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Attentats de Charm El-Cheikh. Une atmosphère triste règne à Charm Al-Cheikh, désertée par de nombreux touristes et qui risque une grave crise économique suite aux attentats meurtriers qui ont frappé ce fleuron du tourisme égyptien.
Un havre de paix en deuil

Charm Al-Cheikh,
De notre envoyée spéciale —
La ville de paix se relèvera-t-elle de son drame ? Charm Al-Cheikh vit des jours sombres. Foisonnants de vie, toujours encombrés par les gens et les touristes, ses différents endroits sont aujourd’hui déserts. Les policiers encerclent les lieux dévastés par les attentats et interdisent la circulation à toute personne, même aux journalistes étrangers et égyptiens qui sont venus pour couvrir les incidents. La raison est simple et tient de l’horreur en même temps : éviter de marcher sur une oreille brûlée ou un doigt déchiré qui se seraient détachés de ces dizaines de corps déchiquetés par les explosions, sans compter les débris de verre qui jonchent le sol, suite à ces explosions qui ont soufflé les vitrines d’une soixantaine de boutiques et cafétérias. Le seul centre commercial de la ville, Tyran Center, est situé à l’entrée du marché. Composé de deux étages et incluant une trentaine de boutiques et de sociétés touristiques, il a vu sa façade démolie en quelques secondes. C’était le gagne-pain de 10 000 employés et ouvriers venus des quatre coins de l’Egypte.

Même les bazars, situés à 1 km des endroits des attentats, n’ont pas été épargnés. Les taches de sang couvrent les lieux. L’odeur des explosions se sentait toujours plusieurs jours après. De la fumée se dégageait d’une vingtaine de voitures complètement détruites, tant et si bien qu’il est difficile d’en déterminer la marque. « C’est peut-être une Toyota, une Mitsubishi, une 4x4 ou une Fiat 127 », s’exclament les passants.

Une période de vaches maigres est donc attendue. Les commerçants en seront les principales victimes. « J’ai tout perdu. Dieu va châtier ces terroristes. Qu’est-ce qu’ils veulent ces sauvages ? Mon magasin est détruit », se lamente un des bijoutiers. Celui-ci s’est accroupi pour ramasser les pierres précieuses brisées qu’il tient dans une main ensanglantée par les débris de verre.

D’autres se contentent de pleurer leur sort en suivant avec des regards tristes les secouristes en train de dégager les cadavres, tout en ayant l’espoir que leurs ouvriers soient encore vivants. « Cinq de mes employés sont morts. Des jeunes venus ici fuir le chômage et la pauvreté », déplore le propriétaire d’un bazar.


Un départ précipité

Huit heures après les attentats, environ 5 000 touristes ont quitté la ville par avion et par autobus. Certains ont même pris des taxis ou des bus partant vers Le Caire. D’autres ont occupé les trottoirs dans l’attente de n’importe quel moyen de transport. « Je ne peux pas passer une heure de plus dans la ville. Je suis venu ici pour passer mes vacances et non pas pour perdre ma vie », lance Joseph, un touriste français.

Catastrophe touristique pour la ville, mais les voyagistes affirment que Charm Al-Cheikh seule ne sera pas touchée, mais presque tous les sites balnéaires, comme Taba et Hurghada. Les responsables de l’aéroport international de Charm Al-Cheikh soulignent que tous les avions qui ont atterri après les attentats ont fait le plein d’essence et ont décollé tout de suite à la demande des passagers. A l’aéroport, le silence règne. Des milliers de touristes assis par terre à côté de leurs valises et leurs enfants sont dans l’attente de sièges libres sur le bord de n’importe quel vol quelle que soit la direction. Le ministère italien des Affaires étrangères a envoyé 12 avions pour ramener les touristes italiens à leur pays gratuitement, révèle Radi Talaat, guide touristique.

Toutefois, des touristes ont refusé de quitter la ville. Ils s’expliquent : « Le terrorisme frappe aujourd’hui le monde tout entier et non seulement l’Egypte ou le Moyen-Orient. Et si nous partons, cela signifie la victoire pour les terroristes ». « Nous ne leur permettrons pas de parvenir à leur but. Nous allons rester jusqu’à la fin du séjour prévu à Charm qui est de deux semaines », déclare Ester Szabo, touriste hongroise. Deux jours après les attentats, certains hôtels enregistrent un taux d’occupation de 20 %. « C’est horrible. Nous sommes encore au début de la saison. A cette époque, nous avons normalement une occupation de 100 % », souligne Georges Raouf, responsable au City First Hotel.

Les responsables de 100 agences de voyages situées à Charm espèrent que ces attentats n’auront pas les mêmes conséquences que le carnage de Louqsor qui avait réduit à presque zéro le taux de fréquentation touristique. Des hôtels avaient alors offert des billets d’avion gratuits aux touristes pour tenter de les attirer. La ville, qui a pris son élan dans les années 1990, est un modèle de succès pour le tourisme. En quelques années, elle a attiré de nombreux investisseurs ainsi que des milliers d’Egyptiens en quête d’emplois dans un pays sérieusement frappé par le chômage. « Les investissements touristiques à Charm Al-Cheikh s’élèvent à 10 milliards de livres égyptiennes (1,7 milliard de dollars) et sont prévus pour atteindre le double durant les cinq prochaines années », selon le président de l’Autorité générale du développement touristique Magdi Al-Qobeissi, cité par l’AFP. La ville compte 36 000 chambres d’hôtels et plus de 35 000 sont en cours de construction, a-t-il ajouté.


Des pertes d’emplois en perspective

De son côté, Mohamad Fathi, propriétaire d’un café, assure que si ces événements influent négativement sur la ville, il ne tarderait pas à réduire le nombre de ses employés et de retourner dans son gouvernorat. « J’ai 10 personnes qui travaillent dans le café. C’est moi qui me charge de payer leur logement, quelque 1 000 L.E. par mois, en plus des 30 L.E. par jour pour leurs repas. C’est l’habitude ici. Si je ne trouve pas des clients qui couvrent ces dépenses, je n’hésiterai pas à fermer l’établissement et à rentrer à Alexandrie, ma ville natale », indique-t-il. En revanche, Aymane Abdel-Hamid, propriétaire d’une boutique d’accessoires, affirme qu’il ne quitterait pas la ville, quel que soit le niveau de vie. « Nous ne voulons pas que Charm soit à l’image des villes du Canal après la défaite de juin 1967. Je vais réparer ma boutique et rester. Ceci me coûtera au moins 40 O00 L.E. Mais je suis sûr que lorsque les touristes sauront que nous n’avons pas quitté la ville et que nous les attendons, ils ne tarderont pas à venir », dit-il avec plein d’optimisme.

Les habitants de Charm affirment que pour relancer le tourisme et toute la vie en général, un renforcement des mesures de sécurité est indispensable. Ce qui a donné l’occasion aux terroristes de commettre ces attentats résulte d’un relâchement dans ce contexte. « Nous n’avons dans la ville qu’un seul poste de police avec 17 agents. C’est illogique », critique Khaled Mahmoud, propriétaire d’une boutique. Or Moustapha Al-Sanhouri, responsable sécuritaire, affirme qu’une mobilisation policière intensive avait eu lieu à l’occasion d’un tournoi de bowling qui s’est terminé juste un jour avant les attentats.

Plus de sécurité comme solution ? Les voitures font l’objet de fouilles en règle et quelque 90 personnes ont été arrêtées dans le cadre d’une gigantesque chasse à l’homme menée par les autorités. Mais un retour à la normale sera probablement long à s’amorcer à moins de dire comme Rolf Schmidt, directeur du club de plongée Sinai Divers, « si les terroristes ont frappé l’Egypte, juste après d’autres endroits touristiques, comme Bali, la Turquie ou encore Madrid et Londres, il n’y a plus de destination alternative sûre ». Les touristes convaincus d’être une cible même chez eux continueront à voyager.

Héba Nasreddine
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