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Iraq . La crise née du retrait des sunnites du comité de rédaction de la Constitution a pris fin avec l’annonce par le président du Parlement de l’acceptation de leurs revendications.

La difficile gestation de la Constitution

Après plusieurs jours de crise, un accord est intervenu lundi pour le retour des représentants sunnites au comité de rédaction de la Constitution iraqien, qu’ils boycottaient depuis jeudi dernier, après avoir obtenu satisfaction à toutes leurs demandes. « Toutes nos conditions ont été acceptées et nous réintégrerons le comité dès l’annonce officielle par (le président du Parlement) Hajem Al-Hassani », a affirmé Salim Abdallah, un des deux représentants du Parti islamique, la principale formation sunnite d’Iraq. Les 15 membres sunnites du comité avaient rencontré lundi le président de la commission chargée de rédiger la Constitution, cheikh Houmam Hammoudi, et Al-Hassani à qui ils ont présenté officiellement une lettre mentionnant leurs demandes. « Ils ont accepté l’établissement d’une commission d’enquête avec un représentant sunnite en son sein », a souligné Abdallah. Sur 71 membres chargés de rédiger la Constitution, 17 étaient sunnites, mais deux ont été assassinés mardi. C’est d’ailleurs après ce double meurtre que tous les représentants sunnites ont suspendu leur participation. « Notre suspension était un signe de protestation. Nous pensons que les sunnites doivent avoir leur mot à dire sur la Constitution du pays », a déclaré le chef du Waqf (biens religieux) sunnite, Adnane Al-Doulaïmi. Les représentants sunnites ont demandé à cheikh Houmam Hammoudi de revenir sur ses déclarations annonçant que le projet de Constitution serait prêt d’ici quelques jours. Ils ont aussi posé plusieurs conditions à leur retour, en particulier l’ouverture d’une enquête internationale sur l’assassinat de leurs collègues, une amélioration des mesures de protection des rédacteurs et de revoir les articles concernant le fédéralisme, voulu par les Kurdes et certains chiites. De son côté, le chef de l’Etat a annoncé un renforcement de la sécurité des membres du comité. « Les sunnites pourront se prononcer sur tous les articles du projet de Constitution, et on ne leur imposera pas un vote majoritaire », a-t-il ajouté. « Il ne sera pas possible d’écrire de Constitution sans la participation de toutes les communautés du pays, en particulier des Arabes sunnites », a souligné Talabani, au cours d’une conférence de presse à l’issue d’une rencontre avec l’ambassadeur américain. De l’autre côté, le premier ministre Ibrahim Jaafari a annoncé que le gouvernement a décidé vendredi que les membres du comité de rédaction de la Constitution allaient bénéficier de la même protection que les députés. La date limite fixée par la loi fondamentale pour l’adoption du projet de nouvelle Constitution par le Parlement est le 15 août et un référendum doit être organisé avant le 15 octobre. Le boycottage par les sunnites, qui représentent environ 20 % de la population, risque d’entacher la légitimité de la Constitution et de poser un problème lors du référendum qui doit l’entériner. Selon la loi fondamentale, pour entrer en vigueur, la Constitution doit être adoptée à la majorité absolue et à condition que trois provinces sur les 18 que compte le pays ne l’aient pas rejetée par les deux tiers des voix. Or, les sunnites sont majoritaires dans les gouvernorats d’Al-Anbar, Salaheddine et Mossoul.


Série d’attentats suicide

Si une issue a été trouvée à la crise politique relative à la rédaction de la Constitution, la violence ne fléchit pas. Huit personnes au moins ont été tuées et 27 autres blessées dans deux nouveaux attentats suicide à la voiture piégée perpétrés à Bagdad, alors que dimanche, au moins 27 personnes ont été tuées et 33 autres blessées dans un attentat suicide au camion piégé contre un poste de police dans le sud-est de Bagdad. Après une baisse sensible de la violence en juin, une nouvelle campagne d’attentats suicide particulièrement meurtriers endeuille l’Iraq depuis une quinzaine de jours. L’un d’eux, perpétré le 16 juillet à Moussayeb, au sud de Bagdad, a provoqué un des massacres les plus graves depuis la chute de Saddam Hussein en Iraq, causant la mort de 71 personnes, et faisant 156 blessés. Par ailleurs, Américains et Iraqiens ont mis en place un comité mixte, chargé de définir les critères selon lesquels les troupes américaines pourront remettre aux forces iraqiennes la responsabilité de la sécurité en Iraq. « Ce groupe de travail n’est pas chargé de fixer un calendrier, mais d’identifier des conditions, qui seront ensuite conjointement validées par le gouvernement iraqien et la force multinationale », a ajouté l’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad. Le groupe de travail, dirigé par Mouaffak Al-Roubaï, conseiller à la sécurité nationale du premier ministre iraqien, comptera des représentants des forces de la coalition et des ministères iraqiens de l’Intérieur et de la Défense. Le président américain George W. Bush s’est toujours refusé à donner un calendrier de retrait des quelque 138 000 soldats américains présents en Iraq, affirmant que les troupes américaines se retireraient au fur et à mesure que les forces iraqiennes monteront en puissance. Les responsables américains et iraqiens vont également mettre en œuvre quatre autres groupes de travail, consacrés aux questions budgétaires, aux efforts de reconstruction, à la protection des infrastructures du pays contre les attaques des insurgés et aux prisonniers.

Maha Salem
La dislocation de l’occupation

Mohamed Al-Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS d’Al-Ahram

L’ambassadeur égyptien Ihab Al-Chérif a été victime de la politique de faire le vide sur le plan diplomatique suivie par Al-Qaëda en Iraq. Celle-ci avait adopté ce procédé au début de ses opérations militaires quelques mois après la chute de Bagdad. Et voici qu’elle y revient aujourd’hui dans des circonstances différentes. La cause en est que la conception américaine relative à la victoire matérielle et morale du régime d’occupation pendant les premières années s’est presque complètement effondrée. Il est même possible de dire que la dislocation du régime d’occupation est presque certaine.

Les indices de l’effondrement

Le premier de ces indices et le plus important est que le soutien politique intérieur au projet d’invasion et d’occupation de l’Iraq, accordé aux Etats-unis, diminue de plus en plus. Tous les sondages assurent que l’appui populaire américain connaît un recul important, causant certainement une perte de confiance vis-à-vis du président Bush et de son Administration. Au Congrès, la tension monte en ce qui concerne les coûts matériels et politiques exorbitants de l’occupation, surtout qu’aucun changement important ne semble se profiler à l’horizon en ce qui concerne les conditions sécuritaires et politiques en Iraq. Le Congrès a discuté du budget de l’occupation pour l’année 2006 avec beaucoup d’inquiétude et a refusé d’accorder à l’Administration tout ce qu’elle réclamait. Effectivement, de nombreux sénateurs et députés exigent un plan ou un calendrier pour le retrait de l’Iraq. Il était naturel que le président américain refuse de s’y soumettre publiquement, puisqu’une telle attitude aurait encouragé la résistance en Iraq à concentrer davantage ses frappes sur les forces américaines avant que les mesures nécessaires à leur protection ne soient prises.

Quant à l’indice le plus sérieux, il s’agit de l’existence de préparatifs déterminés et peut-être même de plans déjà élaborés pour le retrait des forces américaines et britanniques de l’Iraq. Le journal britannique Mail On Sunday a dévoilé au début du mois courant l’existence d’un document secret présenté par le ministre britannique de la Défense, John Reid, au premier ministre autour du retrait de la majorité des troupes britanniques dans un délai de 3 mois, puis du reste en 6 mois. Selon le document, le retrait britannique obligera les autres forces alliées à se retirer aussi. Par ailleurs, la Grande-Bretagne devrait quitter 2 provinces au sud qui sont Muthana et Misan en octobre prochain, et de 2 autres qui sont Dhi-Qar et Basra en avril 2006. Le document a également mis l’accent sur l’importance des facteurs financiers pour une telle évacuation, indiquant que le retrait de la majorité des forces réduira les coûts de moitié, c’est-à-dire à 500 millions de livres sterling.

Quant aux plans américains, le document cite que les GI’s ont l’intention de remettre 14 des 18 provinces qu’ils occupent militairement au gouvernement iraqien début 2006. Et à l’approche de cette même date, les forces américaines et alliées auraient l’intention de diminuer leurs forces militaires de 176 000 à 66 000.

La méfiance est néanmoins de rigueur car ce document a fait l’objet d’une fuite volontaire dans ce journal britannique. Il faut se rappeler que ces plans ne sont encore qu’à l’état de projet. Le plus important est qu’ils rencontreront une opposition féroce de la part des institutions au pouvoir dans les 2 pays, notamment la droite américaine, et même de la part de certaines institutions militaires importantes. Cet éventuel retrait pourrait également porter un coup fatal à la politique étrangère américaine qui a longtemps compté sur la force pour terroriser le monde. En outre, ses conséquences psychologiques pourraient être énormes créant un complexe encore plus grave que celui du Vietnam. Il est donc possible de prévoir des conflits intenses autour de ces plans au sein de l’establishment militaire américain. Cette situation aura des répercussions sur les relations entre civils et militaires.

Ces derniers pourront dire que c’est l’Administration qui les a mis dans cette situation précaire, faisant perdre à l’armée américaine son honneur en prenant la décision d’envahir l’Iraq malgré une forte opposition de sa part, du moins au début. Les répercussions politiques ne seront pas meilleures. Tout simplement, le retrait constituera une défaite face au terrorisme. Cette déroute pourrait même encourager les terroristes à concentrer leurs attaques à l’intérieur même des Etats-Unis. La décision du retrait peut aussi bien affecter le destin de l’Amérique que l’ordre mondial. Elle pourrait ainsi être la plus cruciale dans l’Histoire américaine depuis la fin de la seconde guerre mondiale.


Les scénarios

Cependant, la décision du retrait reste la plus sage. Si un pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne se rend compte qu’il n’y a aucun espoir de réaliser une victoire militaire ou politique à l’avenir, pourquoi alors consentir davantage de pertes humaines et politiques ? D’un autre côté, si on ne s’attend pas à une victoire, on pourrait du moins éviter une défaite militaire ou une situation plus humiliante que le retrait en temps opportun, comme cela s’est passé au Vietnam en 1975.

Malgré toutes les réserves, il est possible de prévoir dans un avenir proche l’éventuel retrait dont a parlé le document. Mais quelles en seront les formes ? S’agira-t-il d’une évacuation totale de tous les territoires iraqiens de façon à réduire fortement les coûts financiers et humains de la guerre ? Ou sera-t-il question d’un redéploiement des forces terrestres sans abandonner totalement l’Iraq du point de vue militaire et politique ? Ou encore ce serait un retrait des forces américaines et britanniques de tous les territoires iraqiens avec le redéploiement d’une partie dans les eaux du Golfe et dans certains pays arabes voisins ? Ces scénarios probables, le document n’en a pas dit un mot.

Quoi qu’il en soit, chacune de ces éventualités aura des répercussions militaires et politiques différentes quant au sort de l’Iraq. Malgré leur différence, elles ont une seule chose en commun : le retrait causera obligatoirement le démantèlement de l’occupation, du moins du côté militaire, poussant en même temps l’Iraq à une guerre civile qui pourrait être encore plus féroce que tout ce qui s’est passé tout au long d’un quart de siècle de combats et de tueries continus .

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