| Le
premier de ces indices et le plus important est
que le soutien politique intérieur au projet d’invasion
et d’occupation de l’Iraq, accordé aux Etats-unis,
diminue de plus en plus. Tous les sondages assurent
que l’appui populaire américain connaît un recul
important, causant certainement une perte de confiance
vis-à-vis du président Bush et de son Administration.
Au Congrès, la tension monte en ce qui concerne
les coûts matériels et politiques exorbitants
de l’occupation, surtout qu’aucun changement important
ne semble se profiler à l’horizon en ce qui concerne
les conditions sécuritaires et politiques en Iraq.
Le Congrès a discuté du budget de l’occupation
pour l’année 2006 avec beaucoup d’inquiétude et
a refusé d’accorder à l’Administration tout ce
qu’elle réclamait. Effectivement, de nombreux
sénateurs et députés exigent un plan ou un calendrier
pour le retrait de l’Iraq. Il était naturel que
le président américain refuse de s’y soumettre
publiquement, puisqu’une telle attitude aurait
encouragé la résistance en Iraq à concentrer davantage
ses frappes sur les forces américaines avant que
les mesures nécessaires à leur protection ne soient
prises.
Quant
à l’indice le plus sérieux, il s’agit de l’existence
de préparatifs déterminés et peut-être même de
plans déjà élaborés pour le retrait des forces
américaines et britanniques de l’Iraq. Le journal
britannique Mail On Sunday a dévoilé au début
du mois courant l’existence d’un document secret
présenté par le ministre britannique de la Défense,
John Reid, au premier ministre autour du retrait
de la majorité des troupes britanniques dans un
délai de 3 mois, puis du reste en 6 mois. Selon
le document, le retrait britannique obligera les
autres forces alliées à se retirer aussi. Par
ailleurs, la Grande-Bretagne devrait quitter 2
provinces au sud qui sont Muthana et Misan en
octobre prochain, et de 2 autres qui sont Dhi-Qar
et Basra en avril 2006. Le document a également
mis l’accent sur l’importance des facteurs financiers
pour une telle évacuation, indiquant que le retrait
de la majorité des forces réduira les coûts de
moitié, c’est-à-dire à 500 millions de livres
sterling.
Quant
aux plans américains, le document cite que les
GI’s ont l’intention de remettre 14 des 18 provinces
qu’ils occupent militairement au gouvernement
iraqien début 2006. Et à l’approche de cette même
date, les forces américaines et alliées auraient
l’intention de diminuer leurs forces militaires
de 176 000 à 66 000.
La
méfiance est néanmoins de rigueur car ce document
a fait l’objet d’une fuite volontaire dans ce
journal britannique. Il faut se rappeler que ces
plans ne sont encore qu’à l’état de projet. Le
plus important est qu’ils rencontreront une opposition
féroce de la part des institutions au pouvoir
dans les 2 pays, notamment la droite américaine,
et même de la part de certaines institutions militaires
importantes. Cet éventuel retrait pourrait également
porter un coup fatal à la politique étrangère
américaine qui a longtemps compté sur la force
pour terroriser le monde. En outre, ses conséquences
psychologiques pourraient être énormes créant
un complexe encore plus grave que celui du Vietnam.
Il est donc possible de prévoir des conflits intenses
autour de ces plans au sein de l’establishment
militaire américain. Cette situation aura des
répercussions sur les relations entre civils et
militaires.
Ces
derniers pourront dire que c’est l’Administration
qui les a mis dans cette situation précaire, faisant
perdre à l’armée américaine son honneur en prenant
la décision d’envahir l’Iraq malgré une forte
opposition de sa part, du moins au début. Les
répercussions politiques ne seront pas meilleures.
Tout simplement, le retrait constituera une défaite
face au terrorisme. Cette déroute pourrait même
encourager les terroristes à concentrer leurs
attaques à l’intérieur même des Etats-Unis. La
décision du retrait peut aussi bien affecter le
destin de l’Amérique que l’ordre mondial. Elle
pourrait ainsi être la plus cruciale dans l’Histoire
américaine depuis la fin de la seconde guerre
mondiale. |
| Cependant,
la décision du retrait reste la plus sage. Si
un pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne
se rend compte qu’il n’y a aucun espoir de réaliser
une victoire militaire ou politique à l’avenir,
pourquoi alors consentir davantage de pertes humaines
et politiques ? D’un autre côté, si on ne s’attend
pas à une victoire, on pourrait du moins éviter
une défaite militaire ou une situation plus humiliante
que le retrait en temps opportun, comme cela s’est
passé au Vietnam en 1975.
Malgré
toutes les réserves, il est possible de prévoir
dans un avenir proche l’éventuel retrait dont
a parlé le document. Mais quelles en seront les
formes ? S’agira-t-il d’une évacuation totale
de tous les territoires iraqiens de façon à réduire
fortement les coûts financiers et humains de la
guerre ? Ou sera-t-il question d’un redéploiement
des forces terrestres sans abandonner totalement
l’Iraq du point de vue militaire et politique
? Ou encore ce serait un retrait des forces américaines
et britanniques de tous les territoires iraqiens
avec le redéploiement d’une partie dans les eaux
du Golfe et dans certains pays arabes voisins
? Ces scénarios probables, le document n’en a
pas dit un mot.
Quoi
qu’il en soit, chacune de ces éventualités aura
des répercussions militaires et politiques différentes
quant au sort de l’Iraq. Malgré leur différence,
elles ont une seule chose en commun : le retrait
causera obligatoirement le démantèlement de l’occupation,
du moins du côté militaire, poussant en même temps
l’Iraq à une guerre civile qui pourrait être encore
plus féroce que tout ce qui s’est passé tout au
long d’un quart de siècle de combats et de tueries
continus . |