Violences
verbale, physique ou abus sexuel. Ces 3 formes de maltraitance
ont été dévoilées par des enfants qui ont participé à la conférence
régionale qui s’est tenue au Caire du 27 au 29 juin dernier.
Ils sont venus plein d’entrain
de leurs pays pour défendre la cause des enfants et essayer
de changer les attitudes injustes envers eux. « Pour la première
fois, des enfants parlent. Eux seuls sont capables d’exprimer
leurs sentiments, de parler de leurs expériences ou témoigner
des conséquences des mauvais traitements », affirme l’ambassadrice
Mouchira Khattab, secrétaire générale du Conseil national de
l’enfance et de la maternité. Selon elle, ni les Nations-Unies
ni les experts ne peuvent définir les formes de la violence.
Par ailleurs, les études rendues publiques parlent uniquement
des enfants impliqués dans les conflits armés ou révèlent de
l’impact des guerres sur eux, alors que la violence est quotidienne
et doit être dénoncée. Les enfants ont donc pris l’initiative
d’évoquer toutes les formes de violence dans leurs pays tout
en dénonçant ce phénomène et en insistant à la fin de la conférence
pour que de telles révélations ne tombent pas dans l’oubli.
Souvent ces enfants subissent la violence comme une fatalité
comme Mona Emad, Egyptienne d’origine saïdie, pour qui la violence
est un mode d’éducation. C’est seulement le jour où un de ses
professeurs l’a humiliée qu’elle a commencé à se poser des questions,
car ce comportement odieux l’a choquée. Ce n’est pas la première
fois que cette petite brunette de 15 ans participe à une telle
conférence. « J’ai assisté à quelques assemblées locales l’été
dernier, des séances au cours desquelles on a discuté des problèmes
des jeunes et du rôle des médias », dit-elle. Aujourd’hui, elle
n’a pas honte de revendiquer ses droits et ose même poser des
questions aux responsables. « J’espère rencontrer le ministre
de l’Education et lui demander pourquoi le décret qui interdit
aux professeurs de battre les élèves n’est pas encore appliqué.
Et pourquoi il n’existe pas d’inspection dans les différentes
écoles pour s’assurer que les enfants sont bien traités ? »,
dit-elle. Mona souhaite aborder plusieurs sujets avec le ministre,
car selon elle, l’élève passe une grande partie de sa vie en
contact avec l’école.
Autre
phénomène qui préoccupe l’esprit de Mona, celui des feuilletons
qui montrent une attitude trop rigoriste envers les filles,
sous prétexte que c’est la bonne manière de les éduquer, une
chose absurde.
Mohamad Héneina,
17 ans, Libanais de Saïda (ville située au sud), explique que
dans son pays les filles vivent le même problème.Et ce, même
si les médias montrent une idée faussée de la Libanaise libérée.
« La réalité est tout autre. Beaucoup de parents empêchent leurs
filles de sortir de la maison et même d’aller à l’école pour
éviter qu’elles ne tombent amoureuses, ce qui représenterait
un grand déshonneur pour les familles qui vivent dans les villages
», dit-il. Mohamad estime que ces traditions doivent être abolies
et qu’il faut trouver une issue pour bannir les idées rétrogrades
qui privent la fille de son droit le plus élémentaire qui est
l’éducation. Pour Mohamad, le fait de priver une personne de
l’éducation est une forme d’agression pire que les coups que
l’on peut affliger à quelqu’un. Mohamad parle comme un adulte.
Il a même porté une cravate lors de la session de clôture de
la conférence pour se donner plus de contenance. Pourtant, il
n’est pas complètement satisfait de son intervention. « Je n’ai
pas eu l’opportunité d’aborder tous les problèmes auxquels nous,
les enfants, faisons face dans notre pays. Le travail des enfants
est aussi une sorte de violence. Ils ont un patron qui les nourrit
chichement, un seul repas maigre la journée au point que certains
s’évanouissent dans la rue à cause de la malnutrition ». Mohamad
essaye à travers une ONG dont il est membre au Liban d’être
à l’écoute des enfants qui travaillent et fait tout son possible
pour qu’ils ne commencent pas le travail très tôt. Mais il voit
que c’est insuffisant. Selon lui, les organisations internationales
doivent jouer un rôle plus efficace auprès des pays pour mieux
protéger les enfants. La crise économique n’est pas toujours
la cause de la maltraitance. Si Mohamad est présent aujourd’hui,
ce n’est pas forcément parce que lui-même a été maltraité, mais
parce qu’il a vu son père faire du travail pour les autres et
notamment pour les enfants, ce qu’il lui a fait prendre conscience
de l’importance de ce problème. Ainsi, Mohamad est là en expert.
Appartenir
à une tribu chez les Arabes du Golfe peut aussi engendrer une
autre forme de violence. « Vous risquez d’être mêlé à un conflit
tribal où l’arme blanche fait partie du rixe et l’on peut facilement
vous pointer un crayon dans le nez ou à l’oreille. Ce qui peut
se passer d’ailleurs au sein d’une école », raconte Youssef
Al-Hamadi, 14 ans, Qatari, nommé secrétaire général des écoles
préparatoires au Qatar. Sa mission est bien difficile. Jouer
le rôle d’intermédiaire entre le directeur de l’école et les
élèves n’est pas une simple affaire. Selon ses propos, il faut
beaucoup de clairvoyance et savoir proposer des idées cohérentes
pour résoudre les problèmes des élèves. « Des élèves ont été
victimes de la violence rien que parce qu’ils appartenaient
à une tribu plutôt qu’une autre », confie Youssef. Son souhait
est d’en finir avec ce problème. Sensibiliser les gens n’est
donc pas une mince affaire et les obstacles sont nombreux. L’éducation
est donc primordiale, même si souvent ces enfants héritent des
problèmes de leurs parents.
En fait, la plupart
de ces enfants sont actifs toute l’année et non pas uniquement
lors des conférences. Cependant, si Mohamad travaille à travers
des ONG et Youssef au sein d’une école, d’autres n’ont pas cette
chance.
Khadiga Nabil,
14 ans, est soudanaise. Elle essaye de travailler avec les moyens
du bord. Elle estime d’ailleurs que le manque de moyens n’est
plus une barrière pour sensibiliser les citoyens. Chez elle,
à Khartoum, le souk est le lieu idéal pour rencontrer des gens
qui viennent lui exposer leurs tracas. « On ne possède pas de
salles de conférence, ni de microphones. Peu importe, l’essentiel
est que le message soit transmis et ce qui compte c’est la conviction
». Khadiga pense qu’il faut encore beaucoup de temps pour que
l’enfant soudanais n’ait plus à subir les mauvais traitements
et devenir un être humain au sens propre du mot. Du haut de
ses 14 ans, Khadiga ne manque pas d’expérience et sait de quoi
elle parle.
Elle a rencontré
des enfants venus du Darfour, victimes d’agressions sexuelles,
ou encore des enfants qui sont exploités dans le travail. Elle
pense que le problème majeur de son pays c’est qu’avec toutes
ces guerres, des générations ont été sacrifiées et avec, les
hommes de l’avenir. « On peut s’adapter aux problèmes qui nous
viennent de l’extérieur mais lorsqu’il s’agit d’une violence
émanant des professeurs vis-à-vis des garçons, c’est aberrant
». Khadiga raconte que son frère est victime de mauvais traitements
à l’école. Il est battu au moins une ou 2 fois par semaine.
Les professeurs flagellent les élèves. « Nous voyons tellement
de violence autour de nous que celle-ci est presque devenue
normale ».
Si la violence
physique fait partie des coutumes de certains pays, la consommation
de la drogue est un usage courant au Yémen. Prendre le qat lors
des rencontres familiales ou dans les occasions est le signe
d’intégration sociale. « Dès l’âge de 5 ans, l’enfant commence
à en prendre. Cela fait partie des coutumes du pays », explique
Alaa Al-Haïfi, 15 ans, Yéménite et membre du Parlement des juniors.
Elle a compris très tôt car son père est médecin et lui a toujours
fait part du danger d’une telle drogue. Selon elle, si la drogue
est un danger pour les adultes, elle représente violence contre
les enfants. Pour elle, c’est détruire l’innocence des enfants
mais aussi les cerveaux du pays, car prendre cette drogue, au
quotidien, est un meurtre à long terme. Pourtant, Alaa semble
très pessimiste. « Avant d’aborder ce sujet, je voudrais dire
que tous les efforts que je déploie sont voués à l’échec, car
les responsables eux-mêmes prennent cette drogue et elle est
permise pour tout le monde », dit-elle en esquissant un sourire
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