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Cinéma.
La toute récente union entre trois grandes boîtes deproduction
égyptiennes soulève la question des sommes colossales versées
aux acteurs. |
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La folie des grandeurs
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En moins d’une décennie, le paysage du cinéma
égyptien a beaucoup changé. Plusieurs sociétés de production
ont vu le jour et plusieurs nouvelles stars ont envahi le marché.
Aussi, de nouvelles entités cinématographiques ont émergé avec
comme seuls propriétaires des hommes d’affaires. Ces boîtes,
dont le budget s’élève à 200 millions de L.E., produisent des
films dont le coût dépasse parfois les 15 millions de L.E. On
parle aussi de recettes autour de 30 millions de L.E. et de
stars dont les cachets galopants atteignent 4 et 5 millions.
Cet été, on vient d’assister à un phénomène
typiquement hollywoodien : trois boîtes de production égyptiennes
(Al-Nasr, Al-Massa et Oscar) ont décidé de coopérer ensemble
pour partager les risques de la production, compte tenu des
cachets mirobolants exigés par les stars.
Cette coopération tripartite vise également
à doubler le nombre des films produits chaque année. D’ailleurs,
le producteur et distributeur Mohamad Hassan Ramzi, président
de la société Al-Nasr, fait souligner : « Cette tendance à s’unir
peut être assez fructueuse. Elle vise d’abord à doubler le nombre
des productions égyptiennes chaque année, puisque le coût de
la production sera divisé par trois ou quatre. Ainsi, pourra-t-on
contrer l’hégémonie de certaines entités émergentes ou de certains
hommes d’affaires qui monopolisent le marché ».
Et d’ajouter : « On pourra aussi partager
les risques de l’échec. N’importe quel film peut ne pas rencontrer
le succès prévu, en dépit de sa valeur artistique ou de son
contenu. Ceci devient monnaie courante, notamment à l’heure
des satellites et des DVD, lesquels ont changé le goût et l’intérêt
du public. Il suffit d’avoir une idée sur les cachets des stars
pour tenir compte des risques que nous rencontrons ».
Il s’agit d’une justification tout à fait logique,
sachant que l’acteur principal d’un film quelconque peut exiger
un cachet mirobolant et ne remporter que des recettes médiocres.
Bref, dans ce marché, rien n’est garanti.
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Cachets faramineux
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Lorsque la chanteuse et comédienne Leïla Mourad
a touché 12 mille L.E. en 1955 pour jouer dans le film Al-Habib
al-maghoul (Le Bien-aimé inconnu) de Hassan Al-Seifi, elle a
été considérée comme la star la mieux payée du cinéma. Quelques
années plus tard, le comédien Adel Imam exigeait 2 millions
par film (1990). Et peu de temps après, le jeune Mohamad Héneidi
a empoché 5 millions pour son film Hammam à Amsterdam. « C’était
un cachet logique et juste pour un comédien dont le film a remporté
25 millions », défend Mohammad Al-Adl, producteur du film.
Si les sommes gagnées par Héneidi diminuent
sensiblement, de 3 millions dans Foul Al-Sine al-azim à 2,5
millions pour son film qui passe actuellement dans les salles
Yana ya khalti (Ou moi ou ma tante), Mohamad Saad, quant à lui,
voit ses ambitions revenir à la hausse. Alors qu’il avait touché
100 mille L.E. pour son film Al-Lem
qui a enregistré les recettes les plus élevées
de l’histoire du cinéma égyptien, (30 millions de L.E.), Mohamad
Saad a perçu 4 millions de L.E. pour son nouveau film Bouha,
qui est au passage l’une des productions du trio : Al-Nasr,
Al-Massa et Oscar.
« Pour pouvoir répondre aux demandes des stars,
il faut disposer d’une somme colossale, outre le coût de la
production générale », affirme Mohamad Safouat, l’un des responsables
de la société Al-Massa.
Loin des cachets faramineux qui varient en
fonction du box-office, les jeunes comédiens touchent moins.
Mona Zaki, l’actrice la mieux payée de sa génération,
a touché 500 mille L.E. pour son rôle dans Ahlam omréna (Les
Rêves de notre vie), alors que d’autres, comme Hanane Tork,
Ahmad Al-Saqqa, Hani Salama, Moustapha Chaabane et Ahmad Ezz
prennent entre 200 et 800 mille. En fait, tout dépend de leurs
derniers succès. Le comédien Hassan Hosni a fixé sa demande
pour un film à 150 mille L.E. De quoi encourager les producteurs
à recourir au talent indéniable de Hosni, pour des films majoritairement
comiques.
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Une nouvelle règle
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Alors que le Syndicat des cinéastes et la Chambre
du cinéma ne se sentent pas concernés par cette flambée des
prix, considérant qu’il s’agit « d’un rapport privé entre le
comédien et le producteur », les producteurs ont commencé à
imposer une nouvelle règle. Celle-ci lie en effet le montant
des cachets et les recettes du film en question.
De coutume, le cachet du comédien en Egypte
est réparti en deux : prix officiel et prix sous la table, selon
le jargon des cinéastes. Une part est mentionnée dans le contrat
et l’autre n’y est pas afin d’échapper aux impôts. Les producteurs
ont alors décidé d’attribuer cette deuxième part « illicite
» en fonction des recettes.
« Réaliser de 1 à 10 millions de L.E. garantit
à la star son premier million. Au cas où le film réaliserait
des recettes de 10 à 15 millions, la star aurait droit à un
deuxième million. A partir de 20 millions, le comédien est à
3 millions de L.E. Et après les 25 millions, on donne au comédien
tout ce qu’il demande », indique Mohamad Hassan Ramzi qui pense
ainsi pouvoir freiner la folie des cachets. Mais au-delà de
cette extravagance du marché, il y a la médiocrité du niveau
artistique que nul ne s’aventure à affronter ou à justifier
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| Petit
budget pour grandes idées |
| Les comédiennes
Salwa Khattab et Intissar viennent de lancer une nouvelle société
de production ayant pour but de privilégier la qualité au mépris
de l’aspect commercial. |
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« C’est un projet
tant rêvé ! », lance la comédienne Intissar, sur un ton plein
de fierté et de joie, avant d’ajouter : « J’ai tant aspiré à
prendre un jour part à l’industrie du cinéma en Egypte et à
ne pas me contenter de mon rôle de comédienne. Un pareil projet
ne peut pas attirer une comédienne qui est encore à ses débuts.
Car de toute façon, la production exige aujourd’hui beaucoup
d’argent et de risques. J’ai décidé de me lancer dans cette
expérience afin de concrétiser mon espoir de faire le cinéma
dont nous rêvons, ma génération et moi ». |
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Et justement, pour concrétiser ce rêve, elle
a eu recours à une amie de longue date qui n’est autre que la
comédienne Salwa Khattab. « Salwa Khattab partage les mêmes
soucis que moi, ceux d’une actrice qui souffre de la monotonie
d’un marché cinématographique qui ne s’intéresse qu’à certains
noms et qui en néglige d’autres », explique Intissar.
Au budget limité, leur nouvelle société de
production porte parmi ses objectifs de produire des films à
petits budgets, qui ne visent pas la compétition mais la qualité
cinématographique. Ils ne doivent pas se plier aux exigences
du cinéma commercial.
« Le but des films produits par notre société
sera de promouvoir les nouveaux talents et de privilégier les
œuvres de valeur. Pour ce faire, nous avons contacté des scénaristes
comme Béchir Al-Dik et Abdel-Hay Adib afin de nous préparer
à de nouveaux scénarios où de bons comédiens se partagent la
vedette », souligne Salwa Khattab.
Cherchant l’appui et le soutien des grands
artistes, cette nouvelle société s’intéresse aussi aux comédiens
oubliés, qui n’attirent pas forcément les producteurs. « Ces
grands artistes, tels que Kamal Al-Chennawi, Karima Mokhtar
ou Leïla Taher, contribueront aux œuvres produites par notre
société. Ils pourront nous guider de par leur expérience »,
dit Intissar.
L’enthousiasme de ces deux initiatrices les
a en fait poussées à contacter certains distributeurs, pour
négocier la possibilité de projeter leurs productions à l’étranger.
Fascinées par le caractère et l’expérience
de certaines productrices d’antan comme Asia, Madiha Yousri
et Samira Ahmad, les deux comédiennes espèrent prendre la relève.
Peut-être un jour, disent-elles, on assistera au retour en force
des femmes dans le domaine de la production cinématographique.
« A part Nahed Farid Chawqi, Samira Ahmad et
Leïla Eloui, il n’y a malheureusement plus de productrices égyptiennes
sur scène. Pourtant, les productrices avaient fait preuve d’une
grande compétence et ont remporté beaucoup de succès. Nous espérons
pouvoir suivre leurs pas, en présentant des œuvres de valeur.
La scène artistique doit être parsemée de petits producteurs
indépendants à même de présenter une autre catégorie de films
.
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| Y. M.
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