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 Quelques
mois après la fin de la grève des aiguilleurs du ciel qui a
valu à la compagnie EgyptAir des pertes de 200 millions de L.E.,
les voici de nouveau opposés à la direction de l’aéroport du
Caire. Les contrôleurs (qui exigent une hausse de leurs salaires)
affirment que leurs précédentes revendications n’ont pas été
satisfaites. Ils envisagent désormais un nouvel arrêt de travail
à partir du 4 août si le gouvernement continue à refuser un
compromis.
A l’issue de son
assemblée générale, le Syndicat des contrôleurs aériens a mis
en avant une série de revendications. Il réclame une augmentation
de salaires plus substantielle que celle qui a été consentie
récemment (30 % du salaire de base accordé au début de l’année).
Le salaire mensuel de base d’un contrôleur débutant est de 330
L.E. Il peut atteindre 4 500 L.E. en fin de carrière. En plus
du salaire, les contrôleurs reçoivent des primes en fonction
de la productivité sur une base individuelle. Le syndicat réclame
également la réintégration de deux contrôleurs renvoyés par
la direction de l’aéroport à l’issue des précédentes grèves,
ainsi que la levée des sanctions imposées à huit autres contrôleurs
dont les salaires ont été amputés pour avoir appelé à la grève.
Deux mouvements
de grève identiques de plusieurs jours en mars puis en mai derniers
avaient fortement perturbé le trafic aérien. Des milliers de
passagers s’étaient entassés dans les salles de l’aéroport et
une anarchie complète y avait régné. Des compagnies aériennes
internationales avaient été contraintes de différer leurs vols
ou de modifier leurs plans d’atterrissage. Les grèves ont engendré
le retard des vols ou leur annulation. Le ministre de l’Aviation
civile avait réagi sévèrement à ces grèves. Il avait refusé
toute négociation avec les contrôleurs tant qu’ils ne mettaient
pas un terme à leur mouvement. Les contrôleurs avaient alors
fait appel au président Moubarak lui demandant d’intervenir
pour mettre un terme à cette crise. Le président leur avait
alors demandé de retourner au travail et avait promis d’étudier
le problème.
« Le problème est
qu’au lieu d’examiner nos revendications, la direction de l’aéroport
a pris des mesures de rétorsion contre nous. Certains contrôleurs
ont été renvoyés, d’autres ont vu leurs salaires diminuer »,
assure Magdi Abdel-Hadi, président de l’Union des contrôleurs
aériens. « Le ministre de l’Aviation civile ne veut pas céder
à nos revendications. Il est déplorable que pour lui l’affaire
n’est qu’un bras de fer qu’il ne veut pas perdre », ajoute-t-il.
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Le ministre n’a
pas mâché ses mots lors d’une récente conférence de presse.
« Je n’accepte pas la politique de l’intimidation et je ne permettrai
pas qu’on porte un coup aux intérêts de la nation », a-t-il
déclaré en faisant allusion aux pertes occasionnées par les
grèves successives des contrôleurs. Il a menacé d’avoir recours
à des contrôleurs étrangers. Il a fait paraître une publicité
dans le journal officiel demandant des contrôleurs aériens pour
un salaire de base de 2 000 L.E. Cette attitude intransigeante
est justifiée, selon le ministre, qui craint que d’autres mouvements
de revendication ne paraissent parmi les pilotes ou le personnel
naviguant s’il cédait sur le dossier des contrôleurs. Attitude
qui a mis le feu aux poudres. « La direction veut nous terroriser,
mais nous sommes déterminés à mener le combat jusqu’au bout.
Il s’agit de revendications légales pour corriger une situation
injuste à laquelle nous sommes soumis », affirme Ismaïl Al-Essawi,
un des contrôleurs renvoyés.
Il ajoute que les
contrôleurs n’ont commis aucun crime et ont simplement usé de
leur droit à la grève. « De plus, la grève que nous annonçons
est partielle, c’est-à-dire que le trafic aérien ne sera pas
interrompu, mais seulement ralenti, ce qui prouve que notre
volonté n’est pas de procéder à une surenchère avec le gouvernement
», affirme-t-il. Selon les normes de l’aviation civile internationale,
un contrôleur a le droit d’utiliser le système dit de Slowmotion,
c’est-à-dire de travail au ralenti en cas de pression. « C’est
ce que nous avons fait après une série de tensions et des mesures
de rétorsion », indique Al-Essawi. Magdi Abdel-Hadi ajoute que
les problèmes des contrôleurs ne sont pas uniquement financiers
mais aussi techniques et administratifs. « Nous avons réclamé
une réévaluation de la pratique de notre métier. Aujourd’hui,
les revenus perçus par les contrôleurs ne correspondent pas
aux contraintes de ce métier ». Les contrôleurs réclament aussi
un système d’avancement viable. « Dans notre métier, il n’y
a pratiquement pas d’avancement. On commence contrôleur et on
finit contrôleur tandis que tous les postes de direction sont
confiés à des officiers », assure Ismaïl Al-Essawi. Les contrôleurs
exigent également un système d’assurance médicale plus équitable
car ils assument eux-mêmes une grande partie de leurs frais
médicaux.
D’après une étude
réalisée par l’Académie Sadate, les salaires des contrôleurs
aériens égyptiens sont parmi les plus bas au monde. Après des
dizaines d’années d’ancienneté, ils varient entre 3 000 et 4
500 L.E. Alors que les contrôleurs aériens dans des pays pauvres
comme le Soudan touchent jusqu’à 3 500 dollars. « Devenir un
contrôleur aérien est un travail qui nécessite de longues années
d’études et de formation. Partout dans le monde, c’est un métier
qui est bien rémunéré. La moindre faute peut être fatale. En
plus, l’exposition pendant de longues heures aux écrans radars
provoque des pathologies nerveuses graves », assure Abdel-Hadi.
Malgré tout, la
direction de l’aéroport entend rester ferme. Samir Abdel-Maaboud,
président de l’Organisme de l’aviation civile, affirme que certaines
revendications formulées par les contrôleurs ne peuvent pas
être réalisées, car contraires à la logique et aux règles établies.
« Les contrôleurs exigent une hausse de salaire de 100 %. C’est
insensé. Aucun budget ne peut supporter une telle hausse de
manière subite. D’autre part, donner des postes de direction
aux contrôleurs serait en contradiction avec les règles de l’aviation
civile internationale », assure-t-il, en soulignant qu’il n’est
pas possible de traiter les pilotes et les contrôleurs de la
même manière, car ce sont des métiers totalement différents.
Le général Ahmad Saïd, président de la Société égyptienne de
services de navigation aérienne, pense lui que les revendications
des contrôleurs sont un peu exagérées : « L’aéroport est régi
par un budget et par un certain nombre de plans d’investissement
qu’il n’est pas possible de remettre en cause ». Les deux parties
campent donc sur leurs positions. Elles viennent d’ailleurs
d’engager chacune une action en justice .
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