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Hommage. Une magnifique et luxueuse édition de Layali Alf Leïla (Arabian Nights and Days) de Naguib Mahfouz a été présentée au sein du musée Corcoran, à Washington. L’événement dépasse la simple présentation d’une traduction littéraire.  
Les Mille et une nuits dans un écrin

Dans une boîte en chamois, sort le livre de Naguib Mahfouz, en format de 40 cm X 40 cm, muni d’illustrations de l’artiste-peintre Nazli Madkour. Avec en couverture le titre en calligraphie arabe : Layali Alf Leïla. A l’instar des œuvres plastiques en reproduction signées par leurs créateurs, ce livre fabriqué à la main est numéroté dans une série qui ne dépasse pas les 300 exemplaires. Cette présentation aussi magique que les contes qu’elle contient a eu lieu au musée Corcoran, à Washington, à la clôture d’une semaine culturelle égyptienne (une allocution y a été faite pour l’occasion par Mohamed Salmawy, président de l’Union des écrivains égyptiens).

Il s’agit d’un événement exceptionnel. Le premier défi est le titre même de cette traduction anglaise d’un roman de Mahfouz qui le rapproche des Mille et une nuits, le texte littéraire arabe le plus connu et re-traduit en langues occidentales. De plus, c’est la première fois que le Nobel égyptien, auteur de quelque 40 œuvres entre romans et recueils de nouvelles et 30 scénarios et pièces de théâtre, rééditées et traduites par des milliers en versions populaires dans les différentes langues de la planète, est représenté dans une édition élitiste limitée à 300 exemplaires dont la copie atteint les cinq mille dollars américains. Il s’agit également d’une première pour Nazli Madkour d’opter pour le thème populaire en multipliant les personnages de Sindbad et de Schéhérazade, et de renoncer à l’art abstrait qui l’a toujours caractérisée. Se basant sur les caractères et l’esprit de l’œuvre classique des Mille et une nuits, Layali Alf Leïla est un élan important dans l’œuvre de Mahfouz. Dans ce texte publié en arabe en 1982, il y utilise sa verve de pouvoir rendre la chronique de son temps et insuffler une vie nouvelle à un texte qui appartient au patrimoine littéraire.

Traduite en anglais en 1997 aux éditions de l’AUC Press du Caire, en français chez Actes Sud sous le titre des Mille et une nuits, cette version d’Arabian Nights and Days dépasse une simple traduction. Elle répond à des exigences culturelles de niveau sublissime, de la part des amateurs de la littérature arabe mahfouzienne, sous la forme d’une copie dans sa forme la plus sophistiquée. Or, de semblables initiatives ont déjà vu le jour avec de nombreuses grandes personnalités du monde des lettres telles que l’Espagnol Octavio Paz ou le Grec Cavafis, jetant également la lueur sur les éditeurs new-yorkais Michael et Winifred Bixler. Ce couple continue, en dépit de la technologie la plus poussée dans le domaine de l’impression, à imprimer selon les anciennes techniques manuelles.

Cependant, cette édition extra-luxueuse, adressée à la crème de la crème, ne sombre pas dans un esprit passéiste. Elle s’inscrit au cœur de la modernité. Au niveau du texte et de l’itinéraire de Mahfouz, le fait de revisiter les chefs-d’œuvre, de retravailler des thèmes connus par tout et chacun est au cœur du modernisme. Mahfouz porte le défi de prolonger les Mille et une nuits en une succession vertigineuse de faits divers où s’abolissent les frontières entre le rêve et la réalité, la folie et la sagesse. Dans cette cité musulmane médiévale où se déroulent les événements, le lecteur contemporain se sent particulièrement familier. Une cité marquée par la corruption de ses citoyens : ceux qui ont tout le pouvoir entre les mains, le pouvoir policier préoccupé par des activités marginales de différentes sectes religieuses. Le lecteur y assiste à des récits où le quotidien se mêle au fantastique pour prouver une fois de plus que le réel que nous vivons est aussi étrange et merveilleux que les contes de Schéhérazade. Au niveau de l’illustration, Nazli, même si elle opte pour le figuratif, donnant l’impression de reproduire des tableaux provenant de l’art populaire (illustrations des épopées populaires), et des motifs folkloriques, le leurre est vite dévoilé : la peintre s’inscrit elle aussi sur la même longueur d’onde, rimant avec la modernité de Mahfouz. Dans cette tendance partisane du figuratif, nous constatons que la Schéhérazade de Madkour a on ne sait quoi de contemporain, on dirait un amalgame de l’art populaire et du contemporain. Ce qui est sûr, c’est que l’artiste ne se laisse pas séduire par des images déjà faites des contes, elle introduit également son imaginaire contemporain de ces contes « véridiques » .

Dina Kabil
 
     

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