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Les contradictions au Moyen-Orient
Mohamed Sid-Ahmed

L’Egypte était à quelques pas du début de la campagne électorale pour les présidentielles et les législatives lorsqu’elle a été surprise par les attentats meurtriers qui ont frappé Charm Al-Cheikh vendredi dernier. Ces attentats ne porteront pas seulement atteinte au tourisme mais ils auront un impact sur le cours des événements dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient. Ce, à un moment très critique où l’on témoigne de l’aggravation des contradictions, que ce soit en Palestine, en Iraq, en Syrie ou au Liban.

Il se peut qu’il y ait un lien entre ces attentats et ceux qui ont frappé Taba il y a quelques mois. Mais il se peut aussi qu’il n’y ait aucune relation entre les deux. Après les attentats de Londres, on avait cru que le terrorisme avec tous ses problèmes et ses complications était en train de se déplacer pour s’installer enfin sur la scène occidentale. On avait cru que nous étions en face d’un phénomène qui laisse présager que le terrorisme était en train de s’internationaliser et d’être de plus en plus mondialisé. Mais le voilà qui revient en Egypte.

Ce qui invite aussi au pessimisme est le boycottage des élections. A cet effet, on a appris que jusqu’à présent un seul parti de l’opposition, le parti du Rassemblement avait décidé de boycotter les élections. Mais il est fort à parier que les autres partis lui emboîteront le pas si la formation au pouvoir insiste à maintenir les conditions restrictives qu’elle avait posées pour le dépôt des candidatures.

On peut dire que ni l’opposition ni le gouvernement n’ont réalisé leurs objectifs. Le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) souhaitait une participation de l’opposition aux élections. Mais il ne l’a pas obtenue.

Ce boycottage ne plaît certes pas au PND. Ceci est dû au fait que la participation des partis de l’opposition aux élections est vue par le monde entier — occidental en particulier et les Etats-Unis en tête — comme un signe que le régime respecte la démocratie. Il est donc dans l’intérêt du PND d’être perçu comme tel.

Mais ni le PND ni l’opposition n’ont l’intention de revenir sur leurs positions. Nous sommes donc devant une situation difficile. De plus, il existe des facteurs internes, internationaux et régionaux qui contraignent les différentes parties à chercher une issue malgré les difficultés qui se dressent face au changement.

Ce que je veux dire par les facteurs internes est que le régime risque de perdre le contrôle sur les mouvements et les formations d’opposition et, par conséquent, de tomber dans le désordre. Les attentats terroristes atroces de vendredi dernier en sont un indice. Pour ce qui est des facteurs internationaux, le régime risque d’être accusé comme antidémocratique et incapable de convaincre l’opposition qu’il est difficile de remplir les conditions qu’elle pose pour s’assurer de l’intégrité des élections (il suffit de dire qu’on n’a réussi qu’à rassembler uniquement 12 000 juges pour superviser les élections alors que le nombre exigé est de 54 000). Quant aux facteurs régionaux, je veux dire qu’exposer la région dans son ensemble au risque de l’anarchie aura des conséquences imprévisibles.Y a-t-il une issue pour sortir de ce cercle vicieux ? Y a-t-il un moyen d’éviter que ce scénario et ces contradictions n’empirent ?


Le jeu des contradictions

Pour faire face à cette problématique, on a probablement besoin de discuter des « jeux de contradictions » dans la région — au moins du point de vue théorique. La première question qui se pose à cet effet est la suivante : est-il possible de transformer les contradictions hostiles en des contradictions non hostiles ? Les contradictions hostiles sont celles que l’on qualifie comme étant « jeu à somme nulle ». La méthode qu’il faut adopter pour éliminer ce genre de contradictions entre deux parties est soit les transférer à une tierce partie soit les transformer — si possible — en une contradiction constructive bénéfique pour les deux parties antagonistes au lieu d’être nuisible.

Citons « l’état de guerre » entre les pays arabes et Israël comme modèle de contradiction hostile entre deux parties. Est-il possible que cette contradiction soit non hostile et qu’elle aille jusqu’à la conclusion d’un accord entre les parties ? Ceci exige normalement qu’il y ait un certain équilibre dans le rapport des forces entre elles. Ceci n’est évidemment pas le cas. Mais il peut l’être du point de vue théorique. Ce, en transformant cette contradiction — dans son expression la plus aiguë qui est l’état de guerre — en une autre contradiction ou en la transférant à d’autres parties. Comme par exemple de faire assumer à la communauté internationale la responsabilité de dédommager généreusement les Palestiniens qui ont perdu leurs propriétés. Déposer ce fardeau sur une tierce partie sera moins grave que le maintien de l’état de dispersion dont souffrent les réfugiés palestiniens actuellement.

Pour mettre fin à ce conflit, on a procédé, conformément à cette conception, à la redistribution et à la transformation des contradictions hostiles en des contradictions non hostiles. Mais il est impossible de concevoir que l’on puisse résoudre les contradictions hostiles de la sorte. Le problème est de parvenir à des mécanismes à même d’élargir le cercle des contradictions que l’on peut transformer en des contradictions non hostiles qui ne se dressent pas face à un règlement global.


Les jeux à sommes nulles

Ceci nous conduit à envisager une autre conception : celle de transformer la contradiction d’un « jeu à somme nulle négative » en un « jeu à somme nulle positive ». Autrement dit, au lieu que les deux parties ne sortent vaincues de ce conflit, elles en sortent gagnantes. Ceci n’est pas impossible du point de vue théorique. Mais il faut faire attention pour éviter de tomber dans des pièges.

En ce qui concerne le conflit arabo-israélien à titre d’exemple, des indices portent à croire que nous sommes face à un jeu à somme nulle positive et que les deux parties sont en train d’en tirer des profits, alors que la réalité est tout à fait le contraire. La situation des Palestiniens par exemple s’aggrave. Sharon s’est déclaré prêt à se retirer de la bande de Gaza et de 4 colonies en Cisjordanie. Serions-nous face à un jeu à somme nulle positive ?

La réalité est que Sharon considère le retrait de Gaza comme étant le dernier qu’effectuera l’Etat hébreu, alors que les Palestiniens le considèrent comme étant un premier pas qui devra être suivi par d’autres. Les apparences nous mettent face à un jeu à somme nulle positive où les deux parties sont gagnantes alors qu’il est en réalité un jeu à somme nulle tout simplement. C’est-à-dire que le retrait ne s’effectuera pas comme l’espèrent les Palestiniens et il s’arrêtera définitivement après ce premier pas. Condoleezza Rice est venue il y a quelques jours dans la région — pour la deuxième fois à intervalles rapprochés — pour contribuer à créer des solutions à ces problèmes difficiles. Est-ce qu’elle réussira là où ont échoué beaucoup d’autres ou bien sera-t-elle en proie au chantage sharonien ?.

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