L’Egypte
était à quelques pas du début de la campagne
électorale pour les présidentielles et les législatives
lorsqu’elle a été surprise par les attentats
meurtriers qui ont frappé Charm Al-Cheikh vendredi
dernier. Ces attentats ne porteront pas seulement
atteinte au tourisme mais ils auront un impact
sur le cours des événements dans l’ensemble
de la région du Moyen-Orient. Ce, à un moment
très critique où l’on témoigne de l’aggravation
des contradictions, que ce soit en Palestine,
en Iraq, en Syrie ou au Liban.
Il
se peut qu’il y ait un lien entre ces attentats
et ceux qui ont frappé Taba il y a quelques
mois. Mais il se peut aussi qu’il n’y ait aucune
relation entre les deux. Après les attentats
de Londres, on avait cru que le terrorisme avec
tous ses problèmes et ses complications était
en train de se déplacer pour s’installer enfin
sur la scène occidentale. On avait cru que nous
étions en face d’un phénomène qui laisse présager
que le terrorisme était en train de s’internationaliser
et d’être de plus en plus mondialisé. Mais le
voilà qui revient en Egypte.
Ce
qui invite aussi au pessimisme est le boycottage
des élections. A cet effet, on a appris que
jusqu’à présent un seul parti de l’opposition,
le parti du Rassemblement avait décidé de boycotter
les élections. Mais il est fort à parier que
les autres partis lui emboîteront le pas si
la formation au pouvoir insiste à maintenir
les conditions restrictives qu’elle avait posées
pour le dépôt des candidatures.
On
peut dire que ni l’opposition ni le gouvernement
n’ont réalisé leurs objectifs. Le Parti National
Démocrate (PND, au pouvoir) souhaitait une participation
de l’opposition aux élections. Mais il ne l’a
pas obtenue.
Ce
boycottage ne plaît certes pas au PND. Ceci
est dû au fait que la participation des partis
de l’opposition aux élections est vue par le
monde entier — occidental en particulier et
les Etats-Unis en tête — comme un signe que
le régime respecte la démocratie. Il est donc
dans l’intérêt du PND d’être perçu comme tel.
Mais
ni le PND ni l’opposition n’ont l’intention
de revenir sur leurs positions. Nous sommes
donc devant une situation difficile. De plus,
il existe des facteurs internes, internationaux
et régionaux qui contraignent les différentes
parties à chercher une issue malgré les difficultés
qui se dressent face au changement.
Ce
que je veux dire par les facteurs internes est
que le régime risque de perdre le contrôle sur
les mouvements et les formations d’opposition
et, par conséquent, de tomber dans le désordre.
Les attentats terroristes atroces de vendredi
dernier en sont un indice. Pour ce qui est des
facteurs internationaux, le régime risque d’être
accusé comme antidémocratique et incapable de
convaincre l’opposition qu’il est difficile
de remplir les conditions qu’elle pose pour
s’assurer de l’intégrité des élections (il suffit
de dire qu’on n’a réussi qu’à rassembler uniquement
12 000 juges pour superviser les élections alors
que le nombre exigé est de 54 000). Quant aux
facteurs régionaux, je veux dire qu’exposer
la région dans son ensemble au risque de l’anarchie
aura des conséquences imprévisibles.Y a-t-il
une issue pour sortir de ce cercle vicieux ?
Y a-t-il un moyen d’éviter que ce scénario et
ces contradictions n’empirent ?