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Droits de L’homme.
L'organisation internationale Human Rights Watch veut créer
un bureau permanent en Egypte. Une démarche qui soulève une
large polémique aussi bien au sein de la société civile que
dans les milieux gouvernementaux. |
Tentative
vouée à l'échec |
| Human
Rights Watch a annoncé son intention d'ouvrir un bureau permanent
au Caire. Ceci s'inscrit dans le cadre d'un plan général de
l'organisation internationale visant à avoir des bureaux dans
tous les pays arabes. Objectif : préparer des rapports sur la
situation des droits de l’homme dans ces pays et aider leurs
gouvernements à développer ce domaine. Human Rights Watch œuvre
en Egypte depuis 1995 et cherche actuellement à obtenir une
accréditation auprès du gouvernement pour pouvoir avoir un statut
légal conformément à la loi égyptienne sur les ONG. Les responsables
de l'organisation tentent d'avoir cette accréditation pour éviter
les difficultés qu'ils rencontrent à chaque fois qu'ils veulent
obtenir les informations nécessaires pour la préparation des
rapports. En fait, les instances gouvernementales refusent de
fournir des informations à toute association étrangère. C'est
pourquoi Human Rights Watch a souvent recours aux organisations
nationales de défense des droits de l’homme pour obtenir les
informations nécessaires à ses rapports. L'organisation internationale
veut créer un bureau permanent pour pouvoir recruter du personnel
et apporter le matériel nécessaire à l'élaboration de ses rapports.
Par exemple, il ne sera pas possible que Human Rights Watch
fasse partie de l’alliance formée par un nombre d'organisations
égyptiennes pour les droits de l’homme qui vont suivre le déroulement
des élections. Toutefois, l'association est déterminée à publier
des rapports sur toute éventuelle infraction durant le processus
électoral.
En fait,
le vrai problème réside dans le fait que cette organisation
internationale, plus précisément américaine, veut s’intégrer
dans la société civile égyptienne et préparer des rapports sur
les infractions aux principes des droits de l’homme que commet
le gouvernement. La société civile est divisée sur l’efficacité
de la présence de cette organisation. Un premier groupe refuse
catégoriquement l’existence permanente de cette organisation
étrangère. Selon Bahieddine Hassan, directeur de l’Institut
du Caire pour les études des droits de l’homme, l’Egypte renferme
déjà 22 organisations nationales œuvrant dans ce domaine et
qui jouent le rôle que veut se donner Human Rights Watch. «
Cette organisation n’ajoutera rien de nouveau dans ce domaine,
surtout qu'elle est d’origine américaine. Même si elle obtient
un statut légal, elle sera gérée par une administration américaine
et financée par les Etats-Unis. Ce qui est rejeté par la société
civile et par le gouvernement », estime Bahieddine. Il en est
de même pour Abdel-Ahad Gamaleddine, chef de la commission des
droits de l’homme au Parlement. Selon lui, ces organisations
étrangères doivent être rejetées par la société civile, car
elles ressemblent plutôt à des organisations d’espionnage visant
à intervenir dans les affaires internes du pays et à transmettre
à l'étranger des informations sur l’Etat. « C'est très dangereux,
surtout que cette organisation œuvre dans un domaine très sensible
qui touche à des affaires privées comme la situation des prisonniers,
des coptes, des fonctionnaires, des femmes et des enfants »,
explique Gamaleddine. Et d’ajouter : « Les rapports publiés
par les organisations égyptiennes des droits de l’homme ont
un intérêt public : aider le pays à mettre fin aux infractions
aux principes des droits de l’homme. Or, ce n’est pas le cas
de ces organisations car leurs rapports seront publiés à l’étranger.
N’est-ce donc pas une sorte d’espionnage et une intervention
dans les affaires intérieures du pays ? ». Mohamad Massoud,
membre dans la commission des droits de l’homme au Parlement,
va encore plus loin. Selon lui, ces organisations plaident pour
des principes qui contredisent la religion et les traditions
du pays. « Ces organisations peuvent par exemple demander à
l’Egypte de donner des droits aux homosexuels. Ce qui a effectivement
eu lieu lors du procès de 55 homosexuels arrêtés au Queen's
Boat au Caire où des organisations internationales ont condamné
le jugement de ces jeunes. Or, ceci n'est pas du tout accepté
dans notre société », insiste Massoud.
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Le gouvernement unanime
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L’autre groupe
des organismes des droits de l’homme exprime un point de vue
différent. Il est d’accord sur la présence de cette organisation
en Egypte. Hafez Abou-Seada, président de l’Organisation Egyptienne
des Droits de l’Homme (OEDH), explique que Human Rights Watch
a joué un rôle important dans plusieurs procès où elle a dévoilé
au monde entier de nombreuses infractions américaines vis-à-vis
des droits de l'homme. « Par exemple, cette organisation a joué
un rôle efficace pour dévoiler les infractions des soldats américains
contre les prisonniers iraqiens dans la prison d’Abou-Gharib.
En plus, elle essaye d’obtenir des Etats-Unis des indemnisations
en faveur de ces victimes. Elle a publié également plusieurs
communiqués dans lesquels elle a dénoncé les infractions israéliennes
contre les Palestiniens », explique Abou-Seada. Le même avis
est partagé par Gasser Abdel-Razeq, ancien directeur du Centre
Hicham Moubarak pour les droits de l’homme. Selon Abdel-Razeq,
cette organisation ne devrait pas être considérée comme une
instance d’espionnage car elle est reconnue par les Nations-Unies.
De même, elle présente des rapports objectifs et impartiaux.
« L’objectif de cette organisation n’est pas l’espionnage, mais
plutôt jouer un rôle d’évaluation de la situation des droits
de l’homme dans le pays. Puis de demander au pays d'améliorer
la situation », assure Abdel-Razeq. Il ajoute que les organisations
égyptiennes œuvrant dans le domaine des droits de l’homme peuvent
profiter de l’existence de cette organisation internationale
qui a plus d’expérience.
Du côté du gouvernement,
le refus de la présence de cette instance étrangère est unanime.
Selon des responsables au ministère des Affaires sociales, la
loi 84 de l’année 2002 sur les ONG interdit la création en Egypte
de branches d'organisations étrangères ayant des activités politiques.
« Depuis 2003, de nombreuses mesures ont été prises afin d’améliorer
le dossier des droits de l’homme telles que la création d’un
conseil des droits de l’homme, l’annulation des cours militaires
d’urgence et la reconnaissance officielle de l’OEDH et de plusieurs
autres organisations de défense des droits de l'homme. Ces mesures
montrent que l’Egypte est sur la voie de la réforme politique
nécessaire. Quelle est la mission exceptionnelle que fera cette
organisation en Egypte ? », demande Ibrahim Al-Tahhane, responsable
de la direction centrale pour les ONG au ministère des Affaires
sociales. Il ajoute que les ministères des Affaires sociales
et de l’Intérieur refusent d'avoir des contacts avec cette organisation
ou de lui fournir des informations. « Ces organisations ont
raison d'être dans des pays qui souffrent d'infractions flagrantes
comme l’Iraq et les territoires palestiniens occupés où le dossier
des droits de l’homme est complètement négligé », insiste Al-Tahhane.
Devant cette vague
de refus, Human Rights Watch n’a plus qu'à suivre le même parcours
de l’OEDH qui a été accréditée après 18 ans de lutte . |
Marianne Youssef |
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| Fadi
Al-Qadi, porte-parole de Human Rights Watch en Egypte, explique
ce qu’envisage l’organisation internationale. |
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« Nous sommes prêts à déployer
tous nos efforts pour améliorer les droits de l'homme »
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Al-Ahram
Hebdo : L'organisation que vous représentez
tente depuis la
moitié des années 1990 d’avoir un bureau permanent en Egypte
mais sans résultat. Pourquoi ?
Fadi Al-Qadi :
La première difficulté qui
s'est posée était le nombre impressionnant de documents et de
papiers demandés pour présenter une demande de création d’un
bureau en Egypte. Par exemple, des documents concernant des
détails sur notre organisation, ses activités, ses branches
dans le monde, la date de sa création, etc. Cette exigence a
retardé la présentation de notre demande pour une durée de trois
mois. Après avoir préparé ces documents, nous les avons présentés
à deux instances gouvernementales : le ministère des Affaires
sociales et celui de l’Intérieur. On nous a alors demandé des
documents supplémentaires. Nous devons attendre encore trois
mois. Mais, même quand nous aurons fourni tout ce qui nous est
demandé, on ne s’attendra pas à une accréditation rapide.
— Human Rights
Watch n’a aucun siège dans les autres pays arabes, pourquoi
a-t-elle choisi l’Egypte pour en créer un ?
— Parce que l’Egypte
a une position privilégiée parmi les pays arabes. Avoir un bureau
permanent en Egypte encouragerait les autres pays arabes à accepter
notre présence chez eux. On ne vise pas, comme certains le pensent,
de faire des rapports d’espionnage et de les publier à l’étranger.
Mais on veut avoir une présence dans les pays arabes pour les
aider à améliorer la situation des droits de l'homme.
— Face aux difficultés
rencontrées, l’organisation pourrait-elle revenir sur l’idée
d'avoir un bureau en Egypte ?
— Nous savons que
la route est encore longue. Il y a des organisations étrangères
qui œuvrent en Egypte dans les domaines de la santé, de l’enfance
et de l’environnement et qui ont un statut légal. Mais ce qui
rend notre situation critique est qu’on nous considère comme
étant une organisation ayant une activité politique. Mais il
faut que les gens sachent que tout comme ces organisations étrangères
présentent des programmes pour le développement dans le domaine
de la santé ou de l'environnement, notre organisation peut présenter
des programmes pour l’amélioration de la situation des droits
de l’homme en Egypte. Nous sommes prêts à déployer tous nos
efforts pour aller dans ce sens.
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Propos recueillis
par M. Y. |
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