longues négociations qui ont duré presque 6 mois pour régler la question des employés et des actifs que Michelin ne voulait pas acheter ont mené à la faillite de la transaction. Cependant, le ministère de l'Investissement assure que le retrait de l'entreprise française est dû au changement de son administration. « Le nouveau directeur de Michelin s'est rendu en Egypte spécialement pour expliquer aux responsables égyptiens que la nouvelle direction préfère construire un nouveau projet à capacité de production plus grande que Trenco », explique une source du ministère de l'Investissement.

L'importance de cette transaction ne réside pas dans le coût de la transaction puisque celui-ci ne dépasse pas les 10 millions de dollars. Le ministère avait en fait accepté de vendre Trenco à un prix beaucoup plus inférieur à celui de son évaluation pour se débarrasser de ce fardeau. Les pertes annuelles de l'entreprise s'élèvent à 100 millions de L.E. et ses dettes avoisinent 1 milliard de L.E.

Après l'échec de la vente, le ministre s'est trouvé obligé de déclarer la restructuration de Trenco nécessaire à sa survie. Selon Adel Al-Mozi, le président du Holding pour les produits chimiques, Trenco a besoin de 200 millions de L.E. d'investissements. Une partie de cette somme sera utilisée pour la restructuration de la main-d'œuvre, un terme utilisé pour dire mettre une partie des ouvriers à la retraite anticipée. Le reste de la somme servira à transférer l'entreprise de son emplacement actuel devant la gare d'Alexandrie vers un autre lieu à cause de la grande pollution qu'elle génère.

Cependant, pour certains experts, ces sommes sont insuffisantes. « Restructurer cette entreprise est une mission impossible. Elle nécessite des fonds énormes que le ministère ne possède pas. Et c'est le ministre qui avait déclaré cela. Pourquoi nous trompe-t-il maintenant ? », assure un responsable du Holding pour les produits chimiques.

Pour l'instant, le Holding pour les produits chimiques a donné 15 jours de congé aux employés jusqu'à nouvel ordre.

N.K
M.H.

 

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