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Cinéma .
Faisant valser vérité et mensonge, les deux films, Harb Atalia
(Jeu explosif) et Maalech ehna benetbahdel (Nous Sommes malmenés),
prennent acte des travers de la marche du monde.
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Apologie
de la conscience politique |
De quelle vérité
et de quel mensonge retourne-t-il ici ? Et de quelle force
susceptible de les nouer ? Harb Atalia de Ahmad Saleh est
sans doute le film
le plus frontal sur la corruption d’un certain milieu d’affaires.
Dès les premiers plans, on apprend que Yassine (Ahmad Al-Saqqa)
est injustement radié de l’Ordre des avocats pour avoir dévoilé
le trafic d’objets antiques impliquant de puissants hommes
d’affaires, des avocats et des fonctionnaires de haut grade.
Dès le début, le scénario muscle la violence de ces bourreaux
pour produire des victimes sublimes. Mis au ban des victimes
pour avoir repéré une dégradation, Yassine se met à la recherche
des corrompus. Il subtilise à Bakr (Khaled Saleh), un homme
d’affaires, un collier antique destiné à Franco, le leader
d’une mafia italienne. Devenu une sorte de justicier, il dévoile
les mésactions des crapules. Parenthèse, Yassine ne prétend
à nulle extra-lucidité, chez lui les mécanismes qui régissent
la société se présentent à nu, l’argent, la grossièreté, la
violence l’emportent sur la bonne conscience. Au cours d’un
voyage en Italie, Bakr prend en otage Hana (Nelly Karim),
la fiancée de Yassine, pour le contraindre à lui rendre le
collier. Franco, à son tour, l’assujettit à ses diktats pour
la même raison. Yassine invente le mensonge d’avoir confié
le collier à une vieille dame, qu’il recherche, pour contraindre
les deux crapules à mieux le protéger. Mise en abîme et jeux
de miroirs, hilarité jaune des salauds entre eux, Yassine
les fait tourner autour d’un axe d’ambivalence qu’ils servent
de toute leur énergie noire. L’origine du trauma, voué à résonner
dans toute l’œuvre, est située : l’échange illicite d’objets
antiques entraîne la déchéance économique et sociale. La charge
du film contre ces crapules peut se lire comme une attaque
en règle contre ce type d’échanges fondés sur l’accumulation,
la thésaurisation. C’est ainsi que le capitalisme marche autour
de nous. Dès lors, en chef de bande hardi, aidé de ses amis,
Nader (Magdi Al-Hakim) et Fouad (Khaled Aboul-Naga), Yassine
révèle la brutalité de l’entremêlement du trafic d’objets
antiques avec les rapports de pouvoir. Pour une utopie : la
résistance aux rapports d’argent illégitimes. Et pour cette
utopie, Yassine ne croit qu’à l’alliance de l’honnêteté et
la vie. Tout n’est pas perdu, le monde peut changer. De film
en film, fond et forme suivent chacun sa logique, quand il
n’y aurait de politique qu’à saisir le monde dans une forme
faisant apparaître les lignes de force et de les mettre en
jeu.
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Contradictions de la vie
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Dans le film
Nous Sommes malmenés, le cinéaste Chérif Mandour n’est pas pris
d’un messianisme réformateur de la décadence. Plus besoin de
miroirs pour dire le narcissisme des forts ou l’aliénation des
faibles, les personnages ne sont ni forts, ni faibles, mais
présents à eux-mêmes et aux contradictions de la vie. Dans un
décor simple, sous une lumière moins dirigée, se détache la
silhouette du protagoniste Qarmouti (Ahmad Adam), si raide quand
il incarne le pantin entravé dans une situation bouchée, qui
tente de réconcilier le politique et le populaire. Qarmouti,
qui tient un café pour touristes, part en diatribes contre le
président Bush, dévoilant les pulsions qui fondent son fascisme.
Scène après scène, il enroule son discours, remue le cadre devant
une clientèle blasée. Soucieux du sort de son fils Wahid (interprété
par lui-même), chômeur et incapable d’épouser sa fiancée, Il
compose un parti de chômeurs pour satisfaire les revendications
de ses semblables. Mais le parti est vite démantelé par la police
pour préserver l’ordre. L’aller-retour de Qarmouti entre le
politique et le social est la matrice de toutes le réponses.
Ses face-à-face avec Saddam, puis Bush, révèlent l’artificialité
du discours du premier, dénué de programme pour sauver son pays
de l’agression américaine, et la surenchère des arguments du
second sur les armes de destruction servant à légitimer son
invasion de l’Iraq. L’intrusion de la caméra accompagnant Qarmouti
met à égalité les deux personnages et les éléments de leur discours.
La collusion du vrai et du faux culmine lorsque, mimant un terroriste,
Qarmouti démonte l’impitoyable jeu politique de Bush qui consiste
à localiser le chef d’un groupe terroriste, quelque part, pour
faire graviter son armada et ses visées impérialistes autour
de son pays. Faisant résonner le langage d’un western actualisé
pour ouvrir les portes à ses campagnes militaires contre les
méchants menaçant la sécurité des Etats-Unis.
Cependant, Qarmouti
se tire bien d’affaire en ramenant au pays son fils égaré à
Bagdad et le mariant à sa fiancée. La démarche du film étant
d’essayer tout de même de sublimer le quotidien, d’en faire
quelque chose qui ne reste pas scotché au ras du sol, pour ne
pas noyer le spectateur dans l’explication de la réalité qu’il
essaie de camper. C’est en n’invalidant pas la sensibilité les
trop faciles discours et confirmations des idées qu’il est politique.
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Amina Hassan
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Mis à la trappe |
Nous sommes tous
soumis au même problème politique de fond : dans quelle direction
peut-on conduire notre société, que fait-on de notre vie ensemble,
qu’envisage-t-on comme avenir pour la communauté ? Mais on ne
part pas vraiment des mêmes bases. Au moment où l’on s’attend
à ce que la démocratie s’enclenche, on apprend que la censure
tremblante sous la pression du système a reporté la diffusion
du film Laylet soqout Bagdad (La Nuit de la chute de Bagdad),
de Mohamad Amin, à une date ultérieure au déroulement des élections
présidentielles. Le film traite tout simplement de l’effet de
choc de la chute de Bagdad sur la rue égyptienne et le partage
de l’opinion entre ceux qui craignent ses incidences sur l’avenir
et le danger qu’elle représente, et ceux qui anéantissent cette
crainte. Le système qui a dépêché le premier ministre Nazif
à Washington pour s’assurer de son soutien, ne veut certainement
pas s’attirer la foudre de son grand allié américain par la
diffusion d’un tel film apte à provoquer des remous sociaux.
Alors que l’humanité se régénère dans l’art de rendre possible
la démocratie, nous nous hâtons de l’étouffer. Fin d’un rêve. |
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