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Palestine. L'escalade de la violence israélo-palestinienne et interpalestinienne risque de faire voler en éclats une trêve fragile, à un mois du retrait israélien de la bande de Gaza.
Mauvais présage

Après cinq mois de trêve, Israël a décidé d'intensifier de nouveau ses actions contre les militants palestiniens. L'Etat hébreu a menacé dimanche de mener une opération terrestre d'envergure dans la bande de Gaza, tandis que son armée a repris ses assassinats ciblés d'activistes palestiniens. Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a réaffirmé au Conseil des ministres que l'armée avait carte blanche pour stopper les tirs palestiniens. Il a averti qu'il n'y aurait aucune entrave aux opérations militaires israéliennes.

Selon des responsables, une opération terrestre ne serait toutefois pas lancée avant la venue, en fin de semaine dans la région, de la secrétaire d'Etat américain, Condoleezza Rice, pour donner encore une chance au leader palestinien Mahmoud Abbass d'imposer son autorité aux activistes armés. Il n'empêche que l'armée israélienne a déployé des milliers d'hommes et des blindés en renfort, aux frontières de la bande de Gaza. Samedi, l'armée israélienne a annoncé l'arrestation en Cisjordanie de 26 membres présumés du Hamas et d'un autre mouvement radical, le Djihad islamique. L'aviation israélienne avait également lancé vendredi trois raids contre le Hamas en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, faisant au moins cinq morts dans les rangs de ce groupe radical. Depuis vendredi, l'armée israélienne a tué neuf activistes du Hamas dans une série de raids déclenchés à la suite de la mort d'une Israélienne tuée jeudi dans une explosion. Une situation jugée suffisamment préoccupante par les Etats-Unis pour que l'administration dépêche dans la région la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice. Une délégation égyptienne dirigée par le général Moustapha Al-Béheiri, numéro deux du service des renseignements, est également arrivée dimanche à Gaza pour discuter avec les groupes palestiniens des moyens de préserver la trêve.

Le négociateur palestinien Saëb Eraqat a condamné les frappes israéliennes. « Cela survient à un moment où nous tentons de maintenir la règle de droit et l'unité de notre autorité. Cette escalade et ces frappes israéliennes vont mener à une seule chose : saper notre capacité à le faire ».

De son côté, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbass a affirmé, dimanche, qu'il était déterminé à mettre fin « à tout prix » aux tirs de roquettes contre des objectifs israéliens. M. Abbass avait déjà condamné les tirs de roquettes et d'obus de mortiers en les qualifiant « d'actes ridicules ». Il s'en est vivement pris au Hamas sans le nommer. « On ne peut pas d'un côté parler d'unité et sur le terrain tout faire pour affaiblir l'Autorité palestinienne », a-t-il déploré en réaffirmant que « l'usage légal des armes relève de la seule Autorité palestinienne ». Il a également rejeté une demande du Hamas de constituer une commission interpalestinienne qui serait chargée de superviser le retrait israélien de la bande de Gaza prévu pour le mois d'août. « Personne ne peut rêver qu'on accepte que se constitue un deuxième pouvoir » face à l'Autorité palestinienne. Toutefois, le président palestinien a souligné qu'il ne voulait pas déclencher « de guerre civile ». Les déclarations du leader palestinien sont intervenues après des heurts entre policiers et activistes du Hamas à Gaza, où deux jeunes Palestiniens ont été tués.

Cette montée de tension entre le pouvoir et le Hamas ne fait qu'augmenter les craintes des analystes palestiniens d'une crise ouverte entre l'Autorité palestinienne et le mouvement islamiste. Israël a donc atteint son objectif : susciter les contradictions entre les Palestiniens.


Hamas critique l'Autorité

Tout en affirmant être lié à la trêve des attaques anti-israéliennes conclue en mars au Caire, le Hamas a revendiqué son droit à la « vengeance ». « Si l'ennemi cesse ses agressions, nous n'exercerons plus notre vengeance tout en continuant à résister », a souligné Saïd Syam, un dirigeant du Hamas, à l'issue d'une rencontre à Gaza avec la délégation égyptienne. M. Syam a par ailleurs estimé « prématurée » une rencontre avec le président de l'Autorité palestinienne. Avant cela, « nous voulons que l'Autorité palestinienne fasse pression sur l'ennemi sioniste pour qu'il cesse ses agressions », a-t-il dit.

Pour sa part, le dirigeant du mouvement radical en Cisjordanie, Cheikh Hassan Youssef, qui émet des critiques contre l'Autorité palestinienne a toutefois affirmé que le Hamas n'a aucune intention de confisquer le pouvoir. « L'Autorité palestinienne veut un règlement négocié et est incapable de défendre la résistance », a-t-il indiqué en ajoutant : « Tant que les agressions israéliennes continuent, le Hamas ne restera pas les bras croisés ». La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, a mis en garde l'Autorité palestinienne et affirmé que tirer sur ses hommes était « une ligne jaune que les Brigades ne peuvent ignorer ».

Le Hamas avait aussi demandé le limogeage du ministre de l'Intérieur palestinien Nasr Youssef qui a annoncé que des ordres avaient été donnés aux services de sécurité d'empêcher, par la force si besoin, les tirs de roquettes et d'obus de mortier contre des objectifs israéliens. Un porte-parole du Hamas, Mouchir Al-Masri, avait averti dans une déclaration sur la chaîne Al-Arabiya basée à Doubaï, que son mouvement était déterminé à affronter les forces de sécurité. « Au lieu d'ordonner aux forces de sécurité de défendre notre peuple face à l'agression sioniste, le ministre de l'Intérieur ordonne de recourir aux armes et de tirer sur les moudjahidin combattants ». Il a dénoncé « une grave escalade de la part des instances sécuritaires palestiniennes » après « l'ordre donné de tirer contre nos combattants. C'est une mission sécuritaire que l'Autorité palestinienne mène au nom de l'ennemi sioniste » .

Rania Adel

Ttrois questiions à

Mohamad Sobeih, représentant de la Palestine à la Ligue arabe.

Al-Ahram Hebdo : Comment expliquez-vous le chaos sécuritaire qui règne sur les territoires occupés ?
Mohamad Sobeih : C'est le résultat de ce que les territoires occupés subissent au quotidien : la colonisation, le bouclage des territoires, les difficultés de déplacement, la destruction des maisons, les assassinats, la liquidation et les arrestations des combattants. Israël a violé l'accord de Charm Al-Cheikh et la trêve. Ce qui se passe sur le terrain n'est que la réaction sine qua non de cet état de choses. L'Autorité palestinienne est entre le marteau et l'enclume, l'enclume de l'armée israélienne qui frappe n'importe où et le marteau des organisations islamistes armées.

— Quelles sont les mesures qui ont été prises pour remédier à cette situation alarmante ?
— Le Haut comité des forces nationales et islamiques (une coalition de 13 groupes palestiniens) a renouvelé samedi l'engagement de tous les groupes palestiniens à respecter l'accalmie conformément à l'accord du Caire, aux termes duquel avait été décrété un arrêt de facto des attaques anti-israéliennes jusqu'à la fin de l'année. Le communiqué souligne toutefois le droit du peuple palestinien à se défendre et à faire face aux agressions israéliennes par des moyens qui doivent faire l'objet d'un accord interpalestinien. Le communiqué appelle en outre à combattre la présence de civils armés dans la rue, affirmant que seule l'Autorité palestinienne doit disposer d'armes car elle a la charge de faire respecter la loi. Le communiqué demande la confiscation de toutes les armes détenues par des civils dans la rue. Il demande par ailleurs à tous les groupes palestiniens de régler leurs différends par le dialogue. N'oublions pas le rôle de l'Egypte qui a dépêché une délégation de haut niveau pour que les différentes parties entrent en contact.

— Ces regains de violence pourraient-ils avoir des conséquences fâcheuses ?
— Si les menaces israéliennes continuent et si l'armée israélienne envahit la bande de Gaza, il est certain que le retrait israélien de Gaza et de quatre colonies de Cisjordanie sera compromis. Concernant le Hamas, je crois qu'il est en train d'évaluer tout cela et de reconsidérer ses positions. Il est bien conscient de la gravité de la situation et du danger que représentent les affrontements interpalestiniens .

Propos recueillis par R. A.

 

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