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Exposition. 58 œuvres de l’Espagnole Carmen Calvo mettent en relief les thèmes humains et mélancoliques du poète Francisco Brines. Elles seront ensuite exposées à Damas, Beyrouth et Amman.
Complémentarité ibérique

Carmen Calvo versus Francisco Brines est le titre d’une exposition regroupant deux créateurs de Valence (Espagne). L’artiste-peintre Carmen Calvo s’y inspire des poèmes sentimentaux et mélancoliques de son compatriote Francisco Brines, à travers ses peintures, collages, dessins et photos retouchées.

En dépit de la différence de sexe, d’âge et de la nature du champ de création, ils se trouvent réunis par la notion de l’empatia. Il s’agit d’une école esthétique apparue en Allemagne et qui a fait tache d’huile dans toute l’Europe vers la fin du XIXe siècle, insistant sur la complémentarité des émotions entre le créateur, le récepteur et les objets de la création. Bref, c’est une manière de prouver que « l’écriture et la peinture se complètent », comme l’a déjà souligné l’artiste de renom, Paul Klee.

Nous retrouvons facilement dans l’œuvre de Carmen Calvo la profondeur de Francisco Brines, ce poète né en 1932, qui se distingue de par la qualité et la singularité de son œuvre. Appartenant à la deuxième génération de l’après-guerre civile espagnole, ses œuvres sont porteuses de révolte et de rejet, habitées par une insidieuse douleur ontologique exprimant la douleur de l’être humain.

Il partage les mêmes émotions que Carmen Calvo qui a fait ses débuts dans les années 1960, à une époque où le pop art avait une large influence. Ses peintures, à dominance post-minimaliste, le regard mélancolique et douloureux qu’elle porte sur tout ce qui est destiné à disparaître, donnent le ton à l’univers de l’artiste.

Parlant de sentiments, il est alors évident que l’élément humain se taille une place de choix au sein de l’œuvre de Calvo. Cela se fait remarquer notamment à travers le choix des motifs. Calvo ajoute à son répertoire des thèmes généraux proprement humains comme la naissance, la mort, le mariage et la famille. L’artiste s’intéresse à révéler la charge émotionnelle des poèmes de Brines comme dans Ceniza en Oxford (Cendre en Oxford), La Mano del poeta (La Main du poète), Isla de piedras (L’Ile de pierres), La Vuelta al paraiso terrenal (Le Retour au paradis terrestre), La Espera (L’Attente) et El Mendigo (Le Mendiant).

La tâche de l’artiste n’était pas difficile à assumer car l’un et l’autre favorisent des thèmes communs tels que l’enfance candide, les lacis de l’amour, les lumières, l’adolescence, la vie, l’endurance, la tristesse, la maladie, la violence et la joie.

Calvo intègre dans son travail des figures de la Méditerranée et notamment de l’Histoire de Valence où elle travaille depuis 1992.

D’ailleurs, l’une des caractéristiques de l’œuvre de Carmen Calvo est l’intérêt qu’elle porte à « la mémoire ». Le souvenir et les émotions exprimés dans ses travaux ne sont pas exclusivement personnels. Ils revêtent forcément une dimension sociale et historique. Car l’artiste intègre dans ses tableaux le vécu, le quotidien, les objets journaliers, provenant du passé ou du présent. Les objets, dénichés et achetés dans les marchés aux puces, ont chacun sa propre histoire et sa propre signification dans ses œuvres.

Exploratrice, Calvo accumule les objets et les range dans son atelier. Ensuite, elle les juxtapose, les assemble pour en construire un langage plastique propre qui revisite la question de la narration et de la représentation dans l’œuvre. En introduisant l’image dans ses compositions : photographies agrandies, manipulées, peintes, récupérées et anonymes, Calvo reconstruit l’univers privé et fictif de l’expérience personnelle. Elle nous apprend à connaître l’autre, à retrouver ses traces .

Névine Lameï

Œuvres de Carmen Calvo au musée Mahmoud Mokhtar, salle Nahdet Misr, jusqu’au 6 août, de 10h à 14h et de 17h à 21h (sauf le lundi). 5, rue Tahrir, à côté du pont Al-Galaa, en face de l’Opéra.
Tél. : 735 25 19

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