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Guinée-Bissau. Le nouveau président Joao Bernardo Vieira, qui a déjà dirigé le pays d’une main de fer entre 1980 et 1999, entame son mandat avec la difficile mission de prouver la légitimité du scrutin et d’entamer des réformes.
Le retour de Nino

Après de longues tergiversations, les résultats définitifs du second tour de la présidentielle bissau-guinéenne du 24 juillet ont été annoncés le 10 août. Ils confirment la victoire avec 52 % des voix de l’ancien dictateur Joao Bernardo Vieira, surnommé « Nino ». Mais l’annonce ne va pas mettre fin aux troubles. Le candidat perdant, Malam Bacai Sanha, qui a gouverné le pays de 1998 à 99, candidat du parti au pouvoir, le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), continue de réclamer justice, estimant que le scrutin a été entaché de fraudes.

Ainsi, cette présidentielle qui devait marquer le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau, petit pays d’Afrique de l’ouest, après la guerre civile de 1998-99,

qui avait été suivie de plusieurs années d’instabilité politique et de chaos administratif, risque d’être à l’origine de nouveaux problèmes, d’autant plus qu’elle ne s’est pas déroulée sans anicroche.

M. Bacai Sanha a en effet déclaré qu’il n’accepterait pas les résultats finaux. « Nous allons contester ces résultats devant la Cour suprême », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, à la suite de l’annonce officielle de la décision de la commission. Ainsi Sanha a déposé une réclamation mercredi dernier pour contester les résultats de ce deuxième tour de la présidentielle, a annoncé la Cour suprême. Après l’annonce des résultats, le président de la Commission Nationale Electorale (CNE) a précisé que « le PAIGC dispose de deux jours, s’il souhaite déposer une réclamation devant la Cour suprême, qui aura à son tour six jours pour rendre sa décision ». Selon la loi électorale bisssau-guinéenne, la cour doit statuer dans un délai de 48 heures après le dépôt de la plainte.

Essayant de trouver une issue à cette question, le président cap-verdien Pedro Pires, envoyé spécial en Guinée-Bissau du président en exercice de l’Union africaine Olusegun Obasanjo, a visité ce pays pour une semaine. « Je peux vous assurer que nous avons fait un travail que je considère très utile et fructueux. Je pars maintenant avec le sentiment du devoir accompli, espérant que le pays marchera dans le bon chemin. La tâche revient maintenant aux Bissau-Guinéens eux-mêmes », a déclaré le président Pires. Mais le président cap-verdien n’a pas réussi à convaincre l’ex-président Malam Bacai Sanha d’accepter les résultats. « Je n’accepterai jamais un résultat entaché de fraudes. C’est une question de justice. Or sans justice, il n’y a pas de développement dans un pays. Il faut que la communauté internationale nous comprenne et garde patience », a insisté Sanha. En outre, le candidat du PAIGC a lancé un appel au calme à ses milliers de partisans massés devant le siège de son parti, situé dans le centre-ville de Bissau. Pour sa part, Vieira a invité son adversaire au scrutin, Sanha, à se joindre à lui « pour reconstruire notre pays. Je suis revenu pour rester et travailler pour la paix, la stabilité et le développement de mon pays », a assuré M. Vieira, qui a dirigé la Guinée-Bissau d’une main de fer. Aussi il a promis d’être « comme un arbitre », de respecter la séparation des pouvoirs et de procéder si possible à des réformes. « L’armée, les forces de sécurité et même l’administration publique doivent être restructurées si les conditions nous le permettent », a-t-il dit. Organisée après des législatives tenues il y a plus d’un an, l’élection d’un nouveau président doit marquer la fin d’une transition entamée au lendemain du renversement du président Kumba Yala, en septembre 2003. Elle est censée permettre à la Guinée-Bissau de rompre avec l’instabilité et les coups d’Etat récurrents ayant marqué son histoire .

Maha Salem

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