A
ses débuts, en novembre 2004, le parti Al-Ghad s’était promis
de changer le paysage politique égyptien. Son président et
fondateur, Aymane Nour, a toujours déclaré à la presse que
ce parti aiderait au changement à tous les niveaux. « Notre
programme est ambitieux. A travers notre parti, nous allons
transformer le paysage politique. Nos programmes sont destinés
à toute la société : jeunes, femmes et démunis. On vise surtout
à redonner au libéralisme la place qu’il mérite », avait déclaré
Aymane Nour lors de la conférence de presse qui était destinée
à présenter Al-Ghad. Intéressées par le programme du nouveau
parti, de nombreuses personnalités publiques y ont adhéré.
La plus célèbre d’entre elles, l’ancienne Wafdiste Mona Makram
Ebeid, a été nommée secrétaire générale du parti. Tous les
membres du parti se disaient convaincus d’avoir enfin trouvé
un programme libéral démocrate avec une dimension sociale
très accentuée. Mais le charismatique Aymane Nour était aussi
pour quelque chose dans cet enthousiasme soudain.
Au bout de quelques
mois caractérisés par l’optimisme, des scandales ont commencé
à éclater, hypothéquant alors l’avenir du nouveau parti. Ceux
qui, naguère, se vantaient d’appartenir à Al-Ghad ont décidé
de démissionner du parti qui a « échoué à satisfaire leurs
ambitions politiques ».
Trois mois après
la création du parti, les problèmes ont commencé avec l’arrestation
et la détention d’Aymane Nour, accusé par les autorités d’avoir
falsifié des documents administratifs destinés à appuyer sa
demande de créer Al-Ghad. Durant le procès, qui a eu lieu
début juillet, l’un des coaccusés a affirmé avoir fait l’objet
de menaces de la part des forces de sécurité pour témoigner
contre Nour. Mais face à ce seul rétractaire, les cinq autres
coaccusés ont reconnu devant le tribunal avoir falsifié, à
la demande de Nour, des mandats pour que le parti soit autorisé.
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Selon Moussa
Moustapha, cadre du parti Al-Ghad, les problèmes actuels du
parti sont l’œuvre du gouvernement qui cherche à compromettre
la réputation du parti et celle de son président, connu pour
ses positions hostiles au gouvernement. « Dès la fondation de
son parti, Nour a déclaré qu’il ne participerait pas au dialogue
national lancé à l’initiative du Parti National Démocrate (PND,
au pouvoir) et s’est opposé à un cinquième mandat du président
Moubarak », explique Moussa. Et d’ajouter : « La façon inacceptable
et inhumaine dont Nour a été traité pendant et après son arrestation
prouve que le gouvernement est mal intentionné ».
Ahmad Abdel-Chakour,
membre du parti, pense quant à lui que la démission d’une personnalité
comme Mona Makram Ebeid ne signifie pas que le parti a échoué
à réaliser les objectifs qu’il s’était fixés. « Après leur adhésion
au parti, certains ont découvert que celui-ci ne convenait pas
à leurs tendances politiques. N’oublions pas que Mona Ebeid
était wafdiste, et qu’elle a quitté le parti d’Al-Wafd quand
il a décidé de boycotter les élections parlementaires. A-t-elle
pour autant compromis la réputation du néo-Wafd ? », se demande
Abdel-Chakour.
Ragab Hilal Hémeida,
ex-secrétaire du parti pour les affaires politiques, explique
sa démission autrement. Il prétend que le parti s’est transformé.
Alors qu’il œuvrait pour une plus grande ouverture du système
politique, il est devenu un parti faisant la propagande de son
président. « Il en est de même pour l’organe d’expression du
parti qui est devenu une tribune de défense consacrée à Nour.
Ainsi, sur les 25 pages que compte le journal, aucune place
n’a été accordée à l’affaire de l’ambassadeur égyptien tué en
Iraq. Le procès de Nour était prioritaire », lâche Hémeida.
Sur un tout autre
plan, les informations qui ont circulé concernant la nature
des rapports qu’entretient Nour avec l’Administration américaine,
qui a vivement dénoncé son arrestation, ne manqueront pas de
peser sur l’avenir du parti. C’est ce que pense Amr Hachem,
chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégique (CEPS)
d’Al-Ahram. En effet, l’Egypte a vu d’un mauvais œil l’ingérence
de Washington dans l’affaire Nour. Selon Hachem, « le gouvernement
pourrait être tenté de répéter avec Aymane Nour le scénario
de Saadeddine Ibrahim », dont le militantisme en faveur des
droits de l’homme lui a valu quelques mois en prison et d’être
qualifié d’« agent américain ».
Nabil Abdel-Fattah,
également chercheur au CEPS d’Al-Ahram, prédit une mort rapide
du parti Al-Ghad. « Les scandales ont fait perdre à ce parti
sa base populaire. La situation sera encore plus critique en
cas d’inculpation de Nour », conclut–il . |