Convaincu
de la nécessité de faire aboutir cette première expérience
unique en son genre dans notre vie politique, j'avais appelé
le Dr Noamane Gomaa, président du parti du néo-Wafd, à se
présenter aux présidentielles. J'estimais qu'il était indispensable
de ne pas s'isoler en se cantonnant à cette habitude fâcheuse
du « boycott », à laquelle on a souvent recours et qui nous
épargne la peine de participer de manière effective au cours
des événements et d'y interagir positivement. Il est toujours
facile d'exprimer notre insatisfaction vis-à-vis des situations
en place, qui nous mène directement au boycott. Alors qu'en
réalité cette insatisfaction doit être un motif qui nous incite
à participer de manière positive. Surtout qu'en règle générale,
n'importe quel changement ne peut avoir lieu qu'à partir d'un
travail laborieux provenant de personnes réellement soucieuses.
Aujourd'hui,
je ressens une joie immense parce que le néo-Wafd a décidé
de sortir de ce cercle vicieux du boycott sur lequel il s'était
mis d'accord avec le parti du Rassemblement et de s'engager
dans la bataille électorale. J'aurais aimé que le Rassemblement
s'aligne sur la position du néo-Wafd et qu'il désigne un candidat
exprimant l'opinion politique de la gauche égyptienne. Ces
présidentielles laisseront assurément un impact important
sur notre vie politique à l'avenir.
En
effet, ce sera une occasion rêvée pour présenter tout l'éventail
politique allant de la droite à la gauche, et ce, dans l'intérêt
de l'électeur. D'ailleurs, si le président Moubarak est le
candidat principal de ces élections, il ne peut qu'être important
pour l'expérience en tant que telle et pour l'avenir politique
en général que notre candidat se trouve confronté à la droite
et à la gauche. Sinon un aspect important serait ainsi absent
suite au boycott.
Lorsque
j'ai proposé au Dr Noamane Gomaa de présenter sa candidature,
le néo-Wafd avait décidé de boycotter le référendum sur l'amendement
de l'article 76 de la Constitution. A cette date, les discours
sur la participation aux élections n'étaient même pas envisagés.
Mais lorsque le néo-Wafd est revenu sur sa position de départ
au moment des élections, il a apporté une preuve implicite
de l'inutilité de l'idée même de boycott.
Je
sais parfaitement comment la décision de boycott a été annulée
au sein du néo-Wafd. D'ailleurs, c'était une tendance dominante
déjà depuis l'annonce du boycott du référendum et l'appel
aux foules à rester chez elles. Je voudrais saluer les cadres
jeunes qui ont vivement appuyé la tendance à la participation
pendant la dernière réunion du néo-Wafd. Cela a prouvé que
le parti n'est pas à l'écart de la vie politique et que ses
supporters sont toujours aussi vivaces, efficaces et avides
de participation à l'élaboration d'un avenir auquel nous aspirons
tous. Je voudrais au même titre saluer chaleureusement la
direction du parti avec son président, qui s'est aligné sur
cette tendance qu'il a estimé correcte, sinon le néo-Wafd
se serait exclu du jeu et ses membres auraient gagné les sièges
des spectateurs, sans avoir eu l'opportunité d'être de véritables
acteurs. Si le néo-Wafd était resté attaché à sa position
de départ, il aurait été possible pour lui de réaliser certains
buts sans pour autant gagner la partie.
La
décision du parti changera sans doute la nature de la bataille
électorale en lui donnant un caractère sérieux qui aura un
impact sur les présidentielles futures. Parce qu'elles auraient
ancré un principe de base bien établi et aurait laissé un
héritage de pratique sérieuse dans ce domaine.
Le
boycott du néo-Wafd émanait d'un refus manifesté à l'amendement
de l'article 76 de la Constitution, d'autant plus que les
conditions prohibitives et contraignantes ne permettaient
pas la présentation des candidatures. Que ces conditions soient
refusées non seulement par le néo-Wafd, mais aussi par toutes
les forces nationales est une chose compréhensible. Mais ce
qui est incompréhensible, c'est de renoncer à toute participation,
de s'abstenir de présenter une candidature ou de voter comme
pour le référendum. Les forces de l'opposition s'imaginaient
à tort que la participation signifiait une approbation implicite
des conditions prohibitives. Ce n'est pas vrai. C'est l'inverse
qui l'est. En d'autres termes, l'abstention de l'opposition
et des autres forces, en refusant les conditions contraignantes,
les enracine davantage en interdisant les membres des autres
partis hormis le PND de participer aux élections. Or, l'entrée
sur le champ de bataille politique et la participation au
vote permettent sans doute l'avortement de ces conditions
contraignantes et des résultats qui en découlent.
Ceci
du point de vue du principe, alors qu'en pratique, l'entrée
d'une personnalité comme Gomaa et son parti avec ses cadres
et son histoire nous sauvera des noms sans poids qui ont exprimé
leur désir de disputer les présidentielles.
Est-il
approprié que ces noms soient ceux qui représentent l'Egypte
avec toute son expérience politique ? Est-il convenable que
l'un des candidats déclare que la raison de sa candidature
est d'avoir vu en songe le numéro 117, qui est celui du siège
des candidatures de son quartier, Héliopolis ? Peut-on imaginer
que l'un des candidats n'ait pas de programme à proposer sous
prétexte qu'il ne veut pas le rendre public de peur qu'on
le copie ? Est-il permis que l'un des candidats à la présidence
de l'Egypte du XXIe siècle porte toujours le tarbouche turc
rouge ?
Voilà
certaines déclarations de nos prochains présidents ou du moins
de ceux qui s'estiment qualifiés pour la présidence. A mon
avis, je ne pense pas que le peuple égyptien choisira entre
eux. Probablement même il s'isolera et se cantonnera à sa
passivité traditionnelle. Les élections présidentielles seront
alors à l'image de l'ancien référendum. Ainsi, nous aurons
fait avorter une occasion sans précédent de jeter les fondements
de la pratique démocratique par des élections effectives auxquelles
participeront des candidats crédibles, ayant foi en leurs
idées et les défendant farouchement.
Si
telles étaient des déclarations de certains candidats, nous
devons parler également de la question des symboles électoraux
qui font partie des vestiges des temps anciens. Ces symboles
sont la confirmation de la détérioration de l'analphabétisme
au sens propre du terme et de l'analphabétisme politique.
Quelle est l'histoire du croissant, du chameau, etc. ? Est-il
acceptable que ceux-ci soient les symboles de nos candidats
à la présidence ? D'ailleurs, une bataille acharnée a eu lieu
entre les différents candidats qui voulaient s'approprier
des symboles plutôt que d'autres. Il est vrai que la plupart
des électeurs ne savent pas lire le nom de leur candidat préféré
sur la carte électorale, mais sont-ils incapables de désigner
sa photo ?
L'engagement
du néo-Wafd dans la bataille électorale au-delà du symbole
qu'on accordera à son candidat serait une opportunité pour
corriger beaucoup de pratiques archaïques. Ce serait une occasion
également pour débattre de nouvelles politiques aux côtés
des politiques gouvernementales. Les résultats concrets dépasseront
de loin ceux des présidentielles et émergeront aux prochaines
législatives. Le candidat du néo-Wafd, le Dr Gomaa, et ses
candidats au Parlement, viendront récolter les fruits de cette
bataille.
Nous
remercions le néo-Wafd et le Dr Noamane Gomaa pour cette démarche
qui apportera beaucoup à notre vie politique. J'avais il y
a deux mois appelé Gomaa à présenter sa candidature et jregrette
aujourd'hui que la liste des candidats ne comporte pas un
autre candidat de gauche, de la même stature que celle de
Noamane Gomaa .