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La bataille des présidentielles tourne au sérieux
Par Mohamed Salmawy
J'étais le premier à demander au Dr Noamane Gomaa de présenter sa candidature au moment où Khaled Mohieddine envisageait lui-même de tenter l'expérience. Certains avaient critiqué le président du parti du Rassemblement (Al-Tagammoe) pour avoir compromis son itinéraire politique en participant à une « comédie absurde ». J'avais écrit dans un article, il y a environ deux mois, que la participation de candidats de gauche et de droite forts face au président Moubarak était la seule garantie du sérieux des élections. D'ailleurs, j'avais précisément demandé au Dr Noamane Gomaa de faire l'expérience.

Convaincu de la nécessité de faire aboutir cette première expérience unique en son genre dans notre vie politique, j'avais appelé le Dr Noamane Gomaa, président du parti du néo-Wafd, à se présenter aux présidentielles. J'estimais qu'il était indispensable de ne pas s'isoler en se cantonnant à cette habitude fâcheuse du « boycott », à laquelle on a souvent recours et qui nous épargne la peine de participer de manière effective au cours des événements et d'y interagir positivement. Il est toujours facile d'exprimer notre insatisfaction vis-à-vis des situations en place, qui nous mène directement au boycott. Alors qu'en réalité cette insatisfaction doit être un motif qui nous incite à participer de manière positive. Surtout qu'en règle générale, n'importe quel changement ne peut avoir lieu qu'à partir d'un travail laborieux provenant de personnes réellement soucieuses.

Aujourd'hui, je ressens une joie immense parce que le néo-Wafd a décidé de sortir de ce cercle vicieux du boycott sur lequel il s'était mis d'accord avec le parti du Rassemblement et de s'engager dans la bataille électorale. J'aurais aimé que le Rassemblement s'aligne sur la position du néo-Wafd et qu'il désigne un candidat exprimant l'opinion politique de la gauche égyptienne. Ces présidentielles laisseront assurément un impact important sur notre vie politique à l'avenir.

En effet, ce sera une occasion rêvée pour présenter tout l'éventail politique allant de la droite à la gauche, et ce, dans l'intérêt de l'électeur. D'ailleurs, si le président Moubarak est le candidat principal de ces élections, il ne peut qu'être important pour l'expérience en tant que telle et pour l'avenir politique en général que notre candidat se trouve confronté à la droite et à la gauche. Sinon un aspect important serait ainsi absent suite au boycott.

Lorsque j'ai proposé au Dr Noamane Gomaa de présenter sa candidature, le néo-Wafd avait décidé de boycotter le référendum sur l'amendement de l'article 76 de la Constitution. A cette date, les discours sur la participation aux élections n'étaient même pas envisagés. Mais lorsque le néo-Wafd est revenu sur sa position de départ au moment des élections, il a apporté une preuve implicite de l'inutilité de l'idée même de boycott.

Je sais parfaitement comment la décision de boycott a été annulée au sein du néo-Wafd. D'ailleurs, c'était une tendance dominante déjà depuis l'annonce du boycott du référendum et l'appel aux foules à rester chez elles. Je voudrais saluer les cadres jeunes qui ont vivement appuyé la tendance à la participation pendant la dernière réunion du néo-Wafd. Cela a prouvé que le parti n'est pas à l'écart de la vie politique et que ses supporters sont toujours aussi vivaces, efficaces et avides de participation à l'élaboration d'un avenir auquel nous aspirons tous. Je voudrais au même titre saluer chaleureusement la direction du parti avec son président, qui s'est aligné sur cette tendance qu'il a estimé correcte, sinon le néo-Wafd se serait exclu du jeu et ses membres auraient gagné les sièges des spectateurs, sans avoir eu l'opportunité d'être de véritables acteurs. Si le néo-Wafd était resté attaché à sa position de départ, il aurait été possible pour lui de réaliser certains buts sans pour autant gagner la partie.

La décision du parti changera sans doute la nature de la bataille électorale en lui donnant un caractère sérieux qui aura un impact sur les présidentielles futures. Parce qu'elles auraient ancré un principe de base bien établi et aurait laissé un héritage de pratique sérieuse dans ce domaine.

Le boycott du néo-Wafd émanait d'un refus manifesté à l'amendement de l'article 76 de la Constitution, d'autant plus que les conditions prohibitives et contraignantes ne permettaient pas la présentation des candidatures. Que ces conditions soient refusées non seulement par le néo-Wafd, mais aussi par toutes les forces nationales est une chose compréhensible. Mais ce qui est incompréhensible, c'est de renoncer à toute participation, de s'abstenir de présenter une candidature ou de voter comme pour le référendum. Les forces de l'opposition s'imaginaient à tort que la participation signifiait une approbation implicite des conditions prohibitives. Ce n'est pas vrai. C'est l'inverse qui l'est. En d'autres termes, l'abstention de l'opposition et des autres forces, en refusant les conditions contraignantes, les enracine davantage en interdisant les membres des autres partis hormis le PND de participer aux élections. Or, l'entrée sur le champ de bataille politique et la participation au vote permettent sans doute l'avortement de ces conditions contraignantes et des résultats qui en découlent.

Ceci du point de vue du principe, alors qu'en pratique, l'entrée d'une personnalité comme Gomaa et son parti avec ses cadres et son histoire nous sauvera des noms sans poids qui ont exprimé leur désir de disputer les présidentielles.

Est-il approprié que ces noms soient ceux qui représentent l'Egypte avec toute son expérience politique ? Est-il convenable que l'un des candidats déclare que la raison de sa candidature est d'avoir vu en songe le numéro 117, qui est celui du siège des candidatures de son quartier, Héliopolis ? Peut-on imaginer que l'un des candidats n'ait pas de programme à proposer sous prétexte qu'il ne veut pas le rendre public de peur qu'on le copie ? Est-il permis que l'un des candidats à la présidence de l'Egypte du XXIe siècle porte toujours le tarbouche turc rouge ?

Voilà certaines déclarations de nos prochains présidents ou du moins de ceux qui s'estiment qualifiés pour la présidence. A mon avis, je ne pense pas que le peuple égyptien choisira entre eux. Probablement même il s'isolera et se cantonnera à sa passivité traditionnelle. Les élections présidentielles seront alors à l'image de l'ancien référendum. Ainsi, nous aurons fait avorter une occasion sans précédent de jeter les fondements de la pratique démocratique par des élections effectives auxquelles participeront des candidats crédibles, ayant foi en leurs idées et les défendant farouchement.

Si telles étaient des déclarations de certains candidats, nous devons parler également de la question des symboles électoraux qui font partie des vestiges des temps anciens. Ces symboles sont la confirmation de la détérioration de l'analphabétisme au sens propre du terme et de l'analphabétisme politique. Quelle est l'histoire du croissant, du chameau, etc. ? Est-il acceptable que ceux-ci soient les symboles de nos candidats à la présidence ? D'ailleurs, une bataille acharnée a eu lieu entre les différents candidats qui voulaient s'approprier des symboles plutôt que d'autres. Il est vrai que la plupart des électeurs ne savent pas lire le nom de leur candidat préféré sur la carte électorale, mais sont-ils incapables de désigner sa photo ?

L'engagement du néo-Wafd dans la bataille électorale au-delà du symbole qu'on accordera à son candidat serait une opportunité pour corriger beaucoup de pratiques archaïques. Ce serait une occasion également pour débattre de nouvelles politiques aux côtés des politiques gouvernementales. Les résultats concrets dépasseront de loin ceux des présidentielles et émergeront aux prochaines législatives. Le candidat du néo-Wafd, le Dr Gomaa, et ses candidats au Parlement, viendront récolter les fruits de cette bataille.

Nous remercions le néo-Wafd et le Dr Noamane Gomaa pour cette démarche qui apportera beaucoup à notre vie politique. J'avais il y a deux mois appelé Gomaa à présenter sa candidature et jregrette aujourd'hui que la liste des candidats ne comporte pas un autre candidat de gauche, de la même stature que celle de Noamane Gomaa .

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