La dernière étape consiste à ratifier cet
amendement par au moins les deux tiers des voix en plus des
cinq membres permanents du Conseil de sécurité. C'est la phase
qui fait le plus peur, puisqu'on peut franchir toutes les
étapes, et en arrivant à la ratification par les cinq, le
projet peut être rejeté. Ce qui signifierait que la réforme
serait ajournée sine die.
— Qu'est-ce qui a été réalisé jusqu'à présent
dans ce dossier ?
— Pour l'instant, il y a un projet présenté
par le G4, c'est-à-dire l'Allemagne, le Japon, l'Inde et le
Brésil. Ils proposent l’élargissement du Conseil de sécurité
à 25 membres, soit 10 nouveaux membres, dont 6 permanents
et 4 non permanents. Les 6 permanents seraient le G4 lui-même
en plus de deux pays africains. Mais ces deux derniers ne
disposeront pas du droit de veto. L'autre proposition est
celle du groupe dit « Unis pour le consensus ». Un groupe
mené notamment par l'Italie, le Pakistan, la Chine et le Mexique.
Ce projet prévoit seulement l'accroissement
du nombre de sièges non permanents avec une rotation. « Unis
pour le consensus » estime en effet qu'une majorité des deux
tiers, c'est-à-dire 128 pays sur 191, ne peut pas bien refléter
une unanimité internationale. Plus d'une soixantaine de pays
seraient absents. Ce qui provoquerait une fracture au sein
de la communauté internationale. Leur objectif est de poursuivre
les consultations pour aboutir à un maximum de votes.
— Et où se situe l'Afrique dans ce processus
?
— Au sommet de Harare, l'Afrique avait convenu
de briguer deux sièges permanents par rotation en plus de
5 sièges non permanents au lieu de trois, parce que le continent
noir comprend cinq groupes régionaux. Le sommet a alors chargé
le conseil ministériel d'élaborer les critères d'une telle
rotation. Mission qui n'a pu être accomplie. Alors, il a été
convenu lors du sommet de Lusaka, en 2000, qu'une fois l'élargissement
du Conseil de sécurité approuvé, l'Union Africaine (UA) établirait
les critères de représentation africaine.
— C'est sur cette base que le sommet de Syrte
a pris ses décisions ?
— Cette récente rencontre a été basée sur
deux éléments. D'abord, ladite entente d'Abuja, surnommée
le comité des 10 qui était chargé d'examiner le dossier et
d'élaborer une formule pour l'élargissement du conseil, ensuite
la revendication d'Ezulwini, au Swaziland en février 2005,
qui a décidé que l'Afrique exigera deux sièges permanentes,
mais sans en fixer les modalités du choix des Etats. Depuis,
l'Afrique s'est efforcée de faire un lobbying. Elle a mené
des contacts avec le G4, les cinq permanents et avec « Unis
pour le consensus ». L'Afrique était plus proche du projet
du G4. La différence était sur le droit de veto pour les permanents
et sur le nombre des non permanents : 4 ou 5 ? Mais l'UA a
aujourd'hui son propre projet qui sera présenté à l'Onu cette
semaine. C'est l'UA qui désignera les Etats et la candidature
ne se fera plus à titre individuel.
— Quelle chance pour l'Afrique de voir son
projet aboutir ?
— Déjà, les différentes propositions formulées
par le G4, « Unis pour le consensus » ou même par les Etats-Unis
ne pourraient être remportées en cas de vote sans le soutien
des 53 pays africains. L'Afrique, elle aussi, a besoin du
soutien des pays non-alignés, et de l'Europe pour présenter
un projet indépendant. Afin d'élargir le Conseil de sécurité,
il faut une vision unifiée et pour y parvenir, il faut commencer
par négocier avec les autres. De toute façon, c'est une question
d'alliance. Chaque groupe a ses propres revendications. L'Europe
occidentale souhaite un siège pour l'Allemagne, l'Asie aussi.
Reste à choisir entre le Japon ou d'autres Etats, comme la
Malaisie. La Ligue arabe, tout comme l'Organisation de la
conférence islamique veulent chacune obtenir un siège.
— Mais un siège au Conseil de sécurité peut
être acquis en fonction des continents ou des groupes régionaux
?
— C'est la question qu'on doit tous se poser.
Un Conseil de sécurité élargi à 40 membres par exemple serait-il
efficace ou il ressemblerait plus à une joute oratoire ? Il
faudrait qu'il y ait un équilibre entre la qualité de la performance
et l'élargissement du membership. Et on doit se rappeler aussi
qu'une telle réforme n'est pas pour demain. C'est un travail
de longue haleine qui nécessite des négociations, des débats
et des ententes.
— N'empêche qu'à côté des négociations, l'affaire
est une question d'intérêts de chacune des coalitions ?
— Il existe certainement des groupes d'intérêts.
Chacun tente de faire pression sur l'autre. Washington propose
par exemple de porter le Conseil de sécurité à 20 membres,
dont 2 nouveaux permanents et 3 non permanents. Les Etats-Unis
soutiennent chaudement la candidature du Japon pour accéder
au statut de membre permanent. Mais on sait qu'il y a une
opposition claire de la part de la Chine et une autre discrète
de la part d'autres pays asiatiques. La France, elle, adopte
le projet du G4, et la Grande-Bretagne ne cache pas son soutien.
— Est-ce dans ce contexte que s'est ouvert
lundi le débat à l'Assemblée générale ?
— Ce débat a eu lieu sur demande du G4. C'est
une sorte de négociations restreintes pour écouter le pour
et le contre pour voir si le projet peut obtenir le taux de
vote requis ou non. Car en la présence de trois projets, aucun
d'entre eux ne peut parvenir aux deux tiers.
— Quelles sont les véritables ambitions pour
l'Egypte ?
— Nous sommes engagés à l'égard de la position
de l'UA. Le sommet de Syrte a décidé l'adhésion de l'Egypte
au comité des 15 qui négociera le projet africain. Ce groupe,
composé de 3 pays de chaque ensemble régional africain, aura
des contacts avec les différentes forces en présence et avec
les auteurs des projets d'élargissement. Nous avons été à
l'origine de l'initiative d'élargissement du conseil depuis
1997, au moment où l'Egypte disposait d'un siège non permanent.
Il faut se demander combien de pays africains pourraient être
efficaces. Je ne critique aucun pays, mais je parle en fonction
des moyens, des relations, du poids international et des missions
de paix et de règlements de conflits. Je pense que l'Egypte
dispose de toutes les qualifications pour occuper un des deux
sièges permanents .