Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'événement

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Attentats de Charm El-Cheikh. Célèbre avocat des groupes islamistes, Montasser Al-Zayat estime que les attentats de Charm Al-Cheikh sont l’œuvre d’un groupe isolé du Sinaï.
« Les auteurs de ces opérations viennent de la péninsule elle-même »

Al-Ahram Hebdo : Quelle première impression vous ont laissé les attaques de Charm Al-Cheikh ?

Montasser Al-Zayat : Tout de suite, j’ai eu cette impression qu’il s’agissait d’un groupe de personnes épousant les idées djihadistes, mais qui ne sont pas liées aux mouvements connus ni à Al-Qaëda. Des personnes furieuses contre les Etats-Unis et déterminées à viser les intérêts occidentaux, américains en particulier.

— Que voulez-vous dire par mouvements connus ?

— C’est-à-dire les mouvements qui étaient actifs en Egypte comme la Gamaa islamiya ou le Djihad.

— Pourquoi écartez-vous un lien avec Al-Qaëda ?

— Al-Qaëda n’a jamais réussi à s’infiltrer dans la structure des mouvements égyptiens. La Gamaa islamiya a rejeté le front de Bin Laden dès le début.

— Mais Al-Qaëda est-elle capable d’exporter ses militants pour mener des attentats à l’intérieur du pays ?

— J’en doute fort. Et je remets en cause le scénario qui circule en ce moment sur l’éventuelle implication de Pakistanais, même si toutes les options sont ouvertes. Mon analyse ne peut pas se baser sur l’infiltration d’étrangers, car il est très difficile de franchir illégalement les frontières égyptiennes.

— Comment expliquez-vous alors que, cette fois-ci, à Charm Al-Cheikh, et avant à Taba, les revendications ont émané de groupe se disant lié à Al-Qaëda ?

— Je n’accorde pas le moindre intérêt à ce genre de revendications. Celles-ci avaient une valeur à l’époque où les mouvements armés menaient des opérations contre le régime égyptien. La brigade de Talaat Yassine, par exemple, dévoilait dans ses revendications des aspects de ses plans ou citait des noms des auteurs s’ils étaient décédés. Al-Qaëda, même lorsqu’elle a mené des opérations, fournissait des informations, comme cela a été le cas avec la bombe placée à l’ambassade américaine de Nairobi. Elle a dévoilé l’identité de l’auteur et a diffusé aussi quelques minutes de l’opération filmée. Mais aujourd’hui, les revendications, comme celle de Charm Al-Cheikh (les brigades des Fils du Sinaï, ou Abdallah Azzam, ou les combattants d’Egypte), ne donnent aucune information dans leur communiqué. En l’absence de détails, ces revendications ne peuvent être plausibles.

— Mais l’attentat de Charm Al-Cheikh porte tout de même l’empreinte d’Al-Qaëda ...

— On peut dire qu’Al-Qaëda dispose d’un droit d’auteur. Son empreinte est reconnaissable, puisqu’elle consiste à prendre pour cible plusieurs endroits à la fois en utilisant des voitures piégées. C’était le cas à New York et Washington, à Nairobi et Dar Es-Salam et même à Madrid et Londres et à Charm Al-Cheikh. Leur style est devenu facile à imiter.

— Comment expliquez-vous le choix du Sinaï ? Cela serait-il dû à la difficulté d’atteindre des cibles au Caire ?

— C’est une des théories très plausibles. Mais il en existe d’autres. Personnellement, je pense que les auteurs de ces opérations viennent de la péninsule elle-même. Personne ne peut entrer dans le Sinaï sans qu’il soit immédiatement reconnu par ses habitants. Le genre d’explosifs utilisés dans ces opérations est facile d’accès pour les bédouins, tout comme les armes sont aussi disponibles pour les enfants en Haute-Egypte. Les habitants du Sinaï connaissent par cœur les sentiers de cette région. De plus, ils voient des touristes, des étrangers au comportement libéral et les comparent avec ce qui se passe en Palestine et en Iraq et l’humiliation que subissent les Arabes. Il se peut que ces gens-là épousent les idées djihadistes et s’inquiètent pour leur religion, alors ils décident de mener des opérations contre ces étrangers qui représentent à leurs yeux l’équivalent de Bush ou de Blair.

— Ces attaques seraient-elles uniquement liées à des motifs extérieurs ?

— En tout cas, je ne pense pas qu’elles aient une portée locale, sauf si cette opération est liée à l’humiliation et à la torture subies par les parents et familles des habitants de Taba pendant l’enquête policière après les attentats d’octobre dernier. Les accusés dans les attentats de Taba ont avoué qu’ils visaient Charm Al-Cheikh, mais les contrôles policiers les ont poussés à mener les opérations à Taba. Mais cette fois, il leur a été plus facile de toucher Charm.

Mohamad Saleh Fellefil, l’accusé en fuite dans les attentats de Taba, serait-il à l’origine de ces opérations ?

— Je pense que c’est très probable.

— Comment expliquez-vous alors cette défaillance de la police ?

— Par un relâchement sécuritaire. Les auteurs des attentats ont su passer à travers les mailles d’un filet détendu.

— Sommes-nous au seuil d’une nouvelle vague de terrorisme en Egypte ?

— Ce qui se passe en Egypte actuellement est lié à la vague de terrorisme international. Cette vague qui envahit le monde entier en raison du terrorisme mené par les Etats-Unis. Sans cette politique américaine humiliante envers le monde arabo-musulman, ce terrorisme n’aurait pas de raison d’être.

— Les Etats-Unis sont-ils la seule cause de ce terrorisme ?

— Oui, les Etats-Unis et leurs alliés. On ne peut pas écarter le terrorisme de ses racines, le président Moubarak l’a dit. En Palestine, Sharon tue et les Etats-Unis lui donnent le feu vert.

— La multiplication des attentats en Egypte, même si certains ont eu peu d’importance, vous pousse-t-elle à croire que les attaques vont se multiplier ?

— On doit s’y attendre. Je pense qu’il y aura d’autres opérations du même style dans d’autres endroits.

— Les attaques de Charm Al-Cheikh et de Taba peuvent-elles être liées à celle du Caire quelques mois auparavant ?

— Non, elles sont différentes. Certes, toutes sont ce qu’on appelle de la violence dirigée contre l’extérieur et non l’intérieur. Mais les auteurs des opérations de Charm et de Taba sont des Arabes du Sinaï qui ont un point de vue très particulier et qui consiste à prendre pour cibles des objectifs occidentaux. Mais au Caire, il s’est plutôt agi d’une violence en famille. Elles ont eu lieu au moment où les manifestations en Egypte étaient à leur comble. On peut dire que le motif était peut-être le même, mais que la mise en œuvre était différente.

— Ce qui s’est passé à Charm pourrait-il placer le régime égyptien dans l’embarras ?

— Je ne pense pas. Cela fait longtemps que le régime égyptien ne cesse de mettre en garde l’Occident qui accueille des terroristes. Alors qu’aucun gouvernement occidental, commençant par Bush, ne peut accuser l’Egypte de défaillance. Londres a subi une seconde série d’attentats, alors que tous ses services de sécurité étaient en état d’alerte.

— Cette nouvelle vague de terrorisme pourrait-elle encourager des anciens mouvements armés égyptiens à reprendre leurs activités ?

— Non, les anciennes organisations ont définitivement décidé de renoncer à la violence. Ces attaques pourraient cependant aider à la naissance de nouvelles générations qui adoptent la violence contre les étrangers .

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631