C’est au cours
du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Indonésie,
le 17 août prochain, que sera signé un accord de paix historique
entre le gouvernement indonésien et les rebelles séparatistes
du Mouvement Aceh libre (GAM). En effet, à la suite d’un cinquième
cycle de négociations tenu à Helsinki, la capitale finlandaise,
vendredi et samedi derniers, les délégations du Mouvement Aceh
libre et du gouvernement indonésien se sont mises d’accord sur
un traité de paix de principe qui doit ramener la paix dans
la province indonésienne d’Aceh. Le traité de paix établira
une solution pacifique et substantielle mettant fin à un conflit
ayant fait quelque 15 000 victimes depuis la naissance de la
guérilla séparatiste en 1976. « Nous avons atteint une compréhension
mutuelle sur l’ensemble des points contenus dans le protocole
d’accord. Naturellement, certains points doivent encore faire
l’objet de discussion », a déclaré le ministre indonésien de
la Communication, Sofyan Djalil. Ce qui laisse sceptiques un
certain nombre d’observateurs d’autant plus que des obstacles
restent à franchir d’ici la signature officielle de l’accord
de paix. De même, aucun détail de l’accord n’a été rendu public.
Les négociateurs des deux côtés indiquent simplement que le
texte, censé être rédigé par la Crisis Management Initiative
(CMI) qui a organisé les négociations et qui est dirigée par
l’ex-président finlandais Martti Ahtisaari, concernera la gouvernance
de la province d’Aceh et plus précisément la participation politique
des rebelles, les questions des droits de l’homme, l’amnistie,
la réintégration des rebelles dans la société, les problèmes
de sécurité et les différends territoriaux. Autant de questions
délicates auxquelles s’ajoute celle de la démilitarisation de
la province. Ce sujet a d’ailleurs occupé une place cruciale
au cours des négociations. « Une fois le désarmement achevé,
les TNI (Forces armées indonésiennes), n’auront plus besoin
de rester très longtemps à Aceh, et un plan (fixant les modalités
de l’accord) a été approuvé par les parties », a indiqué le
vice-président indonésien, Yusuf Kalla. Par ailleurs, la question
de la participation politique reste « la plus disputée », selon
Sofyan Djalil. « Les Indonésiens ont reconnu en principe la
nécessité d’avoir des partis politiques à Aceh, mais ils disent
que cela ne peut se produire immédiatement », a indiqué Nur
Djuli, l’un des négociateurs du GAM. Cette question épineuse
irrite les autorités indonésiennes d’autant plus qu’elle peut
constituer une atteinte à la Constitution indonésienne qui exige
des formations politiques qu’elles aient leur siège à Jakarta
et soient représentées dans au moins la moitié des 32 provinces
du pays. Pour sa part, le GAM conditionne tout règlement plausible
du conflit à la démocratisation de la province et au droit de
former des partis politiques sans représentativité nationale.
Les deux parties
se sont en outre mises d’accord sur la nécessité de créer une
mission de surveillance pour la mise en place de cet accord
qui devait être dirigée par l’Union Européenne (UE) et un certain
nombre d’Etats asiatiques, ce qui marque une nouvelle intention
décisive de donner un nouvel élan au processus de paix. « Si
tout va bien, nous serons prêts à envoyer des observateurs dès
que l’accord sera signé », a déclaré Cristina Gallach, porte-parole
du Haut Représentant pour la politique étrangère de l’UE, Javier
Solana. Ce dernier devrait se rendre en Indonésie la semaine
prochaine, a-t-elle ajouté.
Reste à espérer
que d’ici la mi-août, les deux parties parviendront à régler
les questions en suspens. Pour cela, il faudra sans doute que
la communauté internationale, qui n’a commencé à se pencher
à cette question qu’à la suite du tsunami du 26 décembre dernier,
continue à exercer des pressions dans ce sens.
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