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Périodique.Dans
le monde arabe, l’heure est aux bouleversements.
Les revues suivent le mouvement : La Boussole,
parue en Egypte très récemment, ou encore la déjà
plus ancienne Alternatives/The Arab Ecologist
au Liban. Les seniors du métier se mettent au
diapason : Al-Adab consacre un dossier à Kéfaya.
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| Une
lecture engagée politiquement et audacieuse |
| S’il
est une chose qui rassemble aujourd’hui
le Liban et l’Egypte, c’est la vitesse à
laquelle surviennent et se succèdent les
événements. Pas un jour ne se passe sans
Breaking News. Evénements révoltants souvent,
inexplicables pour certains, passionnants
toujours. C’est cet aspect passionnant de
l’air du temps, qu’il soit tragique ou enthousiasmant,
que le dernier numéro de la revue Al-Adab
réussit bien à capter, sans occulter les
interrogations dérangeantes, voire exaspérantes,
de notre scène politique arabe, et sans
se soumettre à la censure implicite que
nos publications, culturelles ou politiques,
ont trop souvent tendance à s’imposer.
La
couverture arbore en effet le drapeau arc-en-ciel
de la fierté gay et lesbienne, brandi pour
la première fois à Beyrouth en 1993 par
« une dizaine d’homosexuels lors de la manifestation
» contre la guerre en Iraq, comme le signale
l’encart introductif à une nouvelle de Marc
Haddad, Carré de lumière, dont le narrateur
est un jeune homosexuel libanais se débattant
entre la peur, la culpabilité et l’impuissance
face à l’agressivité de ses amis d’enfance.
Ce
drapeau arc-en-ciel n’occupe qu’une petite
place sur une couverture presque entièrement
dévorée par un seul mot : Kéfaya, mot brandi
par l’écrivain devenu symbole du « non »
jeté à la face du gouvernement égyptien
: Sonallah Ibrahim, qui avait refusé le
prix d’une valeur de 100 000 L.E. que lui
octroyait le Conseil suprême de la culture.
Et enfin, en haut à droite, un titre sarcastique
: « Les nouveaux libérateurs du Liban »
à côté de Michel Aoun faisant le signe de
la victoire, comme en écho à la quatrième
de couverture, où se côtoient les photos
de Samir Kassir et Georges Hawi, « deux
martyrs pour la libération et la liberté
». Les citations sur fond noir semblent
inattendues par rapport au discours dominant
de ces deux personnalités, celle de Kassir
mettant en garde contre « le racisme libanais
ordinaire à l’encontre des ouvriers syriens
» et celle de Hawi, datant de 1982, prévenant
que « l’Amérique et Israël continueraient
à fomenter des complots pour diviser notre
peuple ».
Tout
est dit dans ces deux pages de couverture
: ras-le-bol de la dictature, mais aussi
du poids de traditions ultra rigides, pour
la résistance face aux Etats-Unis et Israël,
mais aussi importance de l’unité des peuples
arabes.
L’édito
de Samah Idriss Notre deuil fait écho aux
deux citations de quatrième de couverture
et explique pourquoi elles ont été sélectionnées
tout en donnant le ton. Idriss rend un vibrant
hommage au passé militant de Hawi, ex-secrétaire
général du Parti communiste libanais, et
regrette « l’élégance du style » de Samir
Kassir ainsi que « son audace inhabituelle
». Cet hommage n’est que plus vrai et sincère,
poignant aussi, quand Idriss explique ce
qui le séparait politiquement de ces deux
hommes, ce qui l’avait agacé ou même choqué
dans leur évolution récente. Pourquoi, demande-t-il
en ce qui concerne Kassir, « doit-on en
priorité critiquer (…) le Baas iraqien,
le Hezbollah et le Hamas (…) et non pas
Yasser Arafat, George Bush Jr (…) la politique
de Hariri, ou le socialisme à la Joumblatt
(…) ? ». Il n’hésite pas à critiquer « le
concept de confession nationaliste fabriqué
par le martyr Georges Hawi » et à se souvenir
des « surprenantes ouvertures vers des partenaires
et des systèmes arabes qui n’avaient jamais
obtenu notre confiance ».
C’est
Samah Idriss également qui couvre l’actualité
politique libanaise dans une longue analyse
très documentée sur le général Michel Aoun
et ses rapports avec le lobby libanais pro-américain
(Tony Haddad, Walid Maalouf, Walid Farès
et Ziyad Abdel-Nour). Idriss montre ainsi
comment « la solution qu’il (Michel Aoun)
propose ne diffère en rien de celle avancée
par les Faucons du Pentagone : la démocratisation
des pouvoirs terroristes, à l’instar du
régime syrien, producteurs d’organisations
terroristes ». Il s’étonne du silence «
des directions nationales et même de gauche
» sur les rencontres entre Aoun et Ayoub
Karra (député du Likoud à la Knesset) «
à Paris en vue de discuter du retour des
membres de l’armée du collaborateur Lahd
au Liban ».
Le
dossier sur Kéfaya, s’il comporte également
des données chiffrées sur la situation actuelle
en Egypte, sous la plume d’Ahmad Khamissi,
est surtout construit autour des problématiques
exposées dans l’introduction au dossier
: « Quelle est la réalité de ces forces
(d’opposition), en premier lieu Kéfaya ?
». « Autour de quel concept du changement
se sont construites les forces de l’opposition
? ». Ahmad Bahaa Chaabane, membre actif
de Kéfaya, expose la naissance, l’évolution
et les défis du mouvement. L’article d’Ahmad
Abdel-Rahmane joue le rôle de modérateur
des enthousiasmes ; il reproche en effet
à Kéfaya sa méthode qui selon lui mènerait
« à une baisse d’intérêt pour les luttes
nationalistes, au moment même où les attaques
impérialistes et sionistes contre notre
oumma s’intensifient ».
Beaucoup
d’autres études (sur entre autres les «
nouveaux libéraux arabes », « l’impasse
du mouvement nassérien syrien », « l’héritage
de Yasser Arafat », ou encore « contre le
financement étranger des activités associatives
») donnent à cette revue toute son épaisseur
intellectuelle, même si le discours glisse
parfois vers une langue de bois qu’affectionnent
les intellectuels nassériens marxisants
et a du mal à cadrer avec les aspirations
d’une jeune génération tout aussi avide
de résistance et de liberté. Ce soupçon
d’austérité est heureusement sauvé par l’apport
littéraire de la revue, qui propose, entre
autres, des poèmes (Emad Fouad, Sami Mahdi,
Saleh Al-Rahhal) et une interview avec le
poète syrien Hadi Daniel. On attend avec
impatience le prochain numéro, pour lire
le dernier entretien avec le militant pakistanais
Tareq Ali . |
Dina
Heshmat |
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La boussole
démocratique |
Une
prise de vue presque panoramique montre
une large rue occupée entièrement par
des policiers. C’est la couverture, intensément
travaillée, du périodique Al-Bossla (La
Boussole) qui révèle déjà sa couleur politique.
Avec en titre principal « Vers où allons-nous
? », « Images de la scène politique actuelle
», cette publication accorde un intérêt
principal à la rue, à ses composantes
et à ses échos souvent négligés. On pourrait
retrouver, tout le long des articles,
cette image implicite d’un terrain de
football où les joueurs se partagent les
rôles en marginalisant complètement le
public. Pour parer à cette dénégation
des masses, La Boussole propose donc la
participation démocratique à travers une
libre adhésion à des syndicats et des
associations indépendants de l’Etat.
S’approcher
de la rue ne se fait pas uniquement en
fonction d’une analyse de « la crise de
la démocratie » ou d’un thème comme celui
de savoir « pourquoi ne trouve-t-on pas
de candidat face au président ? ». Le
fait d’entrer en contact avec les masses
peut se manifester également dans l’intérêt
accordé au goût artistique populaire s’incarnant,
par exemple, dans le chanteur Ahmad Adawiya,
phénomène des années 1970, dont un portrait
est présenté.
Le
magazine s’annonce comme « la voix de
la démocratie radicale », terme qui peut
paraître antinomique, mais le magazine
se défend de toute intention paternaliste
supposée « guider » et « diriger » en
quelque sorte. L’édito explique que La
Boussole est un simple « outil entre les
mains du lecteur qui lui présente le réseau
de tendances démocratiques et despotiques,
qui participe avec d’autres boussoles
afin de trouver une redéfinition démocratique
de la gauche ».
Cette
publication est fondée par un groupe de
jeunes journalistes, mais avant tout chercheurs
en politique et en économie, qui affichent
une idéologie marxiste de base, toutes
tendances confondues. Ils révèlent que
la démocratie est leur atout. Mohamad
Al-Sayed Saïd, vice-directeur du Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram, dans un entretien accordé
à la revue, souligne la capacité de la
démocratie à se transformer en identité
politique.
Cette
initiative de souligner les failles du
régime au pouvoir, de critiquer les pratiques
« démocratiques » n’est pas unique dans
son genre. D’autres publications sont
marquées par ce genre de préoccupations,
comme par exemple la revue Awraq ichtérakiya
(Feuillets socialistes), ou des hebdomadaires
indépendants comme Al-Fagr et Al-Dostour
qui critiquent largement l’orientation
du gouvernement, voire le régime au pouvoir.
Mais l’intérêt de cette revue et le point
fort de sa rédaction qui la distinguent
de ses semblables de gauche sont qu’elle
ne se limite pas au fait de transgresser
les tabous. Elle a la capacité de poser
la question propice qui nous préoccupe
tous, sans sombrer dans le jargon marxiste
ou autre, en essayant tout le temps d’analyser
le fait et de le relier à son contexte
plus global qui, le plus souvent, permet
d’interpréter les origines d’un phénomène.
Ainsi, le chercheur Samer Soliman pose
la question : Gamal Moubarak saura-t-il
résoudre le dilemme de l’Etat égyptien
? Comment le soutien américain, qui a
été plus tard remplacé en quelque sorte
par le capitalisme égyptien, a-t-il préparé
la scène à l’apparition de Gamal Moubarak
pour un jeu d’un seul acteur ? Cette personnalité
concrétise « l’union ou le mariage des
deux catégories les plus fortes dans ce
pays : la bureaucratie et le capitalisme
». Pour garantir un élément essentiel
de la démocratie, qui est le dialogue,
La Boussole se met dans les chaussures
de l’autre soit pour analyser la vision
du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir)
sur la réforme constitutionnelle, soit
pour disséquer la montée des Frères musulmans
et les traits qui les rapprochent du régime.
Un
commencement prometteur qui n’est gâché
que par quelques tentatives de faire trop
d’humour dans certains articles .
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Dina
Kabil |
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The Ecologist,
version arabe |
Trois
numéros de Badaël (Alternatives), nouvelle
version en langue arabe du magazine The
Ecologist, ont déjà été publiés. Cette revue
trimestrielle enrichit la presse environnementale
arabe, bien qu’elle soit apparue tardivement.
A
travers 72 pages en couleurs, Badaël expose
tous les domaines de l’environnement sur
la planète en général et dans le monde
arabe en particulier.
Les
premières pages concernent l’état de la
planète, c’est-à-dire : comment se porte
l’environnement dans le monde ? D’autres
pages sont consacrées à l’environnement
dans les pays arabes. Les articles publiés
dans les trois premiers numéros portaient
sur plusieurs questions essentielles,
comme les recherches scientifiques sur
l’industrie et l’agriculture biologique.
Des entretiens avec de grands intellectuels
arabes dans plusieurs domaines scientifiques,
comme Samir Amin et Serge Latouche, abordaient
quelques questions épineuses comme les
OGM (Organismes Génétiquement Modifiés),
la démocratie, l’altermondialisation et
la sécurité alimentaire dans le monde
arabe. Sans oublier les contributions
originales de quelques experts, dont Mohamad
Bouqorra et Moustapha Al-Husseini.
Quant
aux dossiers qui ont été examinés, on
peut citer à titre d’exemple celui de
l’énergie. Le pétrole dans le monde arabe,
qui constitue une des richesses naturelles
dont jouit la région, a été abordé en
long et en large. Ainsi, la revue a évoqué
le refus de Washington de ratifier le
protocole de Kyoto. L’invasion de l’Iraq,
visant à dominer toutes les ressources
d’énergie, a aussi été discutée. Sans
oublier les illusions autour du pétrole
de la région de la mer Caspienne.
Une
question-clé s’est imposée : quelles alternatives
possibles au pétrole, en tant que source
d’énergie ?
Autre
dossier d’une extrême importance : l’eau.
Les problèmes de l’eau dans le monde arabe
sont une priorité. Le Proche-Orient est
riche en ressources hydrauliques et c’est
ce qui est à l’origine des guerres. La
gestion et la privatisation de l’eau sont
également abordées.
Quant
au troisième dossier, il avait trait au
problème de l’effet de serre et du réchauffement
climatique. Question au centre des débats
du dernier sommet du G8 qui s’est tenu
en Ecosse.
Badaël
s’est également intéressée à de nombreux
experts en matière environnementale dans
le monde arabe. Mohamad Al-Qassass et
Rouchdi Saïd en faisaient partie.
Enfin,
des rapports publiés concernant quelques
problèmes écologiques dont souffrent plusieurs
pays du monde arabe complètent l’ensemble
des thèmes de la revue. Quelques ouvrages
sont conseillés, ainsi qu’une liste d’associations
et ONG travaillant pour la protection
et la conservation de l’environnement
dans le monde .
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Racha
Hanafi |
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