En dépit de la différence de sexe,
d’âge et de la nature du champ de création, ils
se trouvent réunis par la notion de l’empatia. Il
s’agit d’une école esthétique apparue en Allemagne
et qui a fait tache d’huile dans toute l’Europe
vers la fin du XIXe siècle, insistant sur la complémentarité
des émotions entre le créateur, le récepteur et
les objets de la création. Bref, c’est une manière
de prouver que « l’écriture et la peinture se complètent
», comme l’a déjà souligné l’artiste de renom, Paul
Klee.
Nous retrouvons facilement dans
l’œuvre de Carmen Calvo la profondeur de Francisco
Brines, ce poète né en 1932, qui se distingue de
par la qualité et la singularité de son œuvre. Appartenant
à la deuxième génération de l’après-guerre civile
espagnole, ses œuvres sont porteuses de révolte
et de rejet, habitées par une insidieuse douleur
ontologique exprimant la douleur de l’être humain.
Il partage les mêmes émotions que
Carmen Calvo qui a fait ses débuts dans les années
1960, à une époque où le pop art avait une large
influence. Ses peintures, à dominance post-minimaliste,
le regard mélancolique et douloureux qu’elle porte
sur tout ce qui est destiné à disparaître, donnent
le ton à l’univers de l’artiste.
Parlant de sentiments, il est alors
évident que l’élément humain se taille une place
de choix au sein de l’œuvre de Calvo. Cela se fait
remarquer notamment à travers le choix des motifs.
Calvo ajoute à son répertoire des thèmes généraux
proprement humains comme la naissance, la mort,
le mariage et la famille. L’artiste s’intéresse
à révéler la charge émotionnelle des poèmes de Brines
comme dans Ceniza en Oxford (Cendre en Oxford),
La Mano del poeta (La Main du poète), Isla de piedras
(L’Ile de pierres), La Vuelta al paraiso terrenal
(Le Retour au paradis terrestre), La Espera (L’Attente)
et El Mendigo (Le Mendiant).
La tâche de l’artiste n’était pas
difficile à assumer car l’un et l’autre favorisent
des thèmes communs tels que l’enfance candide, les
lacis de l’amour, les lumières, l’adolescence, la
vie, l’endurance, la tristesse, la maladie, la violence
et la joie.
Calvo intègre dans son travail
des figures de la Méditerranée et notamment de l’Histoire
de Valence où elle travaille depuis 1992.
D’ailleurs, l’une des caractéristiques
de l’œuvre de Carmen Calvo est l’intérêt qu’elle
porte à « la mémoire ». Le souvenir et les émotions
exprimés dans ses travaux ne sont pas exclusivement
personnels. Ils revêtent forcément une dimension
sociale et historique. Car l’artiste intègre dans
ses tableaux le vécu, le quotidien, les objets journaliers,
provenant du passé ou du présent. Les objets, dénichés
et achetés dans les marchés aux puces, ont chacun
sa propre histoire et sa propre signification dans
ses œuvres.
Exploratrice, Calvo accumule les
objets et les range dans son atelier. Ensuite, elle
les juxtapose, les assemble pour en construire un
langage plastique propre qui revisite la question
de la narration et de la représentation dans l’œuvre.
En introduisant l’image dans ses compositions :
photographies agrandies, manipulées, peintes, récupérées
et anonymes, Calvo reconstruit l’univers privé et
fictif de l’expérience personnelle. Elle nous apprend
à connaître l’autre, à retrouver ses traces .