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Liban-syrie . Les relations entre Damas et Beyrouth traversent une zone de turbulence. Deux questions doivent être réglées : la tension à la frontière et le désarmement du Hezbollah.

Crise de confiance

Après trois décennies de présence syrienne au Liban, il semble difficile que les deux pays reprennent des relations normales à la suite du retrait syrien qui s’est effectué en avril dernier. En effet, si Damas a fléchi face aux pressions internationales et a décidé de retirer ses troupes, il n’en demeure pas moins que la crise de confiance perdure entre les deux voisins, et risque de prendre encore plus d’ampleur. Cette tension a été alimentée par de nombreux éléments : les accusations lancées contre Damas de maintenir une présence au pays du Cèdre par le biais de ses services de sécurité, la délicate question du désarmement du Hezbollah, soutenu par Damas, et plus récemment la crise née du blocage de centaines de camions de marchandises libanais à la frontière syrienne. A cela s’ajoute un autre enjeu majeur, le rôle des Etats-Unis. Ces derniers maintiennent leur pression sur Damas. En même temps, ils renouent le dialogue avec Beyrouth en affichant leur soutien au processus démocratique et aux réformes. Preuve de ce dialogue direct Beyrouth-Washington qui laisse Damas de côté, la récente visite dans la capitale libanaise de la secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice, qui a rompu avec la tradition du passage obligé à Damas. C’est en effet la première fois depuis des années qu’une tournée d’un responsable américain inclut le Liban et non la Syrie. Pour les observateurs, en omettant l’étape syrienne, la secrétaire d’Etat américain a lancé un message clair : le Liban est désormais un pays indépendant qui décide par lui-même et qui n’a plus besoin que les choses lui soient dictées par son ancien tuteur. « Je suis venue apporter notre soutien au nouveau Liban, un Liban démocratique et libre de toute ingérence étrangère », a d’ailleurs explicitement dit Mme Rice.

Cette dernière n’a pas manqué non plus de critiquer ouvertement Damas qualifiant la situation à la frontière de « très grave ». « Les bons voisins ne ferment pas leurs frontières à leur voisin », a-t-elle dit à l’attention de Damas, en souhaitant que le mouvement de marchandises reprenne « très, très vite ». Des centaines de camions transportant des marchandises parfois périssables sont bloqués à la frontière syrienne, depuis près d’un mois. La Syrie justifie le renforcement de ses contrôles routiers pour les camions se rendant sur son territoire ou le traversant par des raisons de sécurité. Selon Damas, les autorités ont renforcé les contrôles à la frontière « après la découverte d’armes ». Mais il semble évident que Damas, qui a perdu son rôle de tuteur, joue la carte de la pression économique sur son voisin, d’autant plus que la Syrie est un passage obligé pour le transport de marchandises libanaises vers les pays arabes, ainsi que pour le commerce de transit via les ports de Beyrouth et Tripoli (Nord-Liban).

Une réalité que n’ignorent pas les Américains : « Ils (les Syriens) savent mieux que quiconque ce qui peut faire du tort aux Libanais. Leur présence a fait du tort aux Libanais. Leurs agissements actuels à la frontière pour gêner les échanges commerciaux font du tort aux Libanais », a ainsi déclaré un porte-parole du département d’Etat, Adam Ereli.

Côté syrien, la presse officielle se contente de dénoncer les médias et les hommes politiques libanais pour avoir lancé des attaques contre Damas. « Pourquoi limiter les relations entre la Syrie et le Liban aux erreurs en oubliant les contributions positives » de la Syrie ?, écrit ainsi l’édition du dimanche du journal du parti au pouvoir, Al-Baas, dans un éditorial.

Quoi qu’il en soit, cette question d’ordre bilatéral se réglera tôt ou tard. Reste le plus important et le plus délicat aussi bien pour Beyrouth que pour Damas, à savoir la question du désarmement du Hezbollah. En effet, en apportant son soutien au nouveau gouvernement libanais, le premier de l’après-tutelle syrienne et auquel participe le Hezbollah, Washington doit user d’une certaine ruse pour réclamer son désarmement. En évoquant la résolution 1 559 de l’Onu, qui réclame le désarmement du Hezbollah chiite, considéré par Washington comme une « organisation terroriste », Mme Rice a d’ailleurs fait preuve dans une certaine mesure de compréhension, en rappelant au Liban ses « obligations internationales », tout en lui laissant le temps de régler la question du désarmement. Et ce d’autant plus que le Liban est engagé dans un processus de réformes qui nécessite le soutien de la communauté internationale. Les déclarations de Mme Rice ont raisonné comme un rappel à l’ordre, et en guise de réponse, le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a déclaré que la question du désarmement du Hezbollah ferait l’objet d’un dialogue interlibanais, qui « demandera de la compréhension et de la patience ».

Les Syriens, eux, ont estimé que désarmer la milice chiite libanaise du Hezbollah laisserait la place vacante pour les renseignements israéliens et menacerait la « sécurité nationale » de leur pays, selon les propos du premier ministre syrien Mohammed Naji Otari, dans un entretien publié par le journal koweïtien Al-Anba.

Dans le même temps, le principal concerné, à savoir le Hezbollah, s’est contenté de qualifier de « folklorique » la visite de Mme Rice, accusant les Etats-Unis de chercher à s’attribuer « les changements » survenus au Liban et dont le mérite, selon lui, revient aux seuls Libanais.

Abir Taleb

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