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Théâtre.
Dans sa pièce intitulée Cheikh Mahdar (Le cheikh qui exorcise
les démons), Saïd Soliman s’inspire de l’œuvre de Lorca
Noces de sang, en transposant en Haute-Egypte les rites
gitans d’Andalousie. |
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Fête sanguinaire
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L’amour,
la vengeance et la mort … Trois mots violents qui sont
souvent associés aux mœurs et traditions populaires.
Ce sont d’ailleurs les thèmes principaux de la pièce
Cheikh Mahdar (Le cheikh qui exorcise les démons), mise
en scène par Saïd Soliman, d’après l’œuvre de Lorca
Noces de sang (1933). L’écrivain espagnol Frederico
Garcia Lorca s’est inspiré d’un fait divers survenu
dans la province d’Almeria en juillet 1928. La veille
de son mariage, la fille d’un fermier s’enfuit avec
son cousin. Ce dernier sera tué par le frère de la fille,
qui les poursuivra afin de venger son honneur. L’œuvre
écrite par Lorca puise dans la culture gitane d’Andalousie
avec ses rapports sociaux assez rigoureux. La vengeance
s’organise autour d’une fête qui tourne en un affrontement
sanglant.
Dans Cheikh Mahdar, l’histoire de ve ngeance
s’adapte aux traditions égyptiennes de la Haute-Egypte.
Le metteur en scène a opté pour une version égyptienne
qui soit populaire. « J’ai déjà monté Noces de sang
en 1999, respectant fidèlement le texte intégral. Il
s’agissait d’une production de l’Organisme des palais
de la culture. Cette fois-ci, le spectacle a été préparé
afin de se donner dans le cadre du dernier Festival
expérimental, il y a un an. J’ai voulu créer un spectacle
égyptien folklorique et populaire. Et l’œuvre de Lorca
se rapprochait du patrimoine égyptien de par son ambiance
gitane », souligne Saïd Soliman, lequel a cherché durant
les dernières années à allier ses spectacles au patrimoine
et au folklore égyptiens.
On remarque que le titre de la pièce
fait allusion aux rites du zar (danse pour exorciser
les démons) et au charlatanisme répandu dans les milieux
populaires. « Le titre est emprunté à une rengaine répétée
pendant les séances du zar, faisant appel au cheikh
qui a le talent d’exorciser les démons et de révéler
les personnes possédées par un djinn. C’est une sorte
d’invitation à dévoiler les secrets intimes », indique
Soliman qui a choisi de transposer sur scène les pratiques
rurales du mariage et de la vengeance, à travers une
gestuelle assez symbolique. Par exemple, on assiste
à une séance où la jeune mariée se livre à des mains
expertes, préparant son bain de noces. Allongée sur
son lit, sa belle-mère et les autres femmes de la famille
examinent son corps en lui mettant du henné. Elle se
retrouve alors comme dans une cellule de prison. Sa
manière de bouger le corps au ralenti reflète une souffrance
inouïe. La scène de confrontation entre l’amant et le
fiancé cocu n’est qu’une scène de danse folklorique
très répandue en Haute-Egypte. Ils livrent un combat
à travers al-tahtib (la danse du bâton opposant deux
adversaires).
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Un instrument pour chaque personnage
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Il est évident que le metteur en scène
a préféré limiter le dialogue entre les personnages, favorisant
la gestuelle et le jeu des regards. Les comédiens utilisent
un langage à mi-chemin entre le dialectal et le classique
en insistant parfois sur l’accent de la Haute-Egypte.
A travers cette version égyptienne, Saïd Soliman a conservé
le langage poétique du texte de Lorca, grâce à la traduction
de Hassan Mekki et Abdel-Rahmane Badawi, conférant au
spectacle un aspect sacré, mélancolique et tragique.
Cette ambiance est renforcée par des
éléments typiquement égyptiens, à travers le décor, la
musique et les costumes. On retrouve par exemple sur scène
des coffres en bois servant à ranger le trousseau de la
mariée. La couleur de la tenue vestimentaire des villageois
varie entre le noir, toujours porté par la belle-mère
(symbole de la rancune et du deuil), le blanc de la mariée
(symbole de l’amour) et le gris que met l’amant ou le
fiancé (symbole du tiraillement entre amour et vengeance,
bien et mal).
La musique et les différents rythmes
africains attribuent un instrument à chacun des personnages.
Les comédiens eux-mêmes font sentir leurs émotions et
leurs caractères par le biais des instruments. La belle-mère
est une veuve aigrie qui joue du tambour. Elle déclare
ainsi sa colère et son aspiration à la vengeance. La flûte
orientale (nay) traduit les sentiments mélancoliques de
la bien-aimée, victime des traditions ancestrales.
Une odeur d’encens embaume les lieux.
Un éclairage sombre laisse planer le suspense. Et les
bougies sont souvent utilisées pour les noces ou les obsèques
comme dans le texte original.
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| May Sélim
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Cheikh Mahdar, mise en scène de Saïd Soliman,
tous les soirs, à 22h. Jusqu’au 24 juillet, au théâtre Al-Ghad,
Agouza. Tél. : 304 31 87.
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