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Bissau-Guinéens ont voté dimanche, sans aucun incident majeur,
pour élire leur président entre deux candidats qui ont déjà
occupé ces fonctions par le passé, Malam Bacai Sanha et Joao
Bernardo Vieira dit « Nino ». Sanha, 58 ans, chef d’Etat de
transition de mai 1999 à juin 2000, est candidat du parti au
pouvoir (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée-Bissau
et du Cap-Vert, PAIGC). Il est arrivé en tête au premier tour
de la présidentielle, le 19 juin dernier. Vieira, 66 ans, a
dirigé le pays d’une main de fer entre 1980 et 1999 avant d’être
chassé du pouvoir par un putsch. Candidat sans étiquette, il
s’était classé deuxième sur treize candidats en lice au premier
tour, dont l’ancien président Kumba Yala, chef du Parti de la
Rénovation Sociale (PRS), renversé en septembre 2003.
Le second tour
a été marqué par une faible affluence dans l’ensemble du pays
par rapport au premier tour. « C’est sûr que nous n’avons pas
le même taux de participation qu’au premier tour, mais c’est
quand même acceptable », a déclaré la porte-parole de la Commission
électorale nationale (CNE), Vera Cabral Monteiro, qui n’a pas
souhaité donner d’estimation chiffrée. Les premiers résultats
« provisoires partiels » ne sont pas attendus avant ces mardi
ou mercredi, selon la CNE. Si Vieira part mathématiquement favori,
plusieurs candidats évincés au premier — dont Kumba Yala — ayant
appelé à voter pour lui, Sanha pourrait créer la surprise car
de nombreux militants ont annoncé ces derniers jours qu’ils
ne suivraient pas les consignes de vote de leurs dirigeants
en faveur de Vieira.
Du coup, les deux
candidats se sont lancés depuis le 8 juillet dans une chasse
aux voix effrénées à coups de meetings populaires à travers
le pays. Signe d’une tension croissante, il y a quelques jours,
le palais présidentiel et le ministère de l’Administration interne
(Intérieur) ont été attaqués par des hommes armés de kalachnikovs.
Deux policiers ont été tués et dix autres blessés, selon les
autorités qui n’ont jusqu’à présent pas voulu parler de coup
d’Etat. Vingt assaillants présumés, appartenant pour la plupart
à un régiment parachutiste, avaient été arrêtés et un nombre
indéterminé a pris la fuite. L’interrogatoire des assaillants,
qui se poursuit toujours, n’avait pas encore permis de déterminer
les motivations et le nombre total des auteurs des attaques.
Les interrogatoires ont permis, selon le ministre de l’Administration
interne, El-Hadj Mumini Embalo, d’identifier des personnes ayant
participé à ces attaques « de près ou de loin », parmi lesquelles
figurerait un proche de Kumba Yala, le député PRS Biaia Na Pana.
Cependant, pour l’état-major des forces armées, les attaques
sont des « actes isolés et perpétrés par des gens qui veulent
perturber le processus de normalisation institutionnelle en
cours ». Ces incidents sont intervenus après des affrontements
qui ont eu lieu à la suite de la proclamation des résultats
du premier tour, où des militants du PRS étaient descendus dans
les rues pour protester contre l’élimination de Yala, arrivé
troisième derrière Sanha et Vieira. La police avait ouvert le
feu sur les manifestants qui tentaient de se rendre au siège
de la Commission électorale nationale, faisant quatre morts
et quatre blessés, selon un dernier bilan hospitalier. Ces tensions
graves n’ont cependant pas déteint sur la campagne électorale,
plutôt marquée par une escalade verbale et des accrochages entre
sympathisants des deux camps qui ont fait plusieurs blessés
légers. Elles ont toutefois ajouté aux inquiétudes de la CNE,
dont le président a lancé un appel au calme et à la retenue
ayant visiblement été suivi. La campagne s’est poursuivie jusqu’à
la nuit de vendredi à samedi, et aucune altercation similaire
n’avait été signalée.
Beaucoup d’habitants
disent cependant craindre une contestation violente des résultats.
Les autorités et la communauté internationale ont à nouveau
lancé des appels à la sérénité, et les candidats et leurs alliés
se sont engagés à respecter le choix des urnes. L’ancien président
mozambicain Joaquim Chissano, envoyé spécial du secrétaire général
de l’Onu, a ainsi demandé à Malam Bacai Sanha et Joao Bernardo
Vieira de « montrer un esprit de sérénité et de se préparer
pour accepter les résultats, parce qu’il n’y aura qu’un gagnant
». « Il faut un président, pas deux », a lancé M. Chissano dans
un entretien avec l’Agence d’informations télévisées African
Television News (ATN). Le scrutin est d’autant plus important
qu’il est censé mettre fin à un processus de transition mouvementée
entamé il y a près de deux ans après le renversement sans violence
de l’ex-président Kumba Yala en septembre 2003.
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