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Magued Abdel-Fattah, ambassadeur d'Egypte aux Nations-Unies, revient sur l'élargissement du Conseil de sécurité et les chances de l'Afrique pour y obtenir des sièges.
« Nous sommes engagés à l'égard de la position de l'Union africaine »

Al-Ahram Hebdo : Depuis un moment, la question de l'élargissement du Conseil de sécurité est à l'ordre du jour. Comment une telle réforme pourrait-elle avoir lieu ?

Magued Abdel-Fattah : Lorsque cette question a été soulevée au début, ceci voulait dire une réforme de l'Assemblée générale des Nations-Unies et un élargissement du Conseil de sécurité. Mais normalement, l'accent est toujours mis sur ce dernier dossier uniquement. Dans tous les cas, l'élargissement du conseil doit passer par plusieurs étapes. Tout d'abord, un projet de résolution est préparé. Celui-ci précise juste le nombre proposé des membres du conseil sans les nommer. Une fois accepté, un second projet avec les noms cette fois-ci est soumis au vote de l'Assemblée générale. Les pays membres de l'Onu passent ensuite à l'amendement de la charte de l'organisation, en particulier l'article 23.

La dernière étape consiste à ratifier cet amendement par au moins les deux tiers des voix en plus des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C'est la phase qui fait le plus peur, puisqu'on peut franchir toutes les étapes, et en arrivant à la ratification par les cinq, le projet peut être rejeté. Ce qui signifierait que la réforme serait ajournée sine die.

— Qu'est-ce qui a été réalisé jusqu'à présent dans ce dossier ?

— Pour l'instant, il y a un projet présenté par le G4, c'est-à-dire l'Allemagne, le Japon, l'Inde et le Brésil. Ils proposent l’élargissement du Conseil de sécurité à 25 membres, soit 10 nouveaux membres, dont 6 permanents et 4 non permanents. Les 6 permanents seraient le G4 lui-même en plus de deux pays africains. Mais ces deux derniers ne disposeront pas du droit de veto. L'autre proposition est celle du groupe dit « Unis pour le consensus ». Un groupe mené notamment par l'Italie, le Pakistan, la Chine et le Mexique.

Ce projet prévoit seulement l'accroissement du nombre de sièges non permanents avec une rotation. « Unis pour le consensus » estime en effet qu'une majorité des deux tiers, c'est-à-dire 128 pays sur 191, ne peut pas bien refléter une unanimité internationale. Plus d'une soixantaine de pays seraient absents. Ce qui provoquerait une fracture au sein de la communauté internationale. Leur objectif est de poursuivre les consultations pour aboutir à un maximum de votes.

— Et où se situe l'Afrique dans ce processus ?

— Au sommet de Harare, l'Afrique avait convenu de briguer deux sièges permanents par rotation en plus de 5 sièges non permanents au lieu de trois, parce que le continent noir comprend cinq groupes régionaux. Le sommet a alors chargé le conseil ministériel d'élaborer les critères d'une telle rotation. Mission qui n'a pu être accomplie. Alors, il a été convenu lors du sommet de Lusaka, en 2000, qu'une fois l'élargissement du Conseil de sécurité approuvé, l'Union Africaine (UA) établirait les critères de représentation africaine.

— C'est sur cette base que le sommet de Syrte a pris ses décisions ?

— Cette récente rencontre a été basée sur deux éléments. D'abord, ladite entente d'Abuja, surnommée le comité des 10 qui était chargé d'examiner le dossier et d'élaborer une formule pour l'élargissement du conseil, ensuite la revendication d'Ezulwini, au Swaziland en février 2005, qui a décidé que l'Afrique exigera deux sièges permanentes, mais sans en fixer les modalités du choix des Etats. Depuis, l'Afrique s'est efforcée de faire un lobbying. Elle a mené des contacts avec le G4, les cinq permanents et avec « Unis pour le consensus ». L'Afrique était plus proche du projet du G4. La différence était sur le droit de veto pour les permanents et sur le nombre des non permanents : 4 ou 5 ? Mais l'UA a aujourd'hui son propre projet qui sera présenté à l'Onu cette semaine. C'est l'UA qui désignera les Etats et la candidature ne se fera plus à titre individuel.

— Quelle chance pour l'Afrique de voir son projet aboutir ?

— Déjà, les différentes propositions formulées par le G4, « Unis pour le consensus » ou même par les Etats-Unis ne pourraient être remportées en cas de vote sans le soutien des 53 pays africains. L'Afrique, elle aussi, a besoin du soutien des pays non-alignés, et de l'Europe pour présenter un projet indépendant. Afin d'élargir le Conseil de sécurité, il faut une vision unifiée et pour y parvenir, il faut commencer par négocier avec les autres. De toute façon, c'est une question d'alliance. Chaque groupe a ses propres revendications. L'Europe occidentale souhaite un siège pour l'Allemagne, l'Asie aussi. Reste à choisir entre le Japon ou d'autres Etats, comme la Malaisie. La Ligue arabe, tout comme l'Organisation de la conférence islamique veulent chacune obtenir un siège.

— Mais un siège au Conseil de sécurité peut être acquis en fonction des continents ou des groupes régionaux ?

— C'est la question qu'on doit tous se poser. Un Conseil de sécurité élargi à 40 membres par exemple serait-il efficace ou il ressemblerait plus à une joute oratoire ? Il faudrait qu'il y ait un équilibre entre la qualité de la performance et l'élargissement du membership. Et on doit se rappeler aussi qu'une telle réforme n'est pas pour demain. C'est un travail de longue haleine qui nécessite des négociations, des débats et des ententes.

— N'empêche qu'à côté des négociations, l'affaire est une question d'intérêts de chacune des coalitions ?

— Il existe certainement des groupes d'intérêts. Chacun tente de faire pression sur l'autre. Washington propose par exemple de porter le Conseil de sécurité à 20 membres, dont 2 nouveaux permanents et 3 non permanents. Les Etats-Unis soutiennent chaudement la candidature du Japon pour accéder au statut de membre permanent. Mais on sait qu'il y a une opposition claire de la part de la Chine et une autre discrète de la part d'autres pays asiatiques. La France, elle, adopte le projet du G4, et la Grande-Bretagne ne cache pas son soutien.

— Est-ce dans ce contexte que s'est ouvert lundi le débat à l'Assemblée générale ?

— Ce débat a eu lieu sur demande du G4. C'est une sorte de négociations restreintes pour écouter le pour et le contre pour voir si le projet peut obtenir le taux de vote requis ou non. Car en la présence de trois projets, aucun d'entre eux ne peut parvenir aux deux tiers.

— Quelles sont les véritables ambitions pour l'Egypte ?

— Nous sommes engagés à l'égard de la position de l'UA. Le sommet de Syrte a décidé l'adhésion de l'Egypte au comité des 15 qui négociera le projet africain. Ce groupe, composé de 3 pays de chaque ensemble régional africain, aura des contacts avec les différentes forces en présence et avec les auteurs des projets d'élargissement. Nous avons été à l'origine de l'initiative d'élargissement du conseil depuis 1997, au moment où l'Egypte disposait d'un siège non permanent. Il faut se demander combien de pays africains pourraient être efficaces. Je ne critique aucun pays, mais je parle en fonction des moyens, des relations, du poids international et des missions de paix et de règlements de conflits. Je pense que l'Egypte dispose de toutes les qualifications pour occuper un des deux sièges permanents .

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal
 

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