Al-Ahram
Hebdo : La décision de votre parti de boycotter les prochaines
élections présidentielles a été critiquée par certains. Ils
affirment que c'est une attitude passive. Qu'en pensez-vous
?
Réfaat Al-Saïd
: Nous n’allons pas boycotter les élections. Nous avons simplement
décidé de ne pas désigner un candidat, c’est notre droit.
Aucune loi ne nous oblige à participer à des élections qu’on
juge peu sérieuses.
— Pourquoi
pensez-vous que ces élections seront peu sérieuses ?
— Il y a d’abord
la réforme de l’article 76 de la Constitution qui a posé beaucoup
d’obstacles aux candidats indépendants. Il y a également la
question du contrôle judiciaire : sur les 54 000 bureaux,
seuls 12 000 seront supervisés par des juges, les autres seront
confiés à des fonctionnaires dépendant du pouvoir exécutif.
Nous avons réussi à imposer le contrôle judiciaire des élections
législatives, alors que pour les présidentielles, qui sont
de loin plus importantes, les bureaux seront placés sous la
responsabilité de fonctionnaires. Ensuite pour faire campagne,
on a besoin d’un candidat « superman » capable de sillonner
inlassablement le pays pour présenter notre programme aux
citoyens durant les 19 jours fixés pour la campagne électorale.
Disons que la bataille est inégale. Si nous ne désignons plus
de candidat, c’est parce qu’on se respecte.
— Que pensez-vous
du comité électoral présidentiel chargé de veiller à l’application
de la loi lors des élections présidentielles ?
— Ce comité a
été humilié dès le premier jour. Selon le texte modifié de
la Constitution, c’est ce dernier qui est chargé de fixer
toutes les dates relatives au processus électoral. Or, on
a vu un dirigeant du parti au pouvoir annoncer la date d’ouverture
des candidatures, et un autre haut responsable annoncer celle
de la tenue des élections. L’affaire n’est pas prise au sérieux.
— D’après
vous, quel impact aura votre décision de ne pas participer
aux élections présidentielles sur la popularité de votre parti
?
— L’impact sera
positif, dans la mesure où tout le monde est convaincu que
la réforme constitutionnelle a été avortée par les conditions
contraignantes prévues par l’article 76. Le temps dira si
ces élections se solderont par un succès, mais on sait d’emblée
qu’il s’agira d’un spectacle antipathique où il nous a été
destiné de jouer les comparses.
— Votre décision
de ne pas présenter de candidats a-t-elle été prise en concertation
avec les autres partis de l’opposition ?
— Nous avons
discuté avec nos camarades des partis Al-Wafd et Nassérien,
ils se sont montrés compréhensifs. Nous attendons leur décision
à cet égard sans toutefois faire de pression. Ce genre de
décision dépend des calculs de chaque parti et de son empressement
à annoncer sa position.
— Comment
jugez-vous les « petits » partis qui, malgré tout, ont décidé
de participer aux prochaines présidentielles ?
— C’est leur
droit. Je pense aussi qu’ils ont été tentés par les 500 000
livres (versées à chaque candidat).
— Votre boycott
des élections présidentielles s’étendra-t-il aux élections
législatives prévues en novembre ?
— Non. Lors des
législatives nous allons faire le maximum pour réaliser les
meilleurs résultats possibles. Les conditions sont différentes.
Aux présidentielles on est en situation de concurrence avec
le chef de l’Etat, la bataille est donc disproportionnée,
tandis qu’aux législatives nos adversaires sont des citoyens
ordinaires. En outre, aux législatives, le contrôle judiciaire
est garanti et nous disposons d’une période suffisante pour
mener notre campagne, ce qui n’est pas le cas des présidentielles.
Les conditions pour la tenue des élections législatives sont
relativement plus équitables.
— Le secrétariat
général du parti du Rassemblement a annoncé son intention
de lancer, en concertation avec les autres partis et forces
politiques, une bataille politique populaire, au Caire et
en province, contre la réélection et le régime du président
Moubarak. Qu’entendez-vous par là ? Concrètement, qu'allez-vous
faire ?
— Comme on l’a
toujours fait, nous continuerons notre lutte en faveur d’une
vraie réforme constitutionnelle, pour des élections pluralistes
sérieuses placées sous contrôle judiciaire, ainsi que pour
plus de liberté et de démocratie.
— Histoire
de retourner à la case départ ?
— Pas du tout.
Bien que les dirigeants du parti au pouvoir excluent l’idée
de la réforme constitutionnelle, le régime a plié et a amendé
la Constitution. Même si cet amendement a été vidé de son
sens, le sujet de réforme constitutionnelle est revenu sur
le tapis, une porte a été ouverte. Finalement, c’est la marche
patriotique et démocratique qui sera gagnante.