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Attentats de charm al-cheikh. Le ton officiel est à la minimisation des conséquences néfastes sur l’économie du pays. Mais dans les milieux d’affaires, le départ des investisseurs est redouté.
Expectative teintée de réalisme

Le bilan des victimes des attentats meurtriers de Charm Al-Cheikh dressé et les réactions d’horreur estompées, c’est d’économie que l’on parle. Et là non plus, les nouvelles ne sont pas très bonnes. Dans l’ensemble des médias, les analystes ne cessent d’évoquer l’effet de ces attentats sur l’économie égyptienne et surtout le tourisme.

Les responsables officiels se veulent avant tout rassurants, et mentionnent qu’avant l’Egypte, d’autres pays ont été frappés de manière similaire et que les impacts économiques néfastes ont souvent été surmontables. Magdi Sélim, conseiller de presse de l’Organisme d’activation du tourisme, partage cette opinion. « Espagne, Angleterre, Turquie, Liban ... la population mondiale pense maintenant que le terrorisme est désormais devenu un phénomène d’envergure internationale. Les gens n’arrêteront ni de voyager ni de vivre », affirme-t-il. C’est pourquoi il se garde de tout propos négatif vis-à-vis du tourisme en Egypte après les attentats de Charm Al-Cheikh. Sélim s’appuie sur le fait que le tourisme, première source de devises étrangères du pays, avant les exportations, a été épargné lors des trois attentats derniers (Taba en octobre 2004 et Le Caire en 2005).

Car le secteur du tourisme est en expansion continue depuis plusieurs années. Il a réussi à repartir quelques années après les attentats de Louqsor en 1997 qui avaient fait 62 morts. Ainsi, le nombre de touristes s’est élevé à 8 millions en 2004, contre 6 millions en 2003. Alors que les 6 premiers mois de 2005 ont connu une augmentation de 11 % par rapport à la même période de l’année passée. L’Egypte s’attendait à plus de 9 millions de touristes en 2005 et espérait parvenir à 15 millions de touristes vers 2010. Quant aux revenus du tourisme, ils ont atteint 5,475 milliards de dollars en 2003/2004, contre 3,796 milliards de dollars en 2002/2003. Le secteur avait donc le vent en poupe à la veille des attaques de Charm Al-Cheikh, ville qui engendre le quart des revenus touristiques du pays, et dispose de 10 milliards de L.E. d’investissements touristiques.

Il n’empêche que les réactions à la suite des attentats ne sont pas rassurantes puisque des milliers de touristes de toutes nationalités ont décidé de fuir Charm Al-Cheikh. Plusieurs vols vers l’Egypte ont été annulés. Par ailleurs, des pays ont recommandé à leurs ressortissants d’annuler tout voyage prévu dans la péninsule du Sinaï (voir page Voyages). Mais pour Magdi Sélim, « ces réactions sont tout à fait normales sur le court terme. Cela ne veut pas nécessairement dire que les touristes éviteront cette destination plus tard. Les investissements dans le secteur ne seront pas affectés », affirme-t-il. Ce à quoi la porte-parole du ministère égyptien du Tourisme, Hala Al-Khatib, rajoute qu’« il est encore trop tôt pour mesurer l’impact des attentats ».


Coup dur

Néanmoins, dans le monde des affaires, les attentats sont perçus comme un coup dur porté à la stabilité du régime. Cette dernière étant un facteur primordial des investissements. Car ces attaques interviennent à un moment critique où l’on fait état des réalisations du gouvernement de Nazif. Ce gouvernement comptait faire sortir l’Egypte de sa récession persistante depuis quatre ans. Le président de l’Association égyptienne des hommes d’affaires, Gamal Al-Nazer, ne peut alors que se montrer pessimiste. Il estime que « le climat de l’investissement en Egypte sera affecté dans la période à venir ». D’après celui qui est aussi le président d’un des lobbies les plus importants, « celui qui investit dans un pays s’y installe aussi. Dans une situation d’insécurité, il risque son argent et sa personne ». Al-Nazer prévoit que le secteur industriel ne sera pas moins touché que celui du tourisme, vu qu’une bonne partie des 40 % de la production industrielle d’Egypte dépend du secteur touristique. Le propriétaire d’une des plus grandes usines d’électroménagers, Ahmad Bahgat, ne cache pas non plus son inquiétude de voir les investisseurs quitter l’Egypte. Ce qui serait mortel pour le pays. C’est pourquoi plusieurs hommes d’affaires appellent à intensifier les mesures sécuritaires et posent de nombreuses questions sur la capacité des autorités à contrer les organisations extrémistes et à garantir la sécurité. « Ces attentats ont dévoilé une grave inefficacité du système de sécurité. Charm Al-Cheikh est supposée être une ville facile à protéger, puisqu’elle n’est habitée que par quelques tribus répertoriées et que la densité de la population est faible », s’insurge Gamal Al-Nazer.

Marwa Hussein
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La Bourse tient bon

L’indice de la Bourse égyptienne n’a pas fléchi au lendemain des attentats de Charm Al-Cheikh. Et ce grâce à l’achat en masse par les particuliers et institutions financières égyptiennes et arabes des actions leaders sur le marché (Orascom Telecom, EFG-Hermes ...). Lors de l’ouverture de la session du dimanche 24 juillet, l’indice Case 30, qui reflète la performance des 30 actions les plus actives, a résisté à la chute grâce à une vague d’achat des particuliers égyptiens et étrangers. Même s’il a fini par perdre 3,08 % de sa valeur en fin de journée. Le 24 juillet, les investisseurs ont en effet d’abord préféré de se débarrasser d’une partie de leurs portefeuilles, notamment les actions liées au tourisme qui risquaient de chuter à la suite des attentats. Chérif Carara, PDG de la maison de courtage EFG-Hermes, révèle que durant la session du dimanche 24 juillet dernier, l’administration de la Bourse égyptienne a fait cesser les échanges sur quatre actions pendant une demi-heure en raison de leur baisse de valeur qui a dépassé 10 %. La plus importante de ces actions est celle de Développement et Hôtellerie Orascom, propriétaire de 7 hôtels dans le Sud-Sinaï. Elle a cependant perdu 15 % de sa valeur, pour atteindre 33,3 L.E.

A l’instar de ce qui s’est passé après les attentats de Londres, quand les Bourses mondiales se sont vite redressées, les analystes estiment que la Bourse égyptienne se remettra rapidement. Chérif Carara estime aussi qu’après la pluie vient aussitôt le beau temps, et que l’effet des attentats ne durera donc que « quelques jours ». Il s’appuie sur le fait que le marché attend de bonnes nouvelles, comme celles de la mise en vente prochaine de parts bancaires et de sociétés pétrolières.

Dahlia Réda

 

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