Le festival
de cinéma qui avait lieu à Munich, suivi de celui de Karlovy
Vary, se sont déroulés la première quinzaine de juillet.
Ils ont attiré sur fond d’ambiance d’été, populaire et
amicale, un public nombreux et jeune. Ces deux événements
se sont caractérisés par la présence de femmes du Moyen-Orient
que ce soit devant ou derrière la caméra.
Sharmeen Obaid, née au Pakistan en
1978, forte d’une maîtrise de Stanford University en
sciences politiques, trace dans son film Re-
Inventing the Taliban (2004) une perspective
très personnelle de la montée effrayante de l’islam
radical au Pakistan. En visite dans son pays natal,
elle rencontre à Peshawar, au nord-ouest du Pakistan,
les dirigeants d’un parti islamiste qui lui disent qu’«
Al-Qaëda n’a rien à voir avec les principes de l’islam
». Mais elle découvre que les jeunes ressortissants
des écoles islamiques se sont rendus en Afghanistan
pour faire la guerre contre les Américains. Elle met
la bourqa pour rencontrer ceux qui exigent le voile
pour la femme et effectue alors une interview du président
Musharraf, qui plaide pour la tolérance : « Chaque femme
est libre de mettre ou de ne pas mettre le voile ...
». Dans la région de Peshawar, beaucoup de salles de
théâtre et de cinéma ont été fermées, des concerts annulés.
De l’autre côté du Pakistan, à Lahore
au nord-est, la réalisatrice découvre un Pakistan séculaire
où une société progressiste mène une vie moderne. Elle
assiste à des concerts organisés par un parti d’opposition
et à un défilé de mode où des mannequins pakistanais
défilent à la parisienne.
Sharmeen Obaid retrace l’image d’un
avenir positif de son pays natal, bien que consciente
du danger d’une réapparition des Talibans. C’est sans
doute cette vue d’un futur prospère qui lui a valu le
prix du Jury Interfilm-Akademie à Munich.
Bearing Witness, un documentaire de
l’Américaine Barbara Kopple (qui a reçu des Oscars en
1976 et 1998), raconte les expériences de femmes journalistes-photographes
en Iraq et en Palestine. Elles travaillent pour des
agences de presse internationales, (Al-Jazeera, CNN
...) et parlent des dangers du travail journalistique
qui n’épargne pas les femmes. Ces dernières donnent
une image de l’Iraq qu’on ne voit que rarement dans
nos télévisions. Pendant le tournage du film, un hôtel
est bombardé. On voit les femmes prendre des photos
dans les prisons. Abou-Gharib par exemple, où on ressent
les tortures des prisonniers. On voit de même les images
émouvantes de l’enterrement d’un martyr en Palestine.
La réalisatrice accompagne les femmes journalistes dans
la difficulté de leur travail et raconte aussi leurs
difficultés rencontrées au quotidien. L’une d’elles
se pose la question : « Est-ce que je dois continuer
mon travail alors que je suis enceinte ? ». Un film
dérangeant, mais plein d’émotions.
Niki Karimi, l’actrice iranienne qui
a remporté en 2001 le prix de la meilleure interprétation
féminine au Festival international du Caire, signe son
premier long métrage comme réalisatrice. Dans Yek Shab
(Une Nuit), elle raconte la vie nocturne à Téhéran.
Une jeune femme, revenant de son travail
le soir, est obligée de découcher car sa mère attend
un ami dans leur appartement étroit. La jeune femme
sort la nuit dans la grande ville de Téhéran, où elle
rencontre trois hommes. Chacun d’eux lui raconte son
histoire. La jeune femme découvre les mensonges, les
violences, les relations sexuelles cachées sous la surface
de la capitale.
Sabah est un film canadien tourné en
2005 par Ruba Nadda, d’origine syro-palestinienne. La
réalisatrice, née en 1972, traite dans ce film, comme
dans ses films antérieurs, des problèmes que les femmes
arabes rencontrent dans leur vie quotidienne en Occident.
En même temps, elle relate les changements que la nouvelle
génération rencontre lors de son intégration dans une
culture différente.
Dans ce film, Ruba Nadda évoque la
vie d’une femme de 40 ans qui vit encore avec ses parents.
Après la mort de son père, le frère agit en patriarche.
Bien que ce dernier respecte strictement les préceptes
de l’islam, surtout en ce qui concerne les relations
femme-homme, Sabah réussit avec l’aide de sa mère à
épouser un Canadien, qui se convertit à l’islam.
Ce n’est pas un hasard si ces femmes
s’intéressent toutes à ce genre de sujets devenus d’une
actualité brûlante.