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Révolution du 23 Juillet. Mohamad Auda, écrivain, prix d’Estime du journalisme et intellectuel témoin de l’histoire moderne de l’Egypte, donne son avis sur le passé, le présent et l’avenir du pays. Entretien.
« Il y a eu 18 ans de révolution et 35 ans de contre-révolution »

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes un des tenants les plus fervents de la Révolution du 23 Juillet 1952. Qu’est-ce que cet événement représente pour vous ?

Mohamad Auda : Au moment de la révolution, il y avait une génération qui cherchait une issue, surtout qu’il y avait eu l’incendie du Caire qui n’avait de semblable que celui d’Alexandrie en 1882. D’ailleurs, c’était une période de grande turbulence et les gouvernements se succédaient avec rapidité sans rester au pouvoir de longues périodes. La révolution a jailli à un moment où le désespoir était à son comble.

Mais alors que les gens de ma génération se posaient des questions sur la vérité de ces jeunes officiers, deux décisions nous permirent de savoir que cette révolution était du côté du peuple : la réforme agraire et le fait de ne pas pouvoir licencier les ouvriers de manière arbitraire. Cela nous a rassurés, et on s’est dit que ces gens se positionnaient du côté des classes opprimées. Ce n’était pas un coup d’Etat forgé par quelques officiers aventuriers comme les Américains ont voulu le démontrer. Ceci sans oublier que ces officiers avaient été des volontaires en Palestine, et après la défaite de 1948, ils étaient arrivés à la conviction qu’il fallait auparavant mettre de l’ordre à l’intérieur de leur pays. Et la première chose qu’ils firent effectivement fut d’évincer le roi Farouq du pouvoir.

— Actuellement, après toutes ces années, reste-t-il grand-chose de cette révolution et de ses grands rêves ?

— Plus de 50 ans ont passé depuis la Révolution du 23 Juillet. Nous pouvons compter uniquement 18 années de révolution et 35 années de contre-révolution. Il s’est passé alors une dénassérisation et le retour du capitalisme car le fait d’armer l’Egypte et d’y promouvoir l’industrie est un danger pour Israël. La règle essentielle des Etats-Unis qui sévit dans la région est la suivante : les Etats-Unis garantissent à Israël une supériorité de qualité sur tous les autres pays de la région, sans oublier de faire d’Israël la sixième puissance nucléaire. On ne peut alors promouvoir de démocratie ou de croissance économique dans ce cas-là. Le combat de l’Egypte est un combat non équitable. D’ailleurs, Ben Gourion avait dit que la région ne pouvait supporter deux grands pays : l’Egypte ou Israël, l’un ou l’autre. Depuis 1973 ou depuis 1970, il y a eu une liquidation de la révolution, en libéralisant le secteur public, la réforme agraire, le plein emploi pour les universitaires, etc. Ainsi, toutes les actions sociales ont été éliminées. Il n’y a plus que de légères industries. De grands projets comme le Haut-Barrage ont pris fin et l’enseignement public s’est détérioré. Il y a un chômage de masse chez les jeunes et surtout parmi les femmes, ce qui est un grand problème car la femme qui ne travaille ni ne se marie se transforme en un poids pour elle-même et pour la société.

— Aujourd’hui, certains pensent que nous sommes dans une situation similaire à celle qui précédait la Révolution du 23 Juillet et que nous sommes aux abords d’un changement.

— On parle actuellement de démocratie et on utilise ce mot de manière idéaliste. La démocratie signifie en premier lieu des partis politiques actifs et vivants. Qu’il y ait des partis pour la droite, le centre et la gauche. Des partis dans le vrai sens du mot et non pas des squelettes de partis. Des partis ayant de vraies bases dans la société. Des partis de droite avec leurs adhérents capitalistes, des partis de gauche avec leurs classes populaires. Il peut même y avoir des partis religieux à la manière européenne comme les démocrates chrétiens qui séparent entre le pouvoir et la religion. Nos partis actuels n’ont pas ce qu’il faut pour en faire de vrais partis. Le Wafd actuel est un journal, mais cela n’a rien à voir avec l’ancien Wafd surtout que la classe capitaliste actuelle n’a rien à voir avec le capitalisme nationaliste d’antan. Nous avons des germes de partis avec le Tagammoe, le Wafd et le Parti nassérien, mais ce ne sont que des cellules vivantes de formations politiques. Il faut qu’elles se transforment en vrais partis. Si nous arrivons à former un front national formé des différentes forces vivantes de la société qui puisse proposer un programme de salut et qui puisse assurer un soulèvement pacifique présentant ces revendications, à ce moment, l’Etat devrait dialoguer avec ce front, ou il s’exposerait au danger.

— Que pensez-vous des petits mouvements qui prolifèrent en ce moment, ne serait-ce pas à eux de former ces nouveaux partis surtout que les partis existants ont perdu de leur crédibilité ?

— Il ne faut pas exagérer la détérioration des partis existants surtout qu’ils sont encore là et qu’ils ont leurs journaux. Les forces jeunes qui se meuvent actuellement devraient de manière préférable donner vie à ces partis, surtout qu’un mouvement comme Kéfaya est formé de la gauche, de Nassériens, d’hommes d’affaires et d’islamistes.

— Vous venez d’obtenir le prix d’Estime du journalisme. Vous avez une longue histoire avec le journalisme. Comment voyez-vous ce qui s’y passe actuellement ?

— Le premier journal égyptien se nommait Al-Waqaïe Al-Masriya et son rédacteur en chef était Réfaa Al-Tahtaoui. Le journalisme égyptien est né avec la renaissance nationale égyptienne et il a toujours joué un rôle national. Les journaux créés par les Anglais n’ont pas survécu. Seule une presse nationale a pu se maintenir. Aujourd’hui, la prolifération des nouveaux journaux n’en est qu’un exemple. Il y a une avant-garde de jeunes qui ne représentent pas encore la grande majorité, mais qui existent et se battent .

Propos recueillis par Soheir Fahmi
 
     

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