Londres,
De notre correspondante —
On
pensait que l’enquête serait lente et difficile, elle a pourtant
bien avancé avec l’identification des auteurs des attentats
de Londres. Il s’agit de 4 personnes : 3 jeunes Britanniques
d’origine pakistanaise (Shezhad Tanweer, Mohammad Sidique
Khan et Hasib Hussain). Le quatrième, Lindsay Germaine, est
un Britannique d’origine jamaïcaine, converti à l’islam. Selon
les premiers éléments de l’enquête, l’explosif utilisé est
de type artisanal et non militaire comme on l’avait annoncé
au lendemain des attentats. Scotland Yard indique qu’il s’agit
bien du TATP (Triacétone Triperoxyde), une matière pratiquement
indécelable même par les chiens et dont tous les ingrédients
sont vendus au supermarché. Le TATP a déjà été utilisé par
Richard Reid, le Britannique qui avait tenté de faire exploser
ses chaussures, bourrées de cet explosif, à bord d’un vol
Paris-Miami en 2001.
Cette
information renforce donc la piste d’un lien avec Al-Qaëda.
Ainsi, selon le Sunday Independent, Mohammad Sidique Khan
aurait été identifié sur photographie par un autre membre
présumé d’Al-Qaëda, détenu dans une prison américaine et poursuivi
pour terrorisme. Cet homme, précise le journal, avait été
arrêté peu de temps après une réunion au sommet de dirigeants
« qaëdistes » à Lahore, au Pakistan.
Le
premier ministre britannique, Tony Blair a, lui aussi, accusé
samedi « l’idéologie du mal » d’Al-Qaëda d’être responsable.
En
outre, le patron de Scotland Yard, Ian Blair, a reconnu officiellement
que les attentats étaient l’œuvre de kamikazes. La police
ayant identifié les quatre poseurs de bombes présumés a tenu
à préciser : « nous pensons qu’ils sont tous morts », alors
que les responsables de la police s’étaient gardés jusque-là
d’employer le terme « d’attentats suicides ». En fait, l’idée
qu’un Britannique qui se fasse sauter au milieu de ses concitoyens
échappe encore à beaucoup d’observateurs ici. Cela dit, la
police craint que d’autres islamistes qui n’ont jamais été
repérés par les services de renseignements puissent être prêts
à agir à leur tour.
La
stupeur prévaut en Grande-Bretagne face à ces attentats «
home made ». Il s’agit de « jeunes réislamisés qui ne se reconnaissent
pas dans l’islam pakistanais traditionnel, ni le mode d’intégration
britannique », estime Dominique Thomas, auteur du Londonistan,
la voix du djihad. Pour Thomas, il y a de fortes probabilités
pour qu’il s’agisse de militants radicaux et marginalisés
qui ont appliqué des directives générales lancées par les
prédicateurs mais agi sans contact, et surtout sans se soucier
des conséquences sur les autres groupuscules.
Reste
à savoir comment ces jeunes, nés et élevés en Angleterre,
se sont trouvés happés par une logique djihadiste internationale.
Dans ce sens, les efforts de Scotland Yard se concentrent
désormais sur leur chef. « Nous cherchons qui les a encouragés,
qui les a formés, qui est l’artificier et qui est le banquier
», a expliqué le chef de Scotland Yard.