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Libye. Les autorités veulent licencier la main-d’œuvre étrangère pour donner la préférence à leurs nationaux. Le gouvernement égyptien redoute un retour massif de près d’un million de ses ressortissants.
Main basse sur l’emploi

Le retour, fin 2004, de 8 000 Français installés en Côte-d’Ivoire avait été vécu comme une catastrophe pour la France. Quelle sera donc l’ampleur du désastre pour le gouvernement Nazif après la décision libyenne de licencier près d’un million de salariés égyptiens avant la fin de cette année ? La volonté libyenne de substituer ces travailleurs étrangers par des nationaux préoccupe en effet au plus haut point l’Egypte en raison du danger social encouru par le retour massif de ses citoyens. Il est vrai qu’une telle annonce de la part des autorités libyennes a déjà été formulée à plusieurs reprises ces 20 dernières années. Mais cette fois, elle semble irrévocable.

C’est sans considération aucune pour ses relations traditionnelles avec les marchés arabes, et entre autres le marché égyptien, que la Libye a décidé de suivre un programme bien tracé de développement et d’amélioration de ses indicateurs macroéconomiques. La baisse du taux de chômage, qui a atteint 30 % en 2003/2004, d’après les statistiques du rapport annuel de la CIA, est la priorité du programme. D’où la décision de remplacer les non-nationaux par des Libyens pour plaire à ses nouveaux partenaires, les pays occidentaux. « La décision libyenne de licencier les ouvriers égyptiens vient achever une série de mesures arbitraires adoptées par le gouvernement libyen contre l’Egypte. Au début, la Libye a décidé de diminuer ses importations égyptiennes. Ensuite, elle a imposé de sévères normes de qualité aux exportations égyptiennes pour compliquer la concurrence avec les multinationales sur le marché libyen », explique Mohamad Aboul-Einein, président de la Chambre économique égypto-libyenne. Et d’ajouter que la Libye vise à s’intégrer aux marchés internationaux et rejoindre l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Aboul-Einein relate par ailleurs que le gouvernement libyen, pour se justifier, a récemment déclaré que les ouvriers égyptiens manquaient de qualification et étaient peu performants, ce qui ne répond pas aux nouvelles orientations de la Libye.

Le licenciement d’un million de salariés égyptiens en Libye permettra certes de réduire son taux de chômage. Mais il augmentera sans nul doute celui de l’Egypte qui a déjà atteint 11 % en 2003/2004, selon le CAPMAS (Organisme central de mobilisation et des statistiques), voire 22 % selon des études indépendantes. « Le gouvernement égyptien doit donc chercher rapidement des solutions pour intégrer ces travailleurs dans l’économie nationale égyptienne. Le problème est plus grave qu’on ne l’imagine, puisque le nombre réel d’employés égyptiens en Libye dépasse les 2 millions. Ils sont arrivés dans ce pays après la vente des entreprises du secteur public en Egypte. Ils n’avaient pas besoin de visa ces deux dernières années pour s’y installer, contrairement aux pays du Golfe. C’est ce qui les a attirés », s’alarme un des travailleurs égyptiens de Libye actuellement en vacances dans son pays.

Si certains experts prévoient cependant que cette décision ne verra pas le jour en raison de la sous-qualification des Libyens et leur incapacité à remplacer les Egyptiens moins coûteux, les indices soulignent le contraire. Notamment après l’échec de la mission égyptienne qui s’est rendue en Libye la semaine dernière, afin de convaincre les responsables de changer d’avis. La seule concession décrochée a été d’accorder aux Egyptiens un délai supplémentaire de 2 mois pour régler leurs affaires avant de quitter le pays ... C’est pourquoi « le gouvernement égyptien est sommé de très vite chercher une alternative avec les marchés africains, les seuls à pouvoir absorber la main-d’œuvre excédentaire égyptienne », analyse un membre auprès du Conseil consultatif. Le casse-tête doit donc être résolu au plus vite, au risque d’amplifier la vague actuelle de mécontentement social .

Névine Kamel
Amani Ali

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