Al-Ahram
Hebdo : Le gouvernement vient de mettre au point un plan de
réforme du système bancaire. Quelles sont les grandes lignes
de ce plan et quelle est votre propre vision concernant la modernisation
des banques ?
Mohamad Barakat
: Le développement du
système bancaire s’inscrit dans le cadre d’un plan global sous
la supervision de la Banque Centrale. Ce plan vise la restructuration
complète des activités bancaires ainsi qu’une réforme financière
et administrative. Le plan de développement concerne aussi les
ressources humaines, le développement de leurs compétences,
le recours à la technologie dans les différentes activités bancaires,
l’évaluation des compétences, des profits, des produits, des
succursales ou des clients. Les axes du développement incluent
de même la restructuration et le développement des agences,
y compris les services bancaires électroniques et les centres
de services électroniques, tout en offrant de nouveaux produits
allant de pair avec les besoins du marché et des clients. Par
ailleurs, le plan général de la réforme du service bancaire
accorde un intérêt particulier aux petites entités qui doivent
adapter leur situation à la loi 88 de l’année 2003 soit en augmentant
leur capital au minimum requis par la loi, soit à travers la
fusion avec d’autres banques, y compris la fusion obligatoire
de certaines banques qui ne peuvent pas adapter leur situation.
— Justement,
on a dernièrement entendu parler de fusion obligatoire ou facultative
entre les banques. Ceci est-il vraiment indispensable ?
— Le processus
de fusion entre les banques vise à améliorer leur situation
conformément à la loi 88 de l’année 2003 en ce qui concerne
le capital minimum requis, le but étant de réaliser la complémentarité
et créer des entités bancaires à la fois importantes et compétentes.
En général, les fusions ont lieu non seulement entre les petites
entités, mais aussi entre les grandes pour donner naissance
à des géants. La complémentarité qui en résultera dans les activités
et les services bancaires améliorera indubitablement les compétences
concurrentielles. Signalons là qu’en Egypte, les banques publiques
ne peuvent pas être classées parmi les géants si nous les comparons
aux banques étrangères et internationales.
— Le gouvernement
exerce des pressions sur les banques publiques afin qu’elles
vendent leurs parts dans les banques mixtes à ces dernières.
Pensez-vous que cela puisse leur porter atteinte sachant qu’elles
abandonneront ainsi des investissements qui leur sont profitables
?
— La participation
des banques publiques dans des banques mixtes émanait en premier
lieu d’un souci de renforcement. Tout en réalisant une certaine
complémentarité avec ces banques dont les activités étaient
tournées vers les sociétés étrangères et conjointes. Sans nul
doute, ces banques sont récemment devenues non seulement stables,
mais également concurrentes pour les banques publiques. Aucune
raison donc de maintenir leurs quotas. D’un autre côté, cette
démarche s’inscrit dans le cadre du plan global de la réforme
bancaire et d’une évaluation continuelle des investissements
bancaires. Et ce, dans l’objectif de réaliser des bénéfices
lors de la vente des quotas et leur utilisation dans le financement
des programmes de réforme et de développement bancaires.
— Le gouverneur
de la Banque Centrale a récemment déclaré que la Banque d’Alexandrie
ne sera pas la seule à être privatisée et que les trois autres
banques publiques (Nationale d’Egypte, Misr, Le Caire) le seront
à leur tour. Or, cette annonce a été démentie le lendemain.
Qu’en est-il réellement ?
— Il semble que
les déclarations du gouverneur de la Banque Centrale aient été
mal interprétées. La décision de privatiser la Banque d’Alexandrie
est déjà prise et les démarches de vente doivent avoir lieu
avant la fin 2005 selon des procédés professionnels et transparents.
Quant aux autres banques publiques, un plan de réforme intégral
leur est destiné dans le cadre d’un plan de restructuration
et de développement du service bancaire en général sous l’égide
de la Banque Centrale. Dans le cadre de ce plan, il y aura la
privatisation des directions des banques ainsi que leurs restructurations
financière et administrative afin de devenir concurrentielles
sur le plan local et régional.
— Plusieurs
critiques ont été adressées à la performance et la politique
de crédits des banques publiques. Comment réagissez-vous ?
— J’aimerais dire
que les banques publiques sont gérées conformément à des règles
professionnelles transparentes loin des pressions à même d’affecter
leurs politiques financière et créditaire. J’aimerais de même
affirmer que la loi 88 de l’année 2003 octroie la liberté absolue
aux conseils d’administration des banques dans la prise des
décisions relatives aux affaires internes, y compris le statut
et le système de travail.
— D’aucuns prétendent
que des banques s’abstiennent d’octroyer des crédits aux nouveaux
projets, bien qu’elles possèdent la liquidité requise. Qu’en
dites-vous ?
— Ces allégations
sont fausses. Les banques déploient de bons efforts pour offrir
des facilités de crédit selon les règles bancaires connues.
Sans doute, les banques ont connu une période difficile en raison
des problèmes d’insolvabilité de plusieurs clients. Elles s’emploient
actuellement à trouver des solutions pour régler et rééchelonner
les dettes des insolvables. Tout en cherchant un meilleur placement
de leurs fonds et en offrant des crédits sur des bases correctes.
— Pensez-vous
que les dernières solutions trouvées au problème des crédits
douteux et des hommes d’affaires insolvables sont suffisantes
? Quelle est votre évaluation de la situation ?
— La question du
règlement des crédits douteux est en tête des priorités des
banques dans le cadre du plan de restructuration et de réforme
financière. Je pense que ceci doit avoir lieu à travers un suivi
du remboursement par les clients de leurs dettes et de la manière
dont ils utilisent les crédits qui leur sont octroyés. Mais
en général, le règlement de ce problème se déroule d’une manière
souple et objective. Or, dans certains cas, il est nécessaire
d’injecter des sommes supplémentaires pour aider les clients
à faire réussir leurs projets. Les banques sont dernièrement
parvenues à des solutions pour le remboursement de grandes sommes
dues par les hommes d’affaires. Ces solutions tenaient, d’une
part, au recouvrement des droits des banques, et d’autre part,
à prendre en considération les circonstances entourant chaque
projet.
— Les banques
étrangères ont récemment augmenté leur part, aux dépens des
banques publiques, dans les activités bancaires. Quelles en
sont les raisons et comment y faire face ?
— Au départ, il
faut signaler que lorsque les banques étrangères ont entamé
leurs activités en Egypte, elles n’avaient aucune entrave au
niveau des investissements ou des dettes, contrairement aux
banques publiques. Sans oublier que ces banques ont déployé
des efforts importants afin d’attirer des cadres compétents
des banques publiques en leur offrant de meilleurs postes et
des avantages financiers. Quant aux banques publiques, elles
adoptent actuellement des plans de réforme et de développement
afin de relever ce défi, en améliorant leurs services et leurs
produits. Plus encore, les banques publiques jouissent d’une
présence géographique plus large dans les différents gouvernorats
ainsi qu’une énorme base de dépôts leur permettant de financer
les grands projets.
— Pensez-vous
que la stabilité du marché des changes des devises étrangères
se poursuivra ou connaîtra-t-il de nouvelles fluctuations ?
— Le cours des
changes jouit d’une grande stabilité grâce aux politiques récemment
suivies, y compris le système interbancaire. Ce qui a complètement
mis un terme au phénomène du marché parallèle grâce à un taux
de change fixe. Ce dernier a été obtenu en assurant les besoins
du marché et des clients.
Cependant, la stabilité
du cours des changes ne signpas la fixation de ce cours. D’autant
plus que les prix dépendent en premier lieu de l’offre et de
la demande. Cette stabilité est renforcée par la limitation
des transactions aux chaînes légitimes comme les banques et
les bureaux de change. |