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MultiMédia.
La Bibliotheca Alexandrina vient de publier en DVD un premier
volet de La Description de l’Egypte. Noha
Adli, directrice du département
Technologie, informations et communications, explique son élaboration. |
« Le bilan est positif :
plus de 700 pages ont été numérisées »
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Al-ahram
hebdo : Comment l’idée de sortir La Description de l’Egypte
en DVD vous est-elle venue ?
Noha Adli :
La Bibliotheca Alexandrina
(BA) est réputée pour être un centre d’apprentissage, de dialogue
et de compréhension mutuelle. Elle est la fenêtre de l’Egypte
sur le monde et il est donc normal qu’elle se donne pour vocation
principale de préserver le patrimoine. L’influence de l’International
School of Information Science (ISIS) de la BA a été importante.
Celle-ci encadre tous les projets numériques et technologiques
de la BA. Sa fonction, dans une première étape, est de sauvegarder
le patrimoine égyptien sous une forme numérique afin de permettre,
dans une deuxième étape, l’accès au savoir universel. De là
est venue l’idée d’élaborer une documentation numérique sur
l’Histoire moderne de L’Egypte.
— Pourquoi avoir choisi La Description de l’Egypte ?
— L’objectif du projet était d’établir
une documentation numérique d’une période de l’Histoire de l’Egypte
remontant à 200 ans. Cette œuvre est le résultat de la collaboration
de plus de 150 hommes de sciences et savants. Des artistes ont
participé aux illustrations couvrant les domaines les plus variés
: la faune, la flore, les ressources naturelles, la société
moderne. Les premiers savants chargés de collectionner les savoirs,
des hommes comme Monge, Fourier, Caffarelli ont tous travaillé
à l’Institut d’Egypte, créé sous Napoléon, et qui est la plus
ancienne académie pour les sciences et les arts en dehors de
l’Europe. L’impact de leur travail dans le monde et en Egypte
a été considérable. Cela dit, la version complète n’existait
pas à la bibliothèque. Mais grâce aux efforts de l’ISIS, en
collaboration avec l’Institut d’Egypte qui nous a fourni les
volumes des textes, il a été alors possible de préserver cette
collection importante.
— Parlez-nous des étapes de conception de ce
DVD ...
— Il y a eu tout d’abord la numérisation. Nous
avons eu recours à des scanners spéciaux en essayant de transcrire
très soigneusement les couleurs et les effets lumineux. Ensuite,
il y a eu le traitement de plus de 9 000 pages dont s’est chargée
une équipe de 15 personnes. Puis vient la publication en plusieurs
volumes séparés : les volumes des planches et les volumes des
textes. En ce qui concerne l’image, il existe deux catégories
: les images à faible et à haute résolution pour voir le plus
de détails possibles. Et finalement, comme le but du projet
est celui de la dissémination de la culture, il a fallu penser
à un système de protection de la propriété intellectuelle.
— Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
— Essentiellement, des difficultés relatives
à la langue ancienne et la façon dont elle s’écrivait à l’époque.
De même, aucun logiciel ne pouvait, à la fois saisir du latin,
du grec et de l’arabe. Alors nous avons été amenés à développer
la précision du logiciel. Le bilan est plutôt positif : plus
de 700 pages ont été numérisées et la recherche peut s’effectuer
à l’aide de 1 500 mot-clés.
— En quoi consistera la suite de votre travail
?
— La prochaine étape sera de créer un moteur
de recherche intégral sur tout le texte puis le mettre sur le
Net. Nous allons donc poursuivre le travail, éventuellement
avec d’autres organismes, en principe le Centre d’études d’Alexandrie,
dirigé par l’historien Jean-Yves Empereur. L’intervention de
l’IFAO (Institut Français d’Archéologie Orientale) sera également
souhaitable.
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Propos recueillis
par
Nihad Al-Attar
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La Description
de l’Egypte, équivalent du plus riche musée du monde |
«
Soldats, du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent
... ». Cette phrase qu’aurait adressée Bonaparte à ses troupes,
avant la bataille des Pyramides (21 juillet 1798), symbolise
en quelque sorte le bilan de la campagne d’Egypte : un désastre
militaire indiscutable aux conséquences immenses dans bien des
domaines. Les soldats passent ... La Description reste. |
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La véritable victoire de Napoléon
est d’avoir ordonné, en février 1802, à l’imprimerie impériale
d’entreprendre la publication du bulletin culturel et scientifique
rapporté de l’expédition. Un bilan complet de l’Egypte au moment
de la campagne, comprenant
non seulement la description des antiquités, mais aussi l’inventaire
pratique de la faune et de la flore. Véritable synthèse ethnographique
et géographique. Quatre cents graveurs sur cuivre vont ainsi
travailler près de vingt ans à cette Description. Aux 35 000
soldats de l’expédition, Bonaparte a mêlé l’élite scientifique
et culturelle française de l’époque. En tout, 500 civils dont
un groupe de 167 savants et experts comprenant 21 mathématiciens,
3 astronomes, 17 ingénieurs civils, 13 naturalistes et ingénieurs
des mines, 4 architectes, 8 dessinateurs, 10 hommes de lettres,
22 imprimeurs munis de caractères latins, grecs et arabes. Ils
doivent, pour la plus grande gloire de la République, retrouver
sous les sables millénaires les vestiges de l’Egypte pharaonique
que Bonaparte qualifie de « berceau de la science et des arts
de toute l’humanité ». Pressentant que le temps leur est compté
pour percer les secrets de cette civilisation, les savants se
sont mis au travail. On ne se contente pas d’établir les relevés
des monuments anciens, on étudie aussi l’influence du Nil sur
la fertilité du pays, on recueille des renseignements sur les
systèmes d’irrigation, l’agriculture, les arts et métiers. Publié
entre 1809 et 1829, cet ouvrage monumental semble ne rien avoir
omis de l’Egypte, ni de son Histoire, ni de ses traditions ou
coutumes. Il constitue un témoignage inestimable.
Une commission des sciences
et des arts ainsi qu’un Institut d’Egypte sont d’ailleurs aussitôt
créés. Vivant Denon, responsable alors de l’Institut d’Egypte
et que Napoléon nommera à la tête du Louvre, raconte comment,
en suivant les troupes lancées à la poursuite des Mamelouks
du rebelle Mourad bey, il traverse « un pays qui, hormis le
nom, était pratiquement inconnu des Européens. Par conséquent,
tout valait la peine d’être décrit. La plupart du temps, je
réalisais mes dessins sur les genoux. Bientôt, je dus les faire
debout, puis sur mon cheval, jamais je ne pus en terminer un
comme je le souhaitais ... ». Mais quelle récompense que de
découvrir la vallée des Rois au sortir de Thèbes, d’explorer
Philae ou d’identifier dans une tombe d’Al-Kab les premières
scènes de la vie quotidienne en Egypte.
La tentative de conquête de
l’Egypte par Napoléon en 1798 fut un rêve fou, un fiasco qui
allait donner naissance à une nouvelle science : l’égyptologie.
Cette aventure épique aussi incroyable qu’extravagante, si mal
conçue et si mal engagée, au lieu de donner les résultats politiques
qu’on n’attendait d’ailleurs plus, allait avoir des conséquences
majeures dans d’autres domaines : en donnant naissance à l’égyptologie,
en permettant le décryptage des hiéroglyphes, en influant sur
la décision de percer le Canal de Suez, en suscitant les futures
fouilles du type Howard Carter découvrant la tombe de Toutankhamon.
Déclenchant aussi le pire, l’égyptomanie
et son corollaire le pillage qui allait attirer pêle-mêle, sur
les bords du Nil, les politiciens, les financiers, les marchands,
les agents de musées en quête de bonnes affaires. Mais éveillant
surtout et partout, ce qui importe, l’intérêt du simple citoyen
du monde, affamé de culture et d’aventures.
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| N. A. |
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