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Il
est extrêmement bénéfique d’établir des comparaisons
entre les différentes expériences arabes pour
ce qui est de la gestion de la transition et du
changement. Naturellement, de telles comparaisons
nécessitent des études détaillées. Le lecteur
ordinaire qui ne détient pas l’accès à de telles
recherches a pleinement le droit d’en prendre
connaissance d’autant plus qu’il est supposé participer
à la discussion des dossiers à l’ordre du jour.
A mon avis, il faut cesser de faire peu de cas
du lecteur ordinaire, surtout qu’il est ce qu’on
possède de plus précieux. Non seulement parce
qu’il est caractérisé par une sagesse héritée
au fil de l’histoire et qu’il peut être d’un apport
considérable, plus même que ceux s’exprimant quotidiennement
dans les pages des journaux par des paroles creuses.
Mais aussi parce qu’il lui revient le mérite de
diffuser le savoir dans toutes les sphères de
la société et de posséder la clé de l’expérience
de la vie au quotidien dans tous les recoins du
pays. N’est-il pas grand temps de lui donner l’espace
et la possibilité de s’exprimer sur les événements
agitant son pays ?
Le
1er critère de comparaison est conditionné par
l’existence d’une vision politique relativement
complémentaire de la réforme démocratique. Là,
on affirmerait en toute confiance que, malheureusement,
la majorité écrasante des pays arabes n’ont pas
proposé à leurs peuples une « vision » complémentaire
leur servant de repère et leur permettant de savoir
comment et quand est réalisé le passage à la démocratie
et si les conditions d’une éventuelle renaissance
existent. Beaucoup de pays arabes voient la solution
dans un passage graduel sans fixer de véritable
programme d’action. Ils se contentent de répéter
qu’une certaine réforme est éventuellement suivie
par d’autres dont les contours ne sont toujours
pas définis. Par conséquent, l’absence de visions
claires entraîne un vide intellectuel que les
grandes forces et notamment les Etats-Unis essayent
de combler. Ainsi, les Etats arabes et leurs élites
au pouvoir se trouvent toujours sur la défensive
et il devient facile de les provoquer parce que
théoriquement parlant, il sont à l’image de ceux
qui se soucient peu des libertés de leurs peuples.
L’absence de cette vision fait émerger le phénomène
d’égarement des gouvernements et de leurs élites
au pouvoir qui changent d’avis du jour au lendemain
et qui se trouvent hésitants. Parfois même l’Etat
arabe propage une idée sur les réformes attendues
mais agit d’une manière totalement contradictoire.
Dans certains cas, l’action d’un pays arabe donné
est de loin meilleure que son discours. Du coup,
elle n’obtient aucune retombée positive des opérations
effectives de la réforme. Le scénario contraire
est tout aussi valable. L’Etat arabe peut prononcer
un discours enflammé sans qu’il ne soit accompagné
d’une action déterminée, sa crédibilité est alors
remise en cause même si elle est suivie par des
réformes ultérieures dans des cas spécifiques
et notamment le Soudan, où la société se trouve
aux prises avec un désarroi vu l’incapacité de
l’élite au pouvoir de présenter une vision politique
pour la réforme. Ce, malgré le calme politique
et la cessation des violations des droits de l’homme
et des libertés publiques en général. Quant au
modèle inverse, il se manifeste dans le rejet
de toute réforme essentielle et la persistance
de l’étouffement politique sans qu’un quelconque
changement ne survienne dans la relation Etat/société.
Ce modèle comprend bon nombre de pays arabes comme
la Syrie, la Libye et la Tunisie. Partant, la
1re leçon à apprendre aux administrations arabes
sur la transition est la nécessité d’avancer tous
les jours des visions complémentaires et de définir
le processus politique de réforme. On affirmerait
par exemple que le régime désiré est un régime
démocratique en fin de compte semblable aux modèles
des sociétés occidentales avancées. Dans ce contexte,
il est préférable également de suivre un modèle
spécifique de Constitution. Ces régimes, pour
définir leur démocratie prônée, diraient qu’elle
doit refléter la particularité de la société dans
des aspects spécifiques. Elle s’ajouterait aux
principes des démocraties occidentales. Le 2e
critère est relatif à la portée de ces réformes
: nous avons un seul cas de transition pacifique
du pouvoir politique. Celui du Maroc qui envisage
actuellement une nouvelle vision reposant sur
l’institution d’une monarchie constitutionnelle.
Une vision qui n’a guère été boycottée par le
jeune souverain, qui tente au contraire de la
réaliser graduellement. Un nombre limité de pays
arabes adoptent la solution du juste milieu. Ceux
qui ont franchi le grand pas sur la voie de la
protection des libertés publiques et ont tenu
des élections pluralistes libres et intègres sans
pour autant réaliser ou laisser présager la réalisation
d’une transition du pouvoir, comme dans le cas
du Koweït et à un degré moindre du Bahreïn. La
plupart des pays arabes sont classés sous l’école
traditionnelle de la transition du pouvoir reposant
sur un discours incitant au refus. Barrant ainsi
la route à l’avancée et parfois même consistant
à avancer d’un pas et à reculer d’un autre. Pour
éviter de tomber dans ce piège, il est nécessaire
de se libérer le plus tôt possible de ce discours
qui s’érige en obstacle et qui est la raison essentielle
derrière la perte de l’ambition démocratique et
l’égarement vécu par certains pays arabes.
Le
3e critère est relatif au degré d’assimilation
politique. A ce niveau, le problème majeur est
la position vis-à-vis des courants islamistes.
Il existe un seul gouvernement formé essentiellement
du courant islamiste populaire, celui du Soudan.
Un gouvernement qui a, aujourd’hui, reconnu le
pluralisme. Alors que cette multiplicité était
la cause même de sa ruine. Dans d’autres cas,
l’Etat dirigé par les membres d’une même famille
recourt à l’institution religieuse traditionnelle.
Certaines autres expériences reconnaissent certains
courants islamistes modérés que ce soit en légitimant
leur présence ou en les reconnaissant de fait.
Alors que la plupart des autres pays arabes persiste
à toujours voiler la légitimité des courants islamistes
modérés. Mais il existe de grandes différences
dans la pratique. L’Egypte permet une représentation
législative sous l’ombrelle des indépendants,
tandis que d’autres pays arabes leur font la guerre
comme la Syrie qui a récemment dit que la ligne
rouge est l’appartenance aux Frères musulmans.
Certains pays arabes comme la Libye et la Tunisie
s’approchent du modèle syrien violent, alors que
d’autres s’approchent de la ligne égyptienne moins
rigoriste. Il faut noter là que le passage à la
démocratie ne pourra se faire sans parvenir à
une solution de la problématique religieuse.
Le
4e et dernier critère rassemble les indices concrets
de la pratique démocratique. Nous devons ici rappeler
l’erreur fondamentale commise par certaines institutions
occidentales quand elles classent les pays en
fonction de ces indices. Une institution comme
« la maison de la liberté » classe en effet l’Egypte
dans une position retardée selon ses propres critères
d’évaluation. Ce qui est erroné, car ces institutions
n’ont pas une idée exacte des différentes réalités
arabes. Si on avait vu les choses à partir de
ces dernières, on aurait remarqué que l’Egypte
a parcouru un long chemin sur la voie de la démocratie.
C’est l’unique pays arabe à posséder un héritage
démocratique s’étant étalé sur tout un siècle.
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