Le Centre arabe d'indépendance juridique, un
autre organisme œuvrant dans le domaine des droits de l'homme,
a critiqué cette semaine dans un communiqué « la négligence
et le mutisme du gouvernement égyptien dans l'affaire des citoyens
égyptiens condamnés en Libye ». « Le ministère égyptien des
Affaires étrangères n'a pas bougé. Il n'est jamais intervenu
auprès des autorités libyennes pour faire réviser le verdict
malgré les demandes incessantes des familles des condamnés »,
affirme le communiqué. Le centre demande au président de l'Organisation
libyenne des droits de l'homme (également fils du président
libyen), Seif Al-Islam Kadhafi, d'intervenir pour annuler le
verdict prononcé contre les 11 Egyptiens et convaincre les familles
des victimes d'accepter la diya, (une indemnité financière versée
par le condamné à la famille de la victime).
La loi libyenne permet en effet au coupable
d'un meurtre de se réconcilier avec la famille de la victime
en lui versant une somme d'argent. Cependant, les familles de
la victime qui acceptent difficilement la diya, demandent de
grosses sommes d'argent qui sont difficiles à réunir. L'histoire
des 15 Egyptiens condamnés à mort a commencé l'année dernière
lorsque la justice libyenne a prononcé son verdict à leur égard.
Les familles de ces Egyptiens ont envoyé d'innombrables
plaintes aux deux gouvernements affirmant que leurs proches
ont été injustement condamnés. « Ces Egyptiens sont condamnés
pour meurtre. En réalité, il s'agit de simples bagarres ou de
rixes ayant dégénéré et ayant provoqué le décès d'un Libyen
ou causé une blessure grave. Chez nous en Egypte, il ne s'agit
pas de crime, car il n'y a pas de préméditation et il n'y a
pas d'intention de donner la mort. La loi égyptienne fait la
différence entre un meurtre prémédité et un cas de coups et
blessures ayant provoqué la mort sans intention de la donner,
ce qui est le cas des Egyptiens condamnés en Libye. Comment
peuvent-ils être condamnés à la peine capitale ? », déclare
Nasr Amin, du Centre arabe d'indépendance juridique. Il ajoute
que le système judiciaire libyen est différent de l'égyptien.
C'est un système tribal.
Hassan Mahmoud Hassan est l'un de ces Egyptiens
retenus en Libye et qui attend la mort. Son histoire a commencé
en 1999 lorsqu'il est parti en Libye pour y trouver un emploi.
Il a travaillé comme lustreur dans un atelier pour la fabrication
de meubles. Son patron libyen ne lui versait plus son salaire,
selon les dires de sa famille. Hassan se rendait au Caire chaque
été, jusqu'en 2002. « Nous avons appris qu'il était en prison
pour avoir tué son patron lors d'une dispute car ce dernier
ne lui versait plus son salaire depuis des mois. Nous demandons
l'aide rapide du gouvernement pour sauver Hassan », déclare
Nadi Abdel-Rahmane, un de ses proches. Hassan fait partie de
ces 11 Egyptiens qui attendent l'aide de leur gouvernement.
Une aide qui ne semble pas se mettre en place. Car aucune déclaration
officielle n'a été donnée concernant le sort de ces 11 condamnés.
L'affaire des Egyptiens condamnés à mort intervient
à un moment particulièrement délicat. Les autorités libyennes
envisagent en effet de limiter la main-d'œuvre étrangère dans
le cadre d'un processus de « libyénisation » des emplois. Il
existe environ un million de travailleurs égyptiens en Libye.
Leur retour alourdirait les chiffres du chômage et accentuerait
la crise économique nationale.