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Animatrice radio depuis plus de 50 ans, Fawziya Al-Mowaled s’est faite l’écho des préoccupations de ses auditeurs. Avec un leitmotiv : rester proche des gens simples.

La voix du peuple

Hiver 1947. Le vent siffle et envahit la classe de terminale du lycée Al-Amira Fawqiya (Princesse Fawqiya). Fawziya Al-Mowaled et Samiha Helmi tremblent de froid. Elles sursautent en entendant leur professeur franchir le seuil de la porte. « Vous devriez remplir ces formulaires précisant la faculté de votre choix », indique fermement l’enseignante. « Moi, j’opterai pour la faculté d’agronomie », répond Fawziya. « Moi aussi. Nous serons ensemble », s’empresse d’ajouter sa camarade Samiha Helmi. Le professeur calme leurs ardeurs en leur rappelant que cette université n’est pas ouverte aux filles. « La faculté devrait changer de réglementation », s’indigne alors Fawziya. Plus tard, cette lycéenne deviendra une éminente présentatrice radio.

Aujourd’hui, elle a presque la même voix résolue qu’auparavant. « J’ai fait partie de la première promotion de filles acceptées à la faculté d’agronomie », dit-elle pour rappeler une époque où chacun de ses acquis était perçu comme une victoire remportée. Fille de magistrat membre de l’Organisme suprême des théologiens, Fawziya Al-Mowaled a hérité de son père son ouverture d’esprit. « Mon frère aîné refusait mon adhésion à la faculté d’agronomie, alors mon père lui a dit de me laisser décider librement de mon avenir, comme il l’avait fait lui-même ». Et d’ajouter : « Ahmad pacha Helmi, le père de mon amie Samiha, avait catégoriquement refusé que sa fille rejoigne la faculté d’agronomie. Il a exigé qu’elle poursuive ses études à la faculté des sciences. Or, deux mois plus tard, elle a réussi à le convaincre. Toutes les deux, on était très persévérantes ». Fawziya Al-Mowaled narre agréablement le passé et explique ses choix. « Pour moi, cultiver signifie la vie. On sème les graines, pour avoir du blé, des fruits, des légumes, etc. ».

Première de sa promotion, elle a été obligée d’attendre près d’un an avant d’être désignée pour faire partie du corps enseignant. Elle qui déteste l’oisiveté, a alors passé son temps à dévorer les livres. « J’aime l’interaction, le contact avec les autres », souligne-t-elle d’un ton épanoui. Les années n’ont pas fait ternir son enthousiasme. Son histoire avec la radio reste un souvenir inoubliable. « L’idée de travailler à la radio me caressait l’esprit. C’était au moins pour profiter de mon temps libre ». Elle raconte comment elle s’est rendue aux locaux de la radio, située dans le temps à la rue Eloui, pour se présenter devant Hosni bey Naguib, président de la Radio et frère du comédien Soliman Naguib. « Alors, tu a un diplôme en agronomie ? Tu pourras aider tes collègues dans les programmes sur la vie champêtre », m’a-t-il dit. Mais Fawziya Al-Mowaled n’avait pas l’intention de faire de la figuration, elle voulait devenir animatrice. Après quelques mois de formation, elle obtient la chance de sa vie lorsque le vice-président de la Radio lui annonce qu’elle a été choisie pour présenter le programme Le Coin de la campagne à la place d’un collègue gravement malade. « Tous les programmes étaient diffusés en direct. Mais, je n’étais pas inquiète parce que j’ai reçu une éducation basée sur la confiance en soi et l’ambition. J’ai d’abord tenu à garder l’anonymat car j’avais peur que la faculté sache que j’avais déjà un poste en main ». La jeune Fawziya s’attelle alors à changer complètement le fond et la forme de l’émission. « Je me suis posé la question : comment peut-on parler à des villageois abandonnés alors qu’on vit à des kilomètres et des kilomètres loin d’eux ». Et d’ajouter : « Les médias en général doivent refléter une image sincère de ce qui se passe, chercher à résoudre les problèmes des gens et entrer en vive interaction avec eux ». Ainsi, au bout de quelques mois, Fawziya Al-Mowaled est devenue une « star sans visage ». « Après, j’ai décidé de révéler ma personnalité aux auditeurs et d’oublier le travail à la faculté. La radio est devenue pour moi comme l’agriculture : une vie. A travers le micro, j’ai pu entrer en contact avec les gens, leur apprendre des choses, améliorer leurs conditions de vie ... ».

En septembre 1952, la loi sur la réforme agraire est appliquée dans deux villages du gouvernorat de Daqahliya (dans le Delta). Fawziya Al-Mowaled ne pouvait en aucun cas rester les bras croisés. Micro en main, elle s’est rendue sur place. « J’ai fait un entretien avec Mohamad Gaafar, le premier fellah devenu propriétaire. J’ai décidé ensuite de suivre son cas tous les 3 ans. Au début, il a obtenu 2 feddans et une vache. Au bout de 3 ans, il a pu s’acheter deux autres feddans et une autre vache. J’ai été ravie quand il m’a accueillie dans sa nouvelle maison et m’a présenté ses enfants », raconte cette passionnée des médias dont le discours trahit sa personnalité radieuse et ses sentiments exubérants. Quelques années plus tard, la Syrie suit l’exemple de l’Egypte sur la réforme agraire. La présentatrice suit de près toutes les évolutions régionales et part pour la campagne syrienne. Elle invite Mohamad Gaafar à son voyage afin qu’il transmette son expérience aux villageois syriens. Son émission diffusée en direct a beaucoup de succès, et Al-Mowaled propose aux responsables égyptiens de consacrer un jour férié en hommage au paysan. C’est ainsi que le 9 septembre a été décrété fête du paysan. Devenue directrice de la radio Maa al-chaab (Avec le peuple), en 1959, elle a mis en place 85 études spécialisées d’audimat. La télévision devient ensuite un média de plus en plus convoité qui concurrence la radio. « Il ne s’agit pas de rivalité mais plutôt de complémentarité. En 1970, j’ai préparé une première émission interactive. Elle consistait à annoncer d’avance le sujet abordé. Un envoyé spécial était chargé de faire courir la nouvelle dans un village quelconque. Ensuite, il était censé distribuer aux habitants des formulaires à remplir pour connaître leurs opinions et les faire participer au débat. Ce programme hebdomadaire était diffusé pendant une demi-heure à la radio et un quart d’heure à la télévision », indique Fawziya Al-Mowaled. En 1975, elle a été choisie par l’Unesco en tant qu’experte en éducation et en développement à Paris où elle a passé un an et demi. De retour en Egypte, le ministre de l’Information à cette époque, Abdel-Qader Hatem, la convoqua, lui demandant de lancer une nouvelle radio réservée aux programmes culturels. En deux ans, Al-Mowaled met en place des émissions en tout genre qu’elle dirige jusqu’à la retraite.

La femme est une battante, elle se plaît dans le travail. Aujourd’hui, Al-Mowaled continue de présenter son émission Saqafat (Cultures) traitant de sujets divers. Elle continue également à observer et critiquer l’évolution de la radiodiffusion. « Quand j’ai commencé à travailler en 1950, il n’y avait qu’une seule radio. Nous parvenions à l’aide de moyens rudimentaires à nous déplacer ici et là et à résoudre les problèmes des gens. Maintenant, les radios se sont multipliées. Il en est de même pour les problèmes des auditeurs. Il faut savoir mettre cette diversité au profit des gens simples ». Et de poursuivre : « Les stations privées se sont focalisées sur les variétés. Je n’ai rien contre, cela répond sans doute à des besoins. Mais cela n’empêche pas qu’il faut toujours avoir le sens des responsabilités ». Al-Mowaled appartient à une génération qui avait le sens des responsabilités. Elle se souvient par exemple du jour où elle a enregistré une émission dans la ville de Béheira. En rentrant, il pleuvait des cordes et sa voiture s’est enlisée dans la boue. « C’était une catastrophe. J’avais une émission à la radio. Je suis partie à la gare à dos d’âne. J’ai pris le train, et à mon arrivée au Caire, j’ai pris un taxi pour me rendre à la radio. J’ai vite grimpé les escaliers et j’ai ouvert la porte du studio, pour passer à l’antenne, à l’heure exacte. J’ai attrapé une bronchite, mais tant qu’on fait ce qu’on aime ... ».

Lamiaa Al-Sadaty

Jalons

6 décembre : Naissance à Sohag (Haute-Egypte).

1950 : Diplôme en agronomie de l’Université Fouad Ier (actuelle Université du Caire).

1959 : Directrice de la radio Maa al-chaab (Avec le peuple).

1962 : Ordre du Mérite et médaille de la République.

1971 : Directrice de la radio Al-Chaab (Radio du peuple).

1982 : Vice-présidente de la Radiodiffusion.

1995 : Prix BOERMA à Rome pour sa contributions dans le champ du développement grâce aux médias.

2005 : Prix de distinction décerné par l’Etat.

 

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