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Tanzanie. L’actuel chef de la diplomatie, Jakaya Kikwete, a été désigné candidat du parti au pouvoir pour les présidentielles du 30 octobre 2005. Il est assuré de remporter la victoire.
Scrutin gagné d’avance
Particularité de la politique tanzanienne : en dépit de la présence sur la scène nationale de 18 partis politiques d’obédiences diverses, le sort de l’élection présidentielle d’octobre prochain est en réalité déjà scellé. En choisissant son porte-flambeau pour ce scrutin, comme souvent, le parti au pouvoir, le Chama Cha Mapindunzi, a de facto désigné celui qui succédera à Benjamin Nkappa, l’actuel chef de l’Etat à qui la Constitution interdit de se représenter après deux mandats de cinq ans passés à la tête du pays. A cause de la domination sans partage qu’exerce sur le champ politique l’ancien parti unique, dix ans après l’avènement du multipartisme, le prochain président sera donc, et sans surprise, Jakaya Kikwete, ministre des Affaires étrangères de la Tanzanie depuis une décennie.

A bientôt 55 ans, Kikwete est sans doute le seul personnage tanzanien qui, bien que familier de la scène politique nationale depuis plus de trois décennies, bénéficie auprès des populations d’une image avantageuse d’homme moderne. Toutes choses qu’il doit à son parcours et à son relatif jeune âge. Déjà en lice aux primaires pour le choix du candidat du Chama Cha Mapinduzi en 1995 — il avait perdu alors face à Benjamin Nkappa —, Kikwete jouit d’une popularité telle que quelque temps avant d’être nommé par son parti, des formations d’opposition l’ont approché afin qu’il se présente aux prochaines élections sous leur bannière.

Le probable futur président a été officier de l’armée tanzanienne qu’il a ensuite quittée avec le grade de lieutenant-colonel. Mais l’essentiel de sa vie publique, il l’a consacrée au Chama Cha Mapinduzi, le parti créé par Julius Nyerere à la fin des années 1970. Il en est devenu, au fil des ans, un des principaux cadres.

Face à ses dix concurrents à la course au fauteuil présidentiel, il avait aux yeux de beaucoup le défaut de manquer d’expérience. C’est en réalité sa relative jeunesse qui était en cause aux yeux de nombreux observateurs. Il faut dire qu’en face de lui, on retrouvait de nombreux routiers de la scène politique nationale, dont certains sont d’anciens compagnons de route de Julius Nyerere. D’entre tous, son plus sérieux adversaire était surtout Salim Ahmed Salim, l’ancien secrétaire général de la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Mais face à la grande popularité d’un candidat dont l’entourage se plaisait à signaler qu’il pouvait remporter les prochaines élections même en dehors de l’appareil du parti, les délégués du Chama Cha Mapinduzi n’ont manifestement pas eu d’autre choix. D’autant que le président sortant aurait, selon la presse locale, pesé de tout son poids en faveur de son ministre.

Désormais assuré d’accéder au pouvoir, d’autant plus que l’opposition, fantomatique, ne fait pas le poids, Jakaya Kikwete doit se préparer à de nombreux défis. Si la Tanzanie bénéficie d’une stabilité politique enviée dans la région, et aussi d’une croissance économique (plus de 6 % en 2005) qui place le pays au premier rang dans la région est-africaine devant le Kenya notamment, les performances du pays sont plus que mauvaises dans divers secteurs, notamment en ce qui concerne le sida, le taux de mortalité infantile et la pauvreté dans les zones rurales.

Sur le plan politique, la corruption grandit chaque jour davantage sans que les nombreuses stratégies de lutte contre le fléau produisent des résultats probants. Enfin, engagée sur le chemin de la libéralisation de son économie depuis 1985, la Tanzanie fait l’expérience douloureuse de privatisations parfois désastreuses et le plus souvent contre-productives pour les populations. Sur tous ces sujets, alors que certains espèrent de profondes réformes, Jakaya Kikwete a annoncé la couleur : il poursuivra sur la même voie que son prédécesseur.

André-Michel Essoungou

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