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Malentendu Historique. L’historien espagnol Pablo de Jevenois a donné récemment une conférence à la Bibliotheca Alexandrina pour démentir la légende selon laquelle les Arabes auraient détruit l’ancienne bibliothèque.

Fausse rumeur

C’est pour tenter de dissiper un malentendu historique : la bibliothèque d’Alexandrie aurait été détruite par les Arabes, que l’historien et diplomate espagnol, Pablo de Jevenois, s’acharne à faire des recherches depuis 1992 avec comme objectif de démontrer que cet argument a été créé de toutes pièces. Lancée à l’époque des croisades et propagée dans le monde moderne, la légende qui impute aux Arabes la responsabilité de l’incendie de la bibliothèque n’a eu tout le long de l’Histoire qu’un seul objectif : celui de nuire à l’image et à la réputation des Arabes. Selon celle-ci, le calife Omar Ibn Al-Khattab aurait ordonné à son général de détruire tous les ouvrages à l’exception du Coran, sous prétexte qu’ils diffusaient des idées contraires au livre sacré des musulmans. Et par conséquent, les livres de la bibliothèque auraient brûlé dans les bains d’Alexandrie pendant six mois. Un récit qui paraît inconsistant ou étrange, étant donné l’esprit et le comportement arabes de l’époque. « J’ai trouvé qu’il était impossible qu’un tel ordre vienne d’un calife arabe, surtout à cette période de l’histoire de ce peuple. Nous savons tous que c’est grâce à ces mêmes Arabes que l’ensemble des textes classiques ont été sauvés, ramassés et traduits, à un moment où ils étaient considérés comme hérétiques dans le monde occidental ». Pourtant, c’est bien cette version des faits qui est passée dans la postérité, reproduite dans la majorité des ouvrages traitant de la question jusqu’au XXe siècle. « Au fil de générations, les silences, les malentendus, les craintes ont pris le dessus et les questions politiques et religieuses ont créé autour de ce sujet un grand mystère. A tel point qu’on ne savait même plus s’il y avait eu une bibliothèque ou deux. On mélangeait les dates et les faits, laissant prévaloir le on dit, sans qu’il n’y ait aucun souci de parvenir à la vérité sur ce sujet ». Pour découvrir la vérité, Jevenois a dû effectuer des recherches historiques s’étalant sur une période de plus de quatorze siècles. « Personnellement, je pense que le respect de la logique même et de la cohérence de l’histoire est primordiale pour l’exécution de toute étude. Par exemple, la première chose que j’ai dû démontrer dans mes recherches, c’est que lorsque les Arabes ont conquis Alexandrie en 642, la ou les bibliothèques (la petite et grande bibliothèques) d’Alexandrie n’existaient plus. Le document prouvant cette constatation était une lettre écrite par le général Amr à son calife Omar, où il décrit ce qu’il a trouvé à Alexandrie lors de son arrivée. Il était donc question de 4 000 palais, 4 000 bains, 400 théâtres, 12 000 échoppes où l’on vendait des végétaux. Mais il ne mentionne pas de bibliothèque ». Les récits d’un père de l’église appelé Epiphanius ayant vécu dans cette ville au IVe siècle, corroborent cette information. Epiphanius raconte que l’endroit où autrefois se trouvait la bibliothèque était devenu un espace désert et aride où il n’y avait plus une seule pierre.

Finalement, le fait qui est décisif et qui, selon Jevenois, prouve que la légende de la destruction de la bibliothèque par les Arabes est fausse est que celle-ci a été lancée au XIIIe, donc six siècles après l’arrivée des Arabes à Alexandrie. L’existence de la bibliothèque n’ayant pas été citée une seule fois dans les manuscrits ou récits des voyageurs, tout le long de cette période. Mais la période des croisades a connu par contre la montée des tensions et animosités entre Arabes musulmans et croisés chrétiens. « C’était une période historique critique de guerres et conquêtes dans cette région. L’invention d’une telle histoire afin de la transformer en propagande politique et religieuse d’une des parties contre l’autre paraît très cohérente dans un tel contexte historique ».


Comment la légende a-t-elle été inventée ?

La première fois qu’on entend parler de cette légende dans le monde moderne, notamment en Europe, c’est à travers le livre de l’archevêque d’Alep en Syrie, Aboul-Farag Ibn Il Ibri. Ce jeune moine devenu archevêque à l’âge de trente ans est demeuré patriarche de la communauté chrétienne de cette ville jusqu’à sa mort. « Or, à cette époque vivait aussi à Alep un savant égyptien beaucoup plus âgé qu’Ibn Il Ibri, Gamaleddine Aboul-Hassan Ali bin Youssef Al-Qifti. Lors de sa mort, ce dernier aurait laissé ses écrits à son jeune disciple comme preuve de confiance. Mais ce dernier aurait trahi la confiance de son ami en introduisant des passages dans son œuvre, changeant le sens de ses écrits, en employant une technique très banale à l’époque : celle de l’interpolation. Ce qui n’était qu’une manière de déformer les propos d’Al-Qifti ». Ce n’était autre qu’une falsification en bonne et due forme de l’Histoire.

La première bibliothèque, la mégali-bibliothèque a été en fait détruite par Jules César en 47 av. J.-C. Lors de la première guerre d’Alexandrie, les flammes qui avaient touché la flotte de César, se seraient, à cause des vents, emparées de la bibliothèque. Quant à la deuxième bibliothèque construite au Sérapeum, elle a été brûlée au IIIe siècle de la période byzantine par décret de Théodosius pour qui tous les « monuments païens » devaient être détruit.

Randa Achmawi
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