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Soudan. Salva Kiir, successeur de John Garang à la tête de l’ex-rébellion sudiste et au poste de premier vice-président, a promis d’œuvrer pour l’unité du pays. Mais les défis restent énormes.

Khartoum sur la corde raide

Confirmant le retour à un état plus normal, les autorités soudanaises ont levé dimanche le couvre-feu nocturne imposé à la capitale après les émeutes sanglantes qui avaient éclaté suite au décès du leader sudiste John Garang. Imposé dans un premier temps douze heures chaque nuit, le couvre-feu avait été progressivement réduit ces derniers jours.

Ce développement positif intervient à la suite de la prise de fonction du nouveau chef sudiste soudanais Salva Kiir, devenu le numéro deux du Soudan. Moins de deux semaines après la mort du charismatique John Garang, son successeur Salva Kiir s’est engagé, lors de sa prestation de serment, à mettre en œuvre la paix entre le Nord et le Sud. M. Kiir, 54 ans, a prêté serment à Khartoum comme premier vice-président du Soudan, devenant le second dignitaire du pays, après le président Omar Al-Béchir, conformément aux accords de paix bilatéraux signés le 9 janvier dernier à Nairobi. « Le mieux que nous puissions faire pour honorer la mémoire de John Garang est de suivre sa voie » vers la paix et la réconciliation, a-t-il déclaré jeudi après sa prestation de serment, sous la tente de cérémonie dressée dans le parc du palais présidentiel. Mais, a-t-il averti, l’accord de paix qui a mis fin à 21 ans de guerre civile, avec son lourd bilan de 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés, « n’est pas un lit de roses et même dans un lit de roses, il y a des épines ». M. Kiir s’est solennellement engagé à « préserver l’unité et la souveraineté du Soudan dans son système décentralisé ».

Salva Kiir était arrivé la veille dans la capitale soudanaise, y revenant après 22 ans d’absence. Pour lui, la paix entre le Nord, arabe et musulman, et le Sud, chrétien et animiste, doit être suivie « d’une rapide solution » pour en finir avec les autres conflits déchirant ce pays multiethnique de 30 millions d’habitants, le plus vaste d’Afrique. Il a explicitement cité la crise du Darfour à l’ouest et la recrudescence d’une rébellion à l’est.

Les Etats-Unis, qui ont joué un rôle-clé dans le processus de paix, ont exprimé leur confiance dans la capacité de M. Kiir et du SPLM (Mouvement populaire de libération du Soudan) à le maintenir sur les rails. « Malgré les circonstances actuelles, je suis optimiste : l’accord est là et il est soutenu sur le plan international », a déclaré dimanche à Khartoum le représentant spécial américain pour le Soudan, Roger Winter. Parmi les problèmes en suspens que doit affronter d’urgence M. Kiir figurent la formation du gouvernement d’union nationale et le règlement de négociations sur le statut de régions longtemps disputées parce que riches en pétrole. Le Soudan dispose de ressources pétrolières estimées à 2 milliards de barils. L’accord de paix stipule qu’une commission pétrolière conjointe à présidence tournante doit décider des concessions à venir, mais que les accords signés avant l’établissement de cette commission doivent être honorés, ce qui laisse un vide juridique.

Autre défi majeur : Le rétablissement de la paix au Sud-Soudan, sous-développé et ravagé par la guerre, représente « le plus grand défi » logistique jamais lancé à une mission de maintien de la paix de l’Onu, estiment les officiels de la Mission des Nations-Unies au Soudan (UNMIS).

La mort brutale de John Garang pose d’abord un problème politique, dans la perspective du déploiement prévu de 10 000 Casques Bleus dans le sud du Soudan. Mais cette opération sera compliquée en outre par le manque d’infrastructures de base, d’eau et de nourriture disponibles sur place, et par d’immenses champs de mines, a expliqué jeudi le commandant Kim Reisz, porte-parole de la division militaire de l’UNMIS, à Juba, la capitale historique du Sud-Soudan. « Je pense que cette mission constitue le plus grand défi jamais rencontré par l’Onu, sur le plan logistique », a-t-il souligné.

L’Onu mobilisera environ 80 avions de transport pour envoyer hommes et matériel sur place, dans le cadre de son mandat de contrôle de la mise en œuvre de l’accord de paix signé en janvier dernier à Nairobi entre Khartoum et l’ex-rébellion de M. Garang, a-t-il indiqué. « C’est la plus grande flotte aérienne » jamais déployée par l’Onu, a-t-il affirmé. Des contingents de l’Onu vont être déployés dans six secteurs distincts à travers le Sud-Soudan, selon les responsables de l’UNMIS. « Rien en fait n’est en place au Sud-Soudan pour contribuer au processus de mise en place, à l’exception de l’accord de paix lui-même, et la volonté politique de l’appliquer, de la part des parties signataires », a déclaré à Juba un expert civil de l’Onu. « Sur le terrain, tout au Sud-Soudan est hostile à cet accord : l’infrastructure physique est inexistante, ou détruite durant le conflit », a-t-il ajouté. « Les conditions climatiques, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, tout est extrêmement tendu et vulnérable, et pose des problèmes très sérieux », a confirmé un de ses confrères. « Ce n’est pas de la reconstruction, c’est de la construction, nous avons besoin de beaucoup de ressources humaines, d’expérience et de technologie », confirme un dirigeant du mouvement de M. Garang, le SPLM .

Inès Eissa
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