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Lutte contre la pauvreté . La sécurité alimentaire et la réforme agraire sont de plus en plus perçues comme des instruments indispensables de lutte contre la famine dans le monde.
Repenser la terre
En mars 2006, l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) organisera une conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural autour du thème « Nouveaux défis et options pour revitaliser les communautés rurales », que le Brésil, qui compte un puissant mouvement de paysans sans terre, a offert d’accueillir. « L’insécurité alimentaire et la réforme agraire sont étroitement interdépendantes, et tant qu’un accès adéquat ne sera pas assuré aux deux ressources productives de base que sont la terre et l’eau, les objectifs d’éliminer la pauvreté, de diminuer la faim et de promouvoir un développement rural inclusif resteront illusoires », soulignent les experts de la FAO.

Ils estiment que partout dans le monde, les plus pauvres des pauvres sont les paysans sans terre, suivis des pauvres en terre — ceux dont les terres peu fertiles sont trop exiguës pour faire vivre une famille. « Ces deux groupes constituent l’essentiel des pauvres et des affamés des zones rurales », soulignent-ils. Pour la FAO, une telle conférence aiderait à mobiliser les gouvernements ainsi que la communauté internationale dans l’aide aux réformes agraires, et à garantir aux pauvres les droits de tenure et d’accès à la terre et aux ressources naturelles. Car la tragédie du Niger, où près de 800 000 enfants en bas âge risquent de mourir — comme celle, dans un autre contexte, du Darfour, à l’ouest du Soudan — était annoncée depuis longtemps par les humanitaires sur place avant que les bailleurs de fonds, certes sollicités de toutes parts, ne réagissent, sous la pression d’opinions publiques émues par de tardives images de mort.

Parmi les thèmes qui seraient abordés par la conférence de 2006 figurent notamment les ressources physiques et financières, l’éducation et la formation ainsi que la façon de garantir le droit à la terre, le développement de systèmes fonciers adaptables et durables, ainsi que le développement des infrastructures (transports), l’accès à l’eau et aux semences et la commercialisation des produits de la terre. La diversification des activités agricoles, les politiques de crédit et d’assurance pour la gestion des risques et la protection des revenus des groupes vulnérables sont également les éléments d’une bonne réforme agraire.

Les experts sont d’accord pour dire que le type de réforme agraire qui peut réussir varie selon le pays et qu’il n’existe pas de modèle unique. Ainsi, une récente étude de chercheurs commandée par la FAO, intitulée Réforme agraire, colonisation et coopératives agricoles, s’est penchée sur des pays aussi divers que la Bolivie ou la Namibie en passant par Madagascar. En Namibie, la réforme agraire fait de plus en plus parler d’elle, en raison de l’établissement d’une taxe foncière sur les terres agricoles commerciales et de plans, annoncés publiquement, visant l’acquisition par le gouvernement de terres devant obligatoirement faire l’objet d’une redistribution.


Les solutions ne peuvent être que complexes

D’autres articles analysent la dynamique intra-familiale des régimes fonciers et de l’accès aux terres en Côte-d’Ivoire, ou les pratiques observées ces derniers temps en matière de conflits fonciers dans le nord de ce pays, le pays Masikoro, dans le sud-ouest de Madagascar, où l’immigration massive est de plus en plus source d’antagonismes entre populations autochtones et migrants.

Ces études se font l’écho des spécialistes des régimes fonciers, des populations, des ONG et des gouvernements, selon lesquels même si la réforme agraire est nécessaire et justifiée dans certains pays, non seulement il n’existe pas de solution universelle, mais les solutions ne peuvent être que complexes. Mais les spécialistes restent encore divisés : ceux qui plaident contre la redistribution des terres de grandes exploitations commerciales à de petits agriculteurs soutiennent que la production en souffrirait, et que l’environnement serait dégradé. D’autres estiment en revanche que l’expérience prouve que cette redistribution pourrait en fait améliorer la productivité et alléger les pressions exercées sur l’environnement, tout en s’assortissant d’avantages sociaux et politiques.

A la Banque mondiale comme à la FAO, on souligne que le succès de la redistribution des terres dépend essentiellement de la présence ou de l’absence du crédit, des circuits de commercialisation, de l’approvisionnement en eau, des services de vulgarisation et de technologies améliorées, comme les semences hybrides, et qu’il y a donc d’énormes progrès à faire dans tous ces domaines.

Les experts affirment que la redistribution des terres est beaucoup plus difficile quand elle se combine avec la réinstallation. Les réformes agraires appliquées en Asie ont souvent comporté le transfert de la propriété à des métayers qui cultivaient déjà la terre et possédaient donc les compétences nécessaires. En Afrique, cependant, la réinstallation (à la suite, notamment, de déplacements forcés provoqués par les conflits) est plus courante et un problème fondamental est alors celui du choix des agriculteurs, mais aussi de la bonne gouvernance des dirigeants, pour éviter les pressions violentes et la corruption.

Marie Joannidis

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