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Manifestation. Près de 2 000 personnes, majoritairement des jeunes du Mouvement Kéfaya, ont défilé jeudi dernier au Caire exigeant de l’emploi au gouvernement.

La jeunesse réclame son droit au travail

« Assez de chômage ». « Assez de corruption ». « Assez de piston » « Je veux du travail ». Ce sont les slogans scandés lors de la dernière manifestation organisée, jeudi 14 juillet, par le Mouvement populaire pour le changement Kéfaya (ça suffit). Connu depuis sa création en décembre 2004, c’est la première fois que le mouvement Kéfaya mobilise ses membres pour protester contre une question sociale. Environ 2 000 jeunes venant des quatre coins de l’Egypte, étaient rassemblés, à 18h, à la place Abdine, au centre-ville du Caire. « Je n’ai jamais participé à une manifestation. Mais quand j’ai su qu’il y en aura une au Caire organisée en faveur des chômeurs, je n’ai pas hésité à venir pour faire entendre ma voix aux responsables », souligne Waël Riyad, chômeur de 33 ans. Depuis le gouvernorat de Damiette, à Delta, Riyad est venu protester avec une vingtaine de ses collègues. Ils ont obtenu leur licence de la faculté des lettres en 1995. Depuis, ils sont au chômage après de multiples et vaines tentatives pour trouver du travail. « Nous avons frappé aux portes des secteurs privé et public. A chaque fois il fallait un piston pour obtenir un poste. Nous en avons assez, c’est pourquoi nous sommes venus manifester notre colère. C’est notre dernier recours », lâche Mohamad Abdel-Samie, venant du Fayoum. Abdel-Samie est au chômage depuis 5 ans, pourtant il est en charge d’une famille de quatre membres après la mort de son père.

A 18h, une centaine de manifestants ont réussi péniblement à s’infiltrer malgré les cordons installés par la police. Des centaines de milliers d’agents de police anti-émeutes étaient mobilisés depuis le matin à la place Abdine pour empêcher le rassemblement. Toutefois, le nombre de manifestants n’a cessé d’augmenter. En une heure, la place a rassemblé plus d’un millier de personnes. Des affrontements ont eu lieu entre les manifestants et la police. Cela n’a pas empêché un bon nombre de citoyens de rejoindre les manifestants. « Laissez-nous passer. Ça suffit. On en a marre. Chaque foyer contient aujourd’hui un ou deux chômeurs au moins. Qu’attend le gouvernement pour mettre un terme à cette catastrophe ? », s’insurge Madiha, mère de deux chômeurs, diplômés d’universités. « Dites à Al-Ammaoui (NDLR : ministre de la Main-d’œuvre), que les jeunes passent leur temps dans les cafés », poursuit-elle.

Des personnes handicapées ont aussi assisté à la manifestation. L’une d’elles a été enlevée avec sa chaise roulante par les manifestants tenant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Chef, je veux travailler », « Où sont les emplois promis aux handicapés ? » en faisant allusion à la loi stipulant de consacrer 5 % des emplois aux handicapés. « Je suis venu d’Assouan pour réclamer un droit. Je ne trouve pas de travail. On refuse de m’embaucher dès qu’on découvre mon handicap », dénonce Ahmad Abdel-Wadoud, 25 ans.

Mais les chômeurs n’étaient pas les seuls à manifester jeudi dernier. 500 professeurs du gouvernorat de Charqiya étaient aussi présents. « Après avoir passé des années dans des écoles où nous travaillions avec des contrats à durée déterminée, nous avons été renvoyés sans aucune raison. Nous sommes devenus chômeurs. Comment pouvons-nous survivre et subvenir aux besoins de nos familles alors que nous n’avons ni emploi, ni revenu ? », signale Abdel-Hamid Arafa, professeur.

Des étudiants sont également venus soutenir les manifestations. « Quand j’obtiendrai mon diplôme, je ne trouverai sans doute pas d’emploi. Je viens protester pour défendre mon avenir », souligne Mohamad Chawqi, étudiant à l’Académie maritime. Vêtu d’une chemise jaune sur laquelle est écrit « Assez de chômage », Chawqi et ses collègues se sont mis face aux agents de police. Ils crient : « Laissez-nous défendre notre procès. Le travail est pour nous une question de vie ou de mort ».


Chômage et criminalité

Ce qui distingue cette manifestation des autres est la quasi-absence de cadres et la forte présence de jeunes. « C’est la catégorie la plus touchée par le problème du chômage. Ce sont eux qui doivent protester. Il faut que les autorités entendent leur voix et leurs requêtes », exprime Magdi Hussein, sous-secrétaire du parti du Travail suspendu. Il rejette les déclarations officielles affirmant que le taux de chômage est évalué en Egypte à 1,5 million de personnes. « Je dis aux autorités que le nombre de chômeurs s’élève aujourd’hui à 10 millions de personnes. Ceci va de pair avec une augmentation du taux de criminalité et de violence. C’est ce qu’on récolte de la politique de la privatisation et du capitalisme adoptée par le régime actuel. Qu’attend le président pour quitter sa place ? Ça suffit, 24 ans de présidence, 24 ans d’échec, 24 ans de corruption », déclare Hussein, protestant contre un éventuel nouveau mandat du président Moubarak. De son côté, Kamal Khalil, organisateur de Kéfaya, affirme que dorénavant le mouvement va protester contre des questions sociales aussi bien que démocratiques. « Les citoyens pensent que le mouvement réclame uniquement des réformes politiques. Or, ces questions ne préoccupent pas les défavorisés. Nous allons désormais manifester en faveur de ces personnes dans les quartiers populaires en dénonçant tous les problèmes sociaux », commente Khalil. A 20h, les manifestants ont commencé à quitter les lieux. Ils promettent de protester bientôt contre la politique de santé publique du gouvernement.

Héba Nasreddine

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