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Le racisme allemand et la dignité égyptienne !
Par Mohamed Salmawy
Les sociétés germaniques se plaignent aujourd’hui de ce qui semble être un réveil du racisme rappelant les pratiques odieuses que l’Allemagne avait abandonnées depuis la seconde guerre mondiale. En réalité, la société allemande se dresse avec fermeté contre ces pratiques que certains groupes de jeunes extrémistes ont fait ressusciter. C’est certes un acte à saluer. Mais que ce racisme touche des citoyens égyptiens sur leur propre sol, comme le prouvent deux incidents odieux, voilà ce qui mérite une action ferme de notre part.

Le Caire a été récemment témoin de deux regrettables incidents. Le premier a touché l’épouse d’un grand homme de médias égyptien et le second un chercheur et critique littéraire éminent travaillant dans la plus grande fondation de presse dans le pays, Al-Ahram. Dans les deux cas, le citoyen égyptien était victime d’un traitement raciste odieux. Le premier émanant d’Allemands et le second d’Autrichiens.

Le premier incident a eu lieu le 22 juillet à l’aéroport du Caire lorsqu’une Egyptienne s’apprêtait à monter à bord d’un avion de la compagnie Lufthansa. Elle devait faire escale à Francfort avant de prendre un autre avion pour Nice. La dame était accompagnait de ses deux jeunes filles et de son fils âgé de 7 ans.

Lorsque cette famille égyptienne s’est approchée de l’avion, un agent de sécurité allemand s’est précipité pour la devancer, poussant de côté la fille aînée — délibérément ou pas — pour se frayer un chemin. La fille, qui a failli tomber par terre, cria en lui disant : « Ne me poussez pas ».

Cet agent de sécurité appelé Frank a eu également une altercation avec le fils de la même famille égyptienne avant de se diriger vers l’avion, mais la famille n’y a pas prêté attention.

Mais il semble que le cri de la jeune fille a éveillé les anciens réflexes racistes. L’agent s’est vite dirigé vers l’hôtesse en chef, Susan Ross, et l’a informée de l’incident. Celle-ci a alors arrêté la famille à l’intérieur de l’avion et l’a empêchée de prendre place. Elle hurla avec audace : « Cette femme ne montera pas à bord de mon avion ! ».

La dame égyptienne et ses enfants sentirent que l’humiliation était non seulement adressée à eux mais à tous les Egyptiens. Elle dit à l’hôtesse qu’elle refusait cette humiliation sur le sol de son pays. Les employés égyptiens de la compagnie rétorquèrent que l’avion de Lufthansa fait partie du territoire allemand. La dame égyptienne demanda alors l’intervention du capitaine de l’avion. Quand le Capitaine Meyer arriva, elle lui expliqua ce qui est arrivé. Il l’écouta attentivement. Il semblait cordial. Ensuite, il se dirigea vers l’hôtesse, alors que la dame égyptienne restait à l’entrée de l’avion avec d’autres passagers qui attendaient d’entrer. Mais il revint pour l’informer qu’elle ne pouvait monter à bord de l’avion et qu’elle devait descendre sur-le-champ avec ses enfants.

La dame a alors demandé de parler à un agent de sécurité égyptien présent dans l’aéroport. Celui-ci lui suggéra de porter plainte dans le poste de la police du tourisme à l’aéroport.

La famille, qui avait des billets en règle et n’avait commis aucune infraction, descendit immédiatement humiliée devant tous les passagers, alors que l’erreur était du côté allemand. C’est ce qu’a réalisé très tard l’agent allemand de sécurité lorsqu’il est revenu s’excuser. La dame accepta avec bonté les excuses de l’agent mais refusa de revenir à bord de l’avion. Le lendemain, elle a pris l’avion d’Air France.

Le problème reste toutefois entier. Il nous laisse pensifs sur un sujet d’une extrême sensibilité concernant la dignité du citoyen égyptien, que ce soit sur son propre sol ou en Allemagne. Il suffit d’imaginer le cas inverse : une famille allemande qui subit ce comportement à bord d’un avion d’EgyptAir à Francfort. Les autorités allemandes accepteraient-elles une quelconque arrogance de l’équipage égyptien ?

Cela me rappelle un incident, dont j’étais témoin. L’ancien chancelier allemand, Helmut Kohl, était venu en visite officielle en Egypte pour rencontrer le président Moubarak à Assouan. J’ai vu comment le chancelier a rendu justice à une touriste allemande qu’on a obligé de quitter sa chambre qu’elle avait réservée à l’étage de l’hôtel qui a été entièrement vidé pour la délégation allemande.

Que dire ? Si la plainte portée par la dame égyptienne n’était pas suffisante pour inciter les autorités égyptiennes à bouger pour protéger la dignité des citoyens, nous, le peuple égyptien, nous sommes capables d’entreprendre une action et de donner une leçon à la compagnie allemande, en arrêtant de traiter avec elle.

Le second incident s’est produit avec un important critique littéraire et journaliste dans l’un des plus anciens journaux, Al-Ahram. Il reflète une prise de position humiliante et incompréhensible non pas de la part de l’Allemagne mais de sa sœur cadette, l’Autriche.

Ce critique et grand écrivain littéraire a reçu une invitation de la chancellerie de la capitale autrichienne pour donner un cours à l’Université de Vienne. Il s’est rendu à l’ambassade avec son passeport et l’invitation traduite en arabe, telle qu’il l’a reçue de l’Autriche un mois avant la date du cours. Mais l’ambassade n’a pas donné de réponse, alors que la date du cours approchait. L’écrivain m’a alors contacté pour l’aider à accélérer les démarches d’obtention du visa. J’ai immédiatement appelé le chargé d’affaires M. Peter Elsner Mackay qui m’a promis de contacter les autorités compétentes à Vienne pour accélérer les procédures. Mais personne n’a appelé le critique. J’ai rappelé une nouvelle fois le chargé d’affaires et lui ai dit poliment que la personne en question avait son prestige dans la vie culturelle et est membre éminent dans l’Union des écrivains. Il m’a promis de me contacter le jour même. Ce qui fut fait. Il m’a alors demandé trois choses pour délivrer le visa : la réservation à l’hôtel, un certificat bancaire déterminant le crédit du critique et l’invitation qu’il a reçue en langue allemande.

J’ai été étonné par cette intransigeance et j’ai dit au chargé d’affaires qu’on pouvait demander cela à un passager ordinaire, mais non pas à une personne ayant une fonction prestigieuse et qui, de surcroît, est invitée par l’Autriche et donc pris en charge par elle. Le diplomate autrichien s’excusa mais dit que c’étaient les demandes de Vienne auxquelles il faut répondre immédiatement pour avoir le visa.

Notre éminent critique appela l’organisme qui lui a adressé l’invitation pour s’excuser du retard dont il n’est pas responsable. La date de son intervention a alors été reportée de deux semaines et l’invitation a été envoyée en allemand. Mais des jours sont passés sans aucune nouvelle.

J’ai contacté de nouveau le chargé d’affaires, qui m’a affirmé que le problème réside chez la partie ayant adressé l’invitation. La visite a été par la suite reportée à nouveau. Entre-temps, l’ambassade demanda au critique de prendre connaissance du contenu de son intervention intitulée « Le rôle de la démocratie dans le dialogue arabo-européen ». A ce moment-là, notre grand critique littéraire a trouvé que l’affaire était devenue humiliante et a demandé de récupérer son passeport sans visa et a annulé le voyage. Le critique n’a pas accepté que l’ambassade ou toute autre partie ne s’érige en censeur, en se donnant le droit de revoir son texte.

Face à tout cela, nous n’avons qu’à nous demander : Que nous est-il arrivé ? Comment peut-on faire si peu de cas du citoyen égyptien ? Comment nous traitent-ils avec autant de racisme odieux ? Y a-t-il une réaction des organisations des droits de l’homme et de lutte antiraciste ? Où sont les organismes nationaux chargés de protéger le citoyen égyptien et sa dignité ? J’avoue ne pas avoir de réponse à cette dernière question.

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