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| Juges
et journalistes
en colère
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Journalistes
et magistrats ont affiché leur déception à la fin de la législature
2000-2005 qui avait lieu au Parlement. Les membres des deux
groupes s’attendaient à ce que des lois en leur faveur soient
promulguées. Il s’agit des projets de loi sur la magistrature
et sur l’interdiction de la détention des journalistes dans
les crimes de publication. « Ces deux projets de loi touchent
deux professions importantes, à savoir la magistrature et
la presse. Ces deux catégories ont besoin d’une législation
urgente capable de résoudre les problèmes de ces métiers.
A mon avis, le gouvernement les a négligées car il tire profit
du retard de leur promulgation », estime Hussein Abdel-Razeq,
secrétaire général du parti du Rassemblement (gauche).
Le
premier projet de loi négligé est celui qui réglemente les
affaires des magistrats. La promulgation de ce projet de loi
figurait parmi les principales revendications des juges depuis
le début des années 1990. « Ce projet de loi contribue à organiser
la pratique du métier et garantit un statut indépendant pour
les juges », explique Mahmoud Al-Khodeiri, magistrat. Les
juges avaient tenu au mois de mai dernier une assemblée générale
extraordinaire afin de présenter leurs revendications au gouvernement.
Au cours de cette assemblée, ils ont présenté deux demandes
: la première concerne la promulgation d’une loi sur la magistrature
et la deuxième consiste à obtenir des garanties sur la transparence
des scrutins. Pour calmer la colère des magistrats, les responsables
avaient donc promis d’examiner le projet de loi les concernant
avant la fin de la session parlementaire. Une promesse qui
n’a pas été tenue et qui risque de causer des troubles lors
des prochaines élections présidentielles et législatives.
« La négligence de nos revendications de la part de l’Etat
aura des conséquences très négatives. Les juges ne resteront
pas les bras croisés. Comme riposte à cette négligence, les
juges vont refuser d’une façon définitive de superviser les
prochaines élections présidentielles et législatives. Ceci
mettra le gouvernement dans une situation très critique, notamment
à cause des pressions étrangères », explique Hossam Ghiriani,
magistrat.
Le deuxième projet de loi non promulgué concerne
l’annulation de la détention des journalistes dans les crimes
de publication. « Les journalistes et les intellectuels ont
mené de longues batailles pour que ce projet puisse voir le
jour. On attendait avec impatience sa promulgation. Mais l’Etat
veut que la liberté d’expression reste ligotée », critique
Emad Higab, journaliste à Al-Ahram. Selon ce projet de loi,
la détention des journalistes devait être supprimée et remplacée
par une amende. En fait, beaucoup de journalistes ont été
impliqués dans des procès de publication. Le procès le plus
célèbre fut celui de Moustapha Bakri, rédacteur en chef de
l’hebdomadaire indépendant Al-Osboue. Il a été condamné à
trois ans de prison pour avoir publié un article accusant
Mohamad Abdel-Aal, l’ancien président du parti de la Justice
sociale, d’avoir obtenu des pots-de-vin.
Ressentant le danger et voulant garantir
la promulgation de la loi avant la fin de la session parlementaire,
les journalistes ont intensifié leurs efforts au cours des
deux dernières semaines. Manifestations, sit-in et même grève
de la faim ont été organisés. Mais en vain. Non seulement
le projet de loi n’a pas été promulgué, mais en plus la loi
sur l’exercice des droits politiques a stipulé dans l’une
de ses clauses l’emprisonnement pour une durée allant de six
mois de tout journaliste publiant de fausses informations
concernant le processus électoral. « Si la loi sur l’interdiction
de la peine de prison dans les délits de publication a été
promulguée, toutes les clauses stipulant l’emprisonnement
dans les autres lois seront caduques. Le gouvernement veut
ainsi limiter la liberté d’expression durant les prochaines
élections présidentielles et législatives », explique Ahmad
Al-Naggar, membre du Conseil du syndicat. Il ajoute que le
Syndicat des journalistes va certainement agir. Mais les démarches
ne sont pas encore précisées.
Il est vrai que la non promulgation de ces
lois importantes est devenu un fait accompli, mais les juges
et les journalistes tiennent à ne pas se laisser faire par
le gouvernement. Les prochaines élections constituent donc
un grand défi. Car, selon Gamal Abdel-Gawad, chercheur au
Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
les magistrats peuvent effectivement mettre le gouvernement
dans une situation critique en refusant de contrôler les élections
et les journalistes ont la possibilité de dénoncer toute pratique
non démocratique. « A mon avis, le gouvernement essayera de
faire certaines concessions en faveur de ces deux groupes
avant les élections », estime Abdel-Gawad. Et de conclure
: « Mais il faut que ces concessions soient d’envergure pour
qu’elles apportent le résultat voulu ».
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Mirande Youssef
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| Sous
le signe de l’économie |
La huitième législature de l’Assemblée du
peuple 2000-2005 a pris fin la semaine dernière. Elle était
caractérisée par la promulgation d’un grand nombre de lois
économiques s’inscrivant dans le cadre de la réforme économique
adoptée par le gouvernement depuis les années 1990. On souligne
entre autres la loi sur les Taxes sur les ventes (TVA), sur
le financement immobilier, sur le blanchiment d’argent, sur
l’encouragement des exportations, et sur les Chambres de commerce.
La loi unifiée sur le travail, elle, a enfin vu le jour après
une dizaine d’années d’attente. Un nombre de lois à caractère
sociopolitique ont été également votées comme celles sur la
propriété intellectuelle, la transplantation des organes et
les ONG. Seule la dernière session (2004-2005) a pris un aspect
politique. En fait, lors de cette session, le Parlement a
adopté 5 lois liées à la réforme politique et deux lois économiques.
Longtemps attendue, la loi sur le monopole était la première
à être promulguée au cours de la session 2004-2005. Cette
loi avait suscité de longs débats non seulement de la part
des députés de l’opposition, mais aussi du PND (Parti National
Démocrate au pouvoir), notamment les hommes d’affaires.
Bien que cette session ait été calme au début,
elle s’est trouvée à la fin tout d’un coup extrêmement chargée
avec l’examen d’un bon nombre de projets de lois en l’espace
de deux mois seulement. Figurent principalement les lois sur
la pratique des droits politiques, les élections présidentielles,
les partis politiques, l’organisation de l’Assemblée du peuple
et du Conseil consultatif. Elles ont fait suite à la décision
du président Hosni Moubarak en mars dernier d’organiser un
référendum sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution
permettant à plusieurs candidats de se présenter aux élections
présidentielles prévues en septembre prochain. Malgré une
telle fin de session « surchargée », le Parlement a pu trouver
le temps de promulguer aussi la loi sur les impôts.
La législature a été très critiquée, notamment
par les députés de l’opposition. « Le grand inconvénient de
cette législature comme de toutes les précédentes est le manque
de temps qui ne nous permet pas de bien examiner les projets
de lois. Résultat : beaucoup de lois sont jugées anticonstitutionnelles
après leur promulgation. Ce qui nous fait perdre encore plus
de temps dans leur réexamen », souligne le député indépendant
Kamal Ahmad. Il affirme que la raison de ce chaos est la majorité
qui applaudit toutes les lois que le gouvernement veut faire
passer et qui ne se donne pas le temps de procéder à une discussion
profonde de ces projets de lois. Même son de cloche chez le
député du Rassemblement (gauche) Al-Badri Farghali, qui estime
que le Parlement, dominé par les députés du PND, ne cherche
à promulguer que des lois en faveur du gouvernement. « Plusieurs
lois imposant aux citoyens des charges financières supplémentaires
ont été votées lors de cette législature, telles que les première,
deuxième et troisième phases de la TVA, sous prétexte d’augmenter
les recettes. D’autres lois ont été promulguées sans pourtant
rien rapporter aux personnes démunies comme la loi sur le
financement immobilier dont ne profite que la classe favorisée
», assure Farghali. Et d’affirmer que toutes les lois économiques
qui ont vu le jour dans le cadre de la mondialisation et de
la privatisation ne font que redoubler le taux de chômage
avec un nombre de chômeurs qui a dépassé les 7 millions.
De son côté, le député Hamdi Hassan, de tendance
islamiste, voit que la réforme politique a été écartée de
l’agenda de la législature. « Sans l’approche des élections
présidentielles et législatives qui ont coïncidé avec les
pressions américaines réclamant de l’Egypte plus de démocratie
et une vraie réforme politique, aucune des cinq lois politiques
ne serait sortie des tiroirs du Parlement », déclare Hassan.
Selon lui, même ces cinq lois qui sont considérées comme un
acquis politique, ne sont pas satisfaisantes. Hassan critique
en fait la loi sur les partis politiques ainsi que celle sur
la pratique des droits politiques qui, selon lui, restreint
la liberté.
De l’autre côté de la barre, le conseiller
Mohamad Moussa, président de la Commission des lois à l’Assemblée
du peuple, défend cette législature. « Nous vivons actuellement
à l’époque de l’économie libérale et de la privatisation.
Il était donc indispensable de promulguer toutes ces lois
économiques afin d’aller de pair avec l’évolution des pays
développés. Je ne vois pas où est le problème d’imposer des
impôts aux citoyens pour augmenter les recettes de l’Etat.
Ces impôts sont redépensées en faveur du peuple. C’est un
système adopté dans le monde entier », assure Moussa. Et d’ajouter
qu’une fois que le Parlement a vu que la réforme économique
a atteint sa dernière phase, il a pris la décision d’ouvrir
le dossier de la réforme politique. « Ce n’est pas à cause
des pressions étrangères comme le prétend l’opposition. Mais,
le président Moubarak a voulu garantir plus de transparence
et d’honnêteté au cours des prochaines élections présidentielles
et législatives », conclut Moussa .
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| Héba Nasreddine |
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