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Festival du film de locarno . La 58e édition a été marquée par une présence maghrébine particulièrement importante.
Mille et un émois nord-africains

« Portes ouvertes — Les producteurs européens rencontrent le cinéma du monde ». Un beau titre et un bon choix pour un programme qui est reproduit pour la troisième fois consécutive. Après le cinéma cubain et le cinéma de l’aire du Mékong, voilà donc cette année à l’affiche au Festival international du film de Locarno, le cinéma du Grand Maghreb. Le public festivalier a pu découvrir des films de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, soit 24 au total, pour la plupart des œuvres récentes. Cela n’est pas en effet sans rappeler la dernière grande rétrospective d’un cinéma arabe à Locarno, en 1983, où s’est déroulée une semaine de cinéma algérien et où la réalisatrice Assia Djébar était membre du jury international.

Bien sûr, entre-temps, on a vu la rétrospective de l’œuvre de Youssef Chahine, mais le public a dû attendre jusqu’en 2005 pour s’informer de la production cinématographique d’un pays arabe, en l’occurrence celle du Maghreb. Les festivaliers ont pu découvrir dans les films choisis les différences politiques, sociales et culturelles entre les trois pays invités. Ainsi, quelques-uns des films marocains comme Jawhara, fille de prison, de Saad Chraibi (2003), ou Mémoires en détention de Jilali Ferhati (2004), ou encore Chambre noire de Hassan Benjealloun (2004) ont parlé des humiliations, des tortures et oppressions des « années de plomb » que le Maroc a connues dans les années 1970. Pour ce qui est de son voisin algérien, les problèmes de racisme colonial et du nationalisme dominaient le cinéma après l’indépendance. Mais aujourd’hui, on parle de la résistance civile au terrorisme intégriste, de l’angoisse au cœur des gens, comme dans Aliénations, de Malek Bensmail (2004), ou Le Thé d’Ania de Said Ould-Khélifa (2004). Quelques films de cinéastes tunisiens ont quant à eux traité les sujets d’émigration : de la campagne à la ville dans le film Poupées d’argile, de Nouri Bouzid (2002), et vers l’Europe dans le film La Trace, de Néjia Ben Mabrouk (1988). Dans Bab Aziz, Nacer Khemir ensorcelle son public dans la tradition des Mille et une nuits à travers le voyage d’un derviche. Ce voyage dans le désert est accompagné par des chanteurs perses traditionnels et d’autres chanteurs folkloriques d’Azerbaïdjan, du Kazakhstan, du Turkménistan, du Baloutchistan et de la tribu de Ghashgai.

C’est ainsi, par leurs images, que les cinéastes maghrébins ont essayé de donner au public, au-delà des clichés et images médiatisées, l’occasion d’explorer leur monde par des regards plus authentiques. L’intention des « Portes ouvertes » n’a pas seulement été de faire connaître aux festivaliers la vitalité et la notoriété du cinéma maghrébin. Elles ont voulu aussi renforcer la circulation des films du Sud et favoriser les rencontres entre leurs réalisateurs et les milieux cinématographiques occidentaux. En effet, l’affluence du public en Tunisie et en Algérie a considérablement chuté, comme l’a expliqué Férid Boughédir lors d’une table ronde et rencontre entre les 24 réalisateurs du Maghreb et des producteurs européens. C’est dû, entre autres, au manque de cinéplexes dont nous disposons en Egypte. Même si un centre de 14 salles vient récemment d’être inauguré à Casablanca.

Malgré les gros efforts des ministères de la Culture de ces trois pays maghrébins pour soutenir le cinéma, notamment en Algérie et au Maroc, les cinéastes dépendent toujours du cofinancement avec un producteur étranger, dans la plupart des cas français. Quelle initiative merveilleuse de la part du Festival de Locarno que d’avoir alors sollicité cette fois les producteurs d’autres pays, comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, ayant déjà pris l’initiative de se lancer dans la coproduction avec le cinéma maghrébin. Résultat : les réalisateurs tunisiens, algériens et marocains présents viennent de créer la première Confédération indépendante Maghreb cinéma. Félicitations aux organisateurs des Portes ouvertes et au cinéma du Maghreb !


Une autre surprise

Cette 58e édition du Festival international du film de Locarno nous a réservé une autre surprise : la section des Léopards de demain a cette année été consacrée au continent africain. 18 courts métrages étaient en compétition et une rétrospective de 27 courts métrages visait à donner une idée de la production de jeunes cinéastes des quatre grandes régions du continent africain : Maghreb, Egypte, Afrique noire et Afrique australe. Beit min lahm (Maison de chair), de Rami Abdul Jabbar (2005), Al-Naharda talateen november (Le 30 novembre) de Mahmoud Soliman (2005), et Yom al-etnine (Lundi) de Tamer Al-Saïd (2004), représentent l’Egypte dans la section Compétition. Yom al-ahad al-aadi, de Saad Hindawi (1995), et Lilly de Marwane Hamed (2000), ont été choisis pour la rétrospective. Ce qui a sans doute été le plus important dans ce programme dédié aux cinéastes de la nouvelle génération est la possibilité de rencontrer leurs collègues du continent africain et d’avoir des échanges avec eux. Cela, sans oublier la possibilité de se familiariser avec la cinématographie mondiale, de nouer des contacts et d’en tirer profit.

Fawzi Soliman

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