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Pakistan. Après l’implication de Britanniques d’origine pakistanaise dans les attentats du 7 juillet dernier à Londres, Islamabad se trouve une fois de plus contraint d’intensifier sa lutte contre le terrorisme, tout en ménageant l’opinion publique.

Le dilemme de Musharraf

Considéré à la fois comme un fidèle allié des Etats-Unis depuis la guerre contre l’Afghanistan et comme une base arrière du terrorisme, le Pakistan est dans une situation délicate depuis que le monde s’est engagé dans la lutte contre le terrorisme à la suite du 11 septembre 2001. A l’époque, le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, avait dû promettre de s’engager sérieusement dans cette lutte, en contrepartie du soutien américain. Et depuis cette date, les efforts de Musharraf pour sévir contre les milieux islamistes radicaux ne satisfont ni l’Occident, ni l’opinion publique intérieure. Suite aux attentats qui ont secoué le 7 juillet dernier la capitale britannique, Musharraf se retrouve encore une fois en très mauvaise posture. En effet, non seulement trois des quatre auteurs de ces attentats sont d’origine pakistanaise, mais en plus, au moins deux d’entre eux ont séjourné au Pakistan en 2004. Ils en auraient profité pour fréquenter des écoles coraniques servant de couverture à des organisations extrémistes. Ainsi, les attentats de Londres reposent la question de la lutte contre l’extrémisme, comme la pratique le gouvernement du président Musharraf. Et ce dernier s’est trouvé contraint de prouver sa bonne volonté en matière de lutte antiterroriste. Résultat : plus de 300 arrestations aux quatre coins du pays depuis la semaine dernière, dont aucune pourtant n’a été effectuée en relation directe avec les attentats de Londres, selon divers responsables des services de sécurité pakistanais et selon l’ambassadeur britannique au Pakistan, Mark Lyall Grant. Les interpellations ont visé surtout les madrassas (écoles coraniques) suspectées d’extrémisme et les bureaux d’organisations islamistes couvrant les activités de groupes interdits. Les perquisitions ont également visé les bureaux de publications islamistes et les diffuseurs de matériel de propagande audio et vidéo, dans les principales villes du pays. Mis à part ces arrestations, le président Musharraf a annoncé de nouvelles mesures radicales contre les madrassas suspectes. Dans un discours télévisé jeudi dernier, il a appelé le peuple à le soutenir dans sa lutte contre l’extrémisme religieux. « C’est pour moi très inquiétant et très triste, a admis le chef de l’Etat pakistanais, de voir que le Pakistan, lorsque des actes terroristes sont commis, y apparaît lié d’une manière ou d’une autre ». Mais il a ajouté que « le monde doit rechercher objectivement les causes de l’extrémisme et faire face d’un bloc dans le combat contre l’extrémisme et le terrorisme ». Concernant la vague d’arrestations, le général a expliqué que ce n’est que le début d’une « campagne contre l’extrémisme ». « Aucune organisation (interdite) ne sera autorisée à opérer sous un nouveau nom », a-t-il souligné après avoir lui-même par le passé interdit plusieurs organisations militantes qui ont souvent poursuivi leurs activités sous une autre appellation. « Toutes les madrassas et écoles devront être enregistrées d’ici décembre de cette année », a-t-il poursuivi, tout en reconnaissant que certaines d’entre elles étaient impliquées dans le terrorisme.


Entre le marteau et l’enclume

La presse pakistanaise s’est faite l’écho de la position de Musharraf. Pour le quotidien pakistanais Dawn, il faut cesser toute indulgence. Le gouvernement doit mener des actions plus efficaces, notamment dans le Waziristan, zone frontalière de l’Afghanistan. Cette région est peuplée de chefs tribaux afghans, qui protègent les hommes d’Al-Qaëda et des Talibans afghans. « Il y a des troubles au Waziristan et dans les régions tribales depuis trois ans maintenant. Il y a eu des opérations militaires déclarées réussies, mais l’activité militante n’a pas été éliminée et de nombreux militants, pakistanais et étrangers, se regroupent dans la zone », affirme le journal. « La région du Waziristan s’est à nouveau enflammée après les attentats de Londres. Plusieurs incidents ont eu lieu » entre les habitants et les forces de sécurité, affirme Dawn. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères assure que les opérations menées au Nord-Waziristan font partie du « plan en cours pour déloger les terroristes », mais le quotidien pakistanais craint que des villageois innocents ne soient pris dans ces conflits. La tâche de Musharraf n’est donc pas facile. Il doit débarrasser le Pakistan de son image de terreau du terrorisme islamiste et satisfaire les Etats-Unis tout en ménageant son peuple. Dans le même temps, le Pakistan doit prendre en compte le sentiment anti-américain dans le pays et imposer aux Américains le respect des limites, pour obtenir un soutien populaire, la clé du succès dans de telles opérations. Mission impossible ? Seuls les mois à venir le diront. Quoi qu’il en soit, Musharraf devra faire preuve de beaucoup de subtilité pour réussir sa tâche. Déjà en janvier 2002, il avait annoncé la nécessité d’enregistrer toutes les madrassas et écoles, mais les efforts des autorités s’étaient alors heurtés aux puissantes fédérations de madrassas, qui gèrent quelque 10 000 établissements et refusent farouchement de passer sous contrôle des autorités. Cette fois-ci encore, ses efforts vont se heurter à l’opposition des islamistes. Une opposition qui s’est exprimée vendredi dernier lors de manifestations à Islamabad et dans plusieurs villes du pays à l’appel de la coalition islamiste Muttahida Majlis-e-Amal (MMA) dont le but était de condamner les arrestations, dénoncer la politique du général Musharraf et plus généralement protester contre « une conspiration mondiale contre l’islam ». « Le général Musharraf a repris sa répression contre les séminaires religieux et les arrestations de responsables religieux et d’étudiants pour satisfaire Washington et Londres », a affirmé un communiqué de la MMA, alors que les manifestants scandaient : « A bas Musharraf », ou encore : « Un ami des Etats-Unis est un traître ».

Abir Taleb

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